Cette édition
Pambazuka News 70: Genre et sécurité alimentaire : Les inégalités face à la faim
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
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CONTENU: 1. Sommaire de cette édition, 2. Chroniques, 3. Commentaires & analyses, 4. Courrier, 5. Arts & livres, 6. Zimbabwe, 7. Femmes & genre, 8. Droits humains, 9. Réfugiés & migration forcée, 10. Mouvements sociaux, 11. Elections & gouvernance, 12. Afrique & Chine, 13. Corruption, 14. Développement, 15. Santé & VIH/SIDA, 16. Média & liberté d'expression, 17. Bien-être social, 18. Plaidoyers & campagnes, 19. Nouvelles de la diaspora, 20. Conflits & urgences
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Genre et sécurité alimentaire : Les inégalités face à la faim.
COMMENTAIRES ET ANALYSES : La France et le génocide rwandais : L’autre part de vérité.
COURRIER : Lettre ouverte aux autorités haïtiennes, un an après la disparition de Lovinsky Pierre-Antoine.
ARTS & LIVRES : Bénin : Un clip musical déclaré contraire à la Constitution.
ZIMBABWE : L’accord de partage du pouvoir enfin signé.
FEMMES ET GENRE : Ethiopie : De plus en plus de parents disent non aux MGF.
DROITS HUMAINS : Afrique : Mbeki rejette les accusations de la CPI contre el-Béchir.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Global : Des clandestins en grève de la faim aux Canaries.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Afrique du Sud : Mbeki poussé vers la démission, le pays face à des risques de turbulences.
AFRIQUE & CHINE : Afrique : Davantage d’entreprises chinoises veulent investir sur le continent.
CORRUPTION : Cameroun : L’ancien trésorier payeur général interpellé.
DEVELOPPEMENT : Algérie : 1500 entreprises publiques fermées.
SANTE ET VIH/SIDA : Afrique du Sud : La nouvelle étude de prévalence du sida soulève des questions.
MEDIAS & LIBERTES D’EXPRESSION : Niger : An I de la détention de Moussa Kaka.
BIEN-ETRE SOCIAL : Bénin : Les effets de la crise de l’énergie sur les populations analysés
PLAIDOYERS & CAMPAGNES : Global : Semaine d’actions pour le contrôle des armes.
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Global : Obama domine Mc Cain à travers le monde.
CONFLITS ET URGENCES : Afrique : Le Tchad et le Soudan vont rétablir leurs relations diplomatiques.
Sommaire de cette édition
Dans ce numéro
2008-09-21
CHRONIQUE : Genre et sécurité alimentaire : Les inégalités face à la faim.
COMMENTAIRES ET ANALYSES : La France et le génocide rwandais : L’autre part de vérité.
COURRIER : Lettre ouverte aux autorités haïtiennes, un an après la disparition de Lovinsky Pierre-Antoine.
ARTS & LIVRES : Bénin : Un clip musical déclaré contraire à la Constitution.
ZIMBABWE : L’accord de partage du pouvoir enfin signé.
FEMMES ET GENRE : Ethiopie : De plus en plus de parents disent non aux MGF.
DROITS HUMAINS : Afrique : Mbeki rejette les accusations de la CPI contre el-Béchir.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Global : Des clandestins en grève de la faim aux Canaries.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Afrique du Sud : Mbeki poussé vers la démission, le pays face à des risques de turbulences.
AFRIQUE & CHINE : Afrique : Davantage d’entreprises chinoises veulent investir sur le continent.
CORRUPTION : Cameroun : L’ancien trésorier payeur général interpellé.
DEVELOPPEMENT : Algérie : 1500 entreprises publiques fermées.
SANTE ET VIH/SIDA : Afrique du Sud : La nouvelle étude de prévalence du sida soulève des questions.
MEDIAS & LIBERTES D’EXPRESSION : Niger : An I de la détention de Moussa Kaka.
BIEN-ETRE SOCIAL : Bénin : Les effets de la crise de l’énergie sur les populations analysés
PLAIDOYERS & CAMPAGNES : Global : Semaine d’actions pour le contrôle des armes.
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Global : Obama domine Mc Cain à travers le monde.
CONFLITS ET URGENCES : Afrique : Le Tchad et le Soudan vont rétablir leurs relations diplomatiques.
Chroniques
Genre et sécurité alimentaire
Les inégalités face à la faim - Approche sexospécifique des émeutes de la faim en Afrique
2008-09-20
Lucia Direnberger
Entre février et mai 2008, des émeutes de la faim ont éclaté dans les pays du Sud et en particulier sur le continent africain. Le Sénégal, le Burkina Faso, le Mozambique, l’Egypte, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, la Mauritanie, Madagascar, le Cameroun et d’autres pays sont ainsi secoués par un cri d’alerte de la population qui ne peut plus faire face à l’envolée des prix des aliments de base comme le riz, l’huile d’arachide, les pommes de terre, le blé… Certaines révoltes ont été conduites par des femmes et beaucoup d’autres ont été soutenues par ces actrices trop souvent écartées des analyses journalistiques, institutionnelles et universitaires. Ne parvenant plus à nourrir leurs familles, étant confrontées à la faim de leurs enfants, elles sont sorties dans la rue pour manifester, parfois violemment, leur désarroi face à une situation économique qui les rend encore plus vulnérables.
La présence des femmes dans les émeutes de la faim s’explique d’abord par leur rôle au sein du foyer. En tant que mères de famille, elles doivent subvenir aux besoins de leurs enfants dans des conditions qui sont aujourd’hui devenues intolérables. D’autre part, elles sont particulièrement investies dans le commerce informel des denrées alimentaires (transport, transformation et vente aux détails des produits alimentaires). La hausse des prix des matières premières agricoles les privent donc d’une ressource économique principale.
Mais avant d’incarner les victimes les plus touchées des politiques libérales, elles sont d’abord les premières actrices du système agricole africain. Alors que les femmes de l’Afrique sub-saharienne ne possèdent pourtant que 2 % des terres, elles constituent près de 70 % de la force agricole du continent et produisent une majorité des denrées alimentaires. (1)
Alors qui sème le blé, réclame les récoltes dans la tempête…
Les femmes dans les émeutes de la faim
La révolte des ménagères
Bobo Dioulasso, la capitale économique du Burkina Faso, a été la première à subir la colère des populations très remontées. Les 20 et 21 mars 2008, cette ville d’ordinaire calme a été le théâtre de violentes manifestations contre la hausse sauvage des prix. Des commerces, des biens appartenant à l’Etat, ont été incendiés. Les feux tricolores, des biens publics et privés ont également été brûlés. « Après le passage des manifestants, Bobo ressemblait à une ville fantôme » rapporte un journaliste de L’Evénement, un bimensuel privé du Burkina Faso. (2)
Lors de cette initiative, les femmes étaient les plus nombreuses. Elles sont sorties avec des casseroles et des sacs vides pour montrer qu’il n’y a plus rien à la maison. « Le panier de la ménagère n’existe plus ; même si on achète les condiments, avec quoi on va préparer », se plaint Nicole, une des marcheuses. Une autre manifestante avait inscrit sur sa pancarte : « la vie chère veut notre chaire ». La majorité des Burkinabés ont un salaire de misère. « Avec 40000 francs CFA [60 €], je ne sais plus comment faire pour m’en sortir, on ne mange qu’une seule fois par jour. Les enfants ne peuvent
pas comprendre », constate Adama, employée dans une entreprise privée.
Autres slogans mais même son de cloche en Côte d’Ivoire : « Gbagbo, on a faim ! », «On veut manger ! ». Après les populations du Cameroun, du Burkina Faso, d’Haïti ou encore du Sénégal, les Ivoiriennes ont à leur tour marqué leur vive désapprobation face à une situation sociale qui ne cesse de se détériorer. Avec des slogans explicites, les femmes se sont soulevées les lundi 1er et mardi 2 avril pour protester contre la cherté de la vie (3)
Elles ont pris alors d’assaut les principales artères du District d’Abidjan où elles ont dressé des barricades. A Cocody, Riviéra, au II Plateau, à Port-Bouët, Yopougon, et d’autres communes, les voies étaient obstruées par des tables, bancs, blocs en béton ou pneus enflammés, troncs d’arbre, branches, poubelles vides et/ou pleines. (4)
Le mot d’ordre a été largement suivi puisqu’il a été efficacement diffusé par SMS sur les téléphones portables des principales responsables du mouvement. Les paradoxes du libéralisme sont ici exacerbés : accès à la technologie mais ventres vides.
Mot d’ordre et revendications : contre l’inflation des prix
« Vie chère rime avec galère, mais surtout misère pour les couches sociales les plus fragilisées », souligne l’hebdomadaire burkinabé San Finna. Sur les 170 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en Afrique subsaharienne, 70 % sont des femmes, essentiellement rurales, estime l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il est alors d’une logique tristement implacable qu’elles organisent et participent à cette vague de protestation, assistant à cette envolée des prix. (5)
Depuis plusieurs mois, le Burkina Faso traverse une crise liée à l’explosion des prix des aliments de base, notamment le riz. Le sac de riz se vend actuellement au Burkina entre 18 000 et 22 500 francs CFA (32 €). Le litre d’huile vendu à 600 est passé à 1000 ou 1200 francs CFA (1,80 €, soit à peu près le prix français). Les prix ont été augmentés de 75% à plus de 100%. Au Cameroun, le prix du sac de riz a augmenté de près de 50 % en quelques mois pour frôler les 300 francs CFA le kilo (0,45 €).
En Côte d’Ivoire, des messages écrits sur des bouts de cartons ont exprimé aussi le désarroi : « Nous sommes sorties ce matin parce que trop c’est trop. On en a marre. C’est une autre forme de guerre qu’on déclare à la Côte d’Ivoire. On est fatigué ». Une autre femme, beaucoup plus en colère, a mis les pieds dans le plat : « On ne peut rien payer, le riz de nikacha qui était à 200 francs est passé à 400 francs. On ne peut plus manger, on a faim. On est venu se plaindre aux autorités, à Soro, à Gbagbo ». (6)
En République démocratique du Congo, même bilan amer : « Moi, pour nourrir ma petite famille de 6 membres, il me faut me réveiller chaque matin à 4h30, chercher du pain à la boulangerie et vendre devant la maison », indique une ménagère de 48 ans de Kinshasa, avant de déplorer le fait que depuis un mois, la vie est devenue trop chère. Annie, 50 ans, vendeuse au marché Gambela, confirme. « On ne tient plus le coup. Tous les produits alimentaires ont augmenté. La farine de manioc, celle de maïs, le riz, le haricot, le sucre, tout a augmenté de 80 à 150% », indique-t-elle. En ce qui concerne le pain, si on a maintenu le prix, on a par contre diminué de volume. A Kinshasa, les ménagères estiment qu’une famille ne peut pas trouver de quoi manger (un repas) à moins de 15$, dans l’est du pays, il faudra au moins 10$. Ce qui relève d’un exploit alors que le Smig en RDC est de 1$ par jour !
Réactions gouvernementales : entre mutisme, répression et premières mesures d’urgence
En Côte d’Ivoire, la réponse immédiate du gouvernement s’est manifestée par un important déploiement des forces de l’ordre, constituées par les éléments de police et de gendarmerie, appuyées par des commandos de la gendarmerie et des corps d’élite de la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) et du Centre de Commandement et de Sécurité (CECOS). Face à la témérité des manifestantes, l’ordre a été donné à la police et à la gendarmerie de les disperser. Mais les manifestantes n’ont pas capitulé devant les gaz lacrymogènes et beaucoup d’entre elles ont été victimes de violences policières sans que leur sort ne soit exposé aux yeux de toutes.
Au Burkina Faso, une série de mesures ont été prises par le gouvernement afin de baisser les prix des produits de grande consommation. Il s’agit de la suspension des taxes sur les droits de douane pour six mois. Des négociations ont été engagées avec les commerçants en vue de la réduction des prix. C’est ainsi que le sac de riz a été fixé à 13000 Francs CFA (19,80 €). (7)
En République démocratique du Congo, le mutisme du gouvernement traduit sans doute la difficulté qu’il rencontre à élaborer une politique salariale susceptible de permettre aux travailleurs de satisfaire leurs besoins vitaux. La récente augmentation de plus de 20% du prix de l’essence pèse douloureusement sur la population. (8)
En Algérie, qui a également été le terrain d’émeutes de la faim, le ministère de l’Agriculture souhaite relancer la production de la semence à l’échelle locale pour réduire le prix de la pomme de terre. Il s’engage également à acheter le blé des producteurs algériens à des prix semblables à ceux appliqués sur le marché mondial, afin d’éviter des spéculations qui feraient flamber les cours nationaux. (9)
Des mesures qui restent des stratégies à moyen terme et ne prennent que partiellement en compte la difficulté réelle et structurelle de la population à se nourrir.
Mesures internationales
Les ministres de l’Economie et des Finances des pays africains, réunis à Addis-Abeba les 28, 29 et 30 mars 2008, n’ont pu que constater que « l’augmentation des prix mondiaux des produits alimentaires présente une menace significative pour la croissance, la paix et la sécurité en Afrique ». Parmi les solutions proposées pour sortir de la crise, outre des allégements fiscaux et des droits de douane revus à la baisse, l’accent a été mis sur la capacité de l’Afrique à se nourrir elle-même.
Ces 28 et 29 avril derniers, l’ONU se réunissait à Berne, avec d’autres organisations internationales, afin de décider de mesures d’urgence. Peu de choses sont sorties de ce sommet, si ce n’est la création d’un « état-major de crise », dont le mandat reste à préciser. EtRobert Zoellick, le président de la Banque mondiale, également présent à Berne, de déclarer « les promesses d’aide ne remplissent pas les ventres ». En effet…
Jean Senahoun, économiste à la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) avait prévu que des émeutes de la faim éclateraient dans le monde. En décembre, le secrétaire général de la FAO avait lancé une initiative pour limiter la hausse des prix, qui affectait notamment les pays en développement. La FAO mettait aussi l’accent sur la distribution d’intrants aux petits producteurs des pays en développement afin d’augmenter l’offre à court terme. De telles initiatives sont déjà en cours au Burkina, au Sénégal, en Mauritanie et vont bientôt s’étendre.
Ces mesures permettraient aux pays connaissant un déficit céréalier et ayant des revenus limités d’augmenter leur production nationale et de réduire les exportations dont le coût a considérablement augmenté et pèse dans les budgets. «Au final, l’idée est de soulager à court terme les populations affectées et, à plus ou moins long terme, de favoriser la production agricole et d’augmenter l’offre au niveau mondial ». Il semble alors que les résultats se fassent toujours attendre et la FAO reste sur une attitude défensive qui pourrait signifier : « on vous l’avait bien dit ».
Devant la gravité de la situation, un sommet de la FAO s’est néanmoins organisé le 3 juin 2008 pour la résolution de la crise. Dans son discours d’ouverture, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a décrit les grandes lignes d’un « plan d’action » contre la flambée des prix. Ce plan prévoit de débloquer entre 15 et 20 milliards de dollars (de 9 à 13 millions d’euros). Selon le Secrétaire général, les réserves alimentaires mondiales devraient augmenter de 50% d’ici à 2030. Promouvant davantage de libre-échange, il a également condamné les paysqui limitent leur exportation ou qui imposent des mesures de contrôle des prix. « Ces politiques qui nuisent aux pays voisins ne peuvent pas fonctionner. Elles ne font que créer des distorsions de marché et contribuent à faire encore grimper les prix », a critiqué M. Ban. (10)
II - La faute à quoi et à qui ?
Il est délicat de répondre à cette question dans la mesure où les réponses varient en fonction des interlocuteurs, chacun des acteurs se renvoyant la balle… La population demandant des comptes à leurs dirigeants, ces mêmes dirigeants condamnant les institutions internationales, qui, elles, déplorent la sécheresse, les conditions climatiques, une bureaucratie trop lourde, des distorsions du marché et un
cours du pétrole incontrôlable…
Mais cette apparente confusion ne saurait dissimuler les con- séquences des politiques agricoles imposées par le Fonds monétaire international (FMI) aux pays africains. En effet, les Plans d’ajustement structurel (PAS) ont poussé les pays les plus endettés, notamment en Afrique subsaharienne, à développer des cultures d’exportation et à importer la nourriture qu’ils consomment. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à l’instabilité des prix. Alors à la question « Faut-il blâmer les institutions financières internationales ? », Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, répond « oui ». « Rien n’a été fait contre la spéculation sur les matières premières, prévisible, depuis qu’avec la chute de la bourse, les investisseurs se sont repliés sur ces marchés. On paie vingt années d’erreurs. Avec l’augmentation de la demande alimentaire, l’offre ne suit plus. L’agriculture industrielle, fondée sur des intrants coûteux, montre ses limites » (11).
Sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et sous la pression des accords bilatéraux, les politiques agricoles de tous les pays et leurs tarifs douaniers ont été progressivement démantelés : l’agriculture paysanne des pays du Sud se retrouve sans protection, en compétition directe avec l’agriculture subventionnée, industrielle et productiviste des pays du Nord, elle-même en concurrence avec l’agriculture paysanne et biologique locale.
Cette politique n’a pourtant connu qu’un développement croissant ces trois dernières décennies. Une de ces ultimes manifestations étant l’utilisation encouragée de céréales, comme le maïs, afin de fabriquer des agrocarburants. Beaucoup de gouvernements ont subventionné ces agrocarburants et, en 2008, 30% de la production de maïs vont servir à leur production et non à l’alimentation humaine ou animale.
Par ailleurs, on attend avec inquiétude les estimations sur la réaffectation de terres en faveur de ces nouvelles cultures de rente (fréquemment contrôlées par des hommes) et
au détriment des cultures vivrières (souvent l’apanage des femmes). En soutenant le développement des agrocarburants, de nombreux pays répondent aux intérêts des multinationales, mais mettent encore plus en danger la sécurité alimentaire nationale et mondiale.
Il est particulièrement important d’évoquer ces décisions internationales dans la mesure où leurs effets ne sont pas neutres en termes de genre. « En mettant l’accent sur les problèmes à résoudre et sur les cibles à atteindre, les politiques publiques, globales comme sectorielles, ont souvent renforcé des comportements et des identités « sexuées ». (…) Oui, les politiques publiques ont un genre. » (12) C’est le genre masculin. Et les politiques économiques libérales imposées à l’Afrique comme à l’Amérique du Sud n’échappent pas à cette thèse. Yianna Lambrou, auteure du rapport Gender and Equity Issues in Liquid Biofuels Production – Minimizing the Risks to Maximize the Opportunities, étudie l’impact de la production d’agrocarburants sur les conditions de vie des agriculteur-trices et des paysan-nes. Or,
les constats sont alarmants : le lien entre agrocarburants et accroissement des inégalités entre femmes et hommes est évident. La demande mondiale croissante d’agrocarburants favorise la conversion des terres, ce qui pourrait entraîner le déplacement partiel ou total des activités agricoles des femmes vers des terres de plus en plus marginales, ce qui nuirait à leur capacité à produire de la nourriture.
III - Des évènements révélateurs d’une inégalité structurelle : principales productrices, premières victimes.
Un modèle économique contre l’empowerment des femmes
Ce n’est que récemment que leur rôle-clé de productrices et pourvoyeuses de vivres et leur contribution vitale à la sécurité alimentaire du foyer a retenu une certaine attention, mais pas encore celle qui convient. Au sein des ménages agricoles comme dans toutes les situations, les occupations des femmes sont généralement plus diversifiées que celles des hommes, qui se spécialisent dans un nombre limité de tâches. Ecartées des activités salariées pour la majorité d’entre elles, les femmes produisent des biens et des services qui n’ont pas de valeur monétaire parce qu’ils sont réalisés en dehors de la sphère marchande.
Comme le souligne Souad Triki, « qu’il s’agisse de l’artisanat ou de la transformation des produits agricoles ou encore de la préparation des repas et du pain, la création de ces richesses en biens et en services, par les femmes, est destinée essentiellement à la satisfaction des besoins du groupe familial, sans être comptabilisée économiquement ou reconnue socialement » (13).
Mais cette invisibilité dans les statistiques et dans les représentations sociales dissimule une toute autre réalité : les femmes produisent 60 à 80 % des aliments dans les pays du Sud et sont responsables de la moitié de la production alimentaire mondiale. Représentant 70 à 75 % de la main d’œuvre agricole en Afrique subsaharienne (14), elles effectuent à peu près 90 % des travaux de transformation des matières premières alimentaires et de collecte de l’eau et du bois à brûler utilisés par les ménages, 80 % des travaux de stockage et de transport des produits alimentaires de l’exploitation au village, 90 % des travaux de sarclage et 60 % des tâches de récolte et de commercialisation. (15)
Dans les ménages agricoles, les femmes consacrent 5 heures en moyenne soit 54,4% de leur temps quotidien d’activité productive, aux travaux agricoles et à l’élevage (contre 3 heures pour les hommes) - (16). Les études de la FAO le confirment : alors que les femmes sont à la base de la petite agriculture, de la main-d’œuvre agricole et de la subsistance familiale quotidienne, elles ont moins facilement accès que les hommes aux ressources tels que la terre et le crédit, et aux intrants, aux services et aux formations qui renforcent la productivité.
En Afrique subsaharienne, l’épidémie du sida a encore aggravé la situation des femmes. À la mort de son mari, l’épouse risque de perdre, au profit de la famille du défunt, la terre qu’elle a toujours cultivée ainsi que la maison qui l’abrite avec ses enfants. C’est le cas pour 60 % des veuves en Ouganda. (17)
La principale contrainte qui s’oppose à la pleine reconnaissance des rôles et des responsabilités effectifs des femmes en agriculture est le manque de données ventilées par sexe accessibles aux techniciennes, aux planificateur-trices et aux décideur-es.
Droit foncier lacunaire : Les femmes possèdent moins de 2% de la terre, alors que le pourcentage des ménages dirigés par des femmes continue de s’accroître. Dans beaucoup de pays, les programmes de réforme agraire conjugués au morcellement des terres communales ont déterminé le transfert des droits fonciers aux seuls hommes en tant que chefs de famille, ignorant ainsi à la fois l’existence de ménages dirigés par une femme et les droits des femmes mariées à la copropriété.
Accès au crédit : Si les femmes sont éventuellement autorisées, sur le papier, à souscrire un emprunt bancaire, la FAO constate toujours un accès inégal au crédit agricole dans de nombreuses régions rurales. Pour les pays africains où les informations sont disponibles, seuls 10 % des crédits agricoles sont octroyés aux femmes, principalement du fait que la législation nationale et la loi coutumière ne leur permettent pas de partager des droits de propriété foncière avec leurs maris, ou parce que les femmes chefs de famille sont exclues des systèmes de tenure, ne pouvant pas fournir les garanties exigées par les institutions de crédit.
Accès aux intrants agricoles : L’accès des femmes aux intrants techniques tels que les semences améliorées, les engrais et les pesticides, est limité car, dans bien des cas, elles ne bénéficient pas des services de vulgarisation et sont rarement membres de coopératives, lesquelles distribuent souvent aux petits agriculteurs des intrants subventionnés. En outre, elles manquent souvent de l’argent nécessaire pour acheter ces intrants même subventionnés.
Accès aux services d’éducation, formation et vulgarisation : Les deux tiers du milliard d’analphabètes dans le monde sont des femmes et des fillettes. Les chiffres disponibles montrent que seuls 5 % des services de vulgarisation visent les femmes rurales et seulement 15% des vulgarisateurs sont du sexe féminin. En outre, la plupart des services de vulgarisation portent davantage sur la production de cultures de rapport que de cultures vivrières et de subsistance, qui sont le principal souci des agricultrices et la clé de la sécurité alimentaire.
Accès à la prise de décision : Compte tenu du rôle traditionnellement limité des femmes dans les processus de prise de décision au niveau du ménage, du village et du pays dans la plupart des cultures, souvent leurs besoins, leurs intérêts et leurs problèmes ne sont pas pris en compte dans l’élaboration des politiques et des lois qui jouent un rôle important dans l’élimination de la pauvreté, la sécurité alimentaire et la durabilité écologique. Les causes de l’exclusion des femmes des processus de prise de décision sont étroitement liées à leur rôle additionnel de procréatrices et aux travaux domestiques qui absorbent une partie importante de leur temps.
Compétences méconnues : Les femmes possèdent des connaissances détaillées et complexes des systèmes agricoles dont elles sont en charge. Par exemple, en Zambie, en ce qui concerne le système chitimene, complexe, où les sols forestiers et en jachère sont amenés à être cultivés à la suite de l’abattage, du ramassage et de la combustion de la végétation arbustive, les hommes et les femmes connaissent de façon détaillée les essences des terrains boisés et en jachère locaux, leurs schémas de pousse, leurs qualités agronomiques et leurs utilisations. Chaque sexe, toutefois, se spécialise dans certaines essences. De récentes recherches démontrent la valeur de la base de connaissances autochtones des femmes à titre de source de croissance de la productivité.
Source : Rapport de la FAO sur « Les femmes et la sécurité
alimentaire »
D’autre part, la participation des femmes dans le commerce informel des denrées alimentaires est particulièrement importante. Elles transforment les matières premières, les transportent du lieu de production au lieu de consommation et revendent au détail. Pour beaucoup de femmes, ce secteur offre une certaine flexibilité puisqu’elles peuvent quitter temporairement leur emploi si elles le souhaitent et elles peuvent le combiner avec leurs charges ménagères.
Cependant, leur place dans l’économie informelle est difficile car elles doivent faire face à une forte concurrence et des taux de déperdition élevés. Elles sont souvent à peine capables de générer des revenus suffisants pour renouveler leur stock et achètent fréquemment à crédit aux fournisseurs à des conditions très défavorables. En conséquence, les revenus des femmes dans l’économie du secteur informel sont plus faibles que ceux des hommes et la précarité de leur emploi plus grande. Et pourtant, c’est justement leur activité qui nourrit bien souvent la population locale comme le montre l’expérience des femmes kenyanes qui approvisionnent en produits alimentaires la ville de Nairobi. (18)
Les émeutes de la faim : une entrée dans la sphère politique ?
Lorsqu’on se penche sur le rôle des femmes dans les émeutes de la faim à d’autres époques ou sur d’autres continents, on remarque qu’il a été forgé par des conditions inégalitaires mais qu’il a permis une certaine prise de conscience de la part de ces femmes. A de nombreuses reprises, les Iraniennes des milieux défavorisés ont exprimé leur mécontentement en manifestant contre la hausse des prix et des taxes à la fin du XIXe siècle. Certaines femmes ont quitté leur foyer pour participer à ces grèves. Ce bouleversement dans leurs habitudes constitue alors le signe d’un changement social futur dont les autorités repoussaient l’avènement.
Dans les années 1880, mille femmes manifestaient contre la pénurie de pain en bloquant le passage du Chah Naser Ul-Din qui ordonnait l’arrestation de leurs maris. Cet épisode n’illustre pas la tolérance du régime mais au contraire, il décrit le statut des femmes qui n’étaient pas considérées comme des citoyennes responsables devant la loi. Ces premiers rassemblements féminins ont permis de faire émerger une réelle conscience politique des femmes qui se manifestera lors de la constitution de 1906. (19)
L’entrée en politique par des manifestations contre les pénuries s’est également déroulée en France, dans le Var, en 1942. En effet, les femmes se sont organisées puis se sont appuyées sur les organisations politiques. En entrant dans la sphère publique, elles ont dû s’organiser différemment, élargir leur réseau traditionnel et s’ouvrir aux partis politiques et aux syndicats. Quand les femmes se sont mobilisées, elles se sont identifiées avant tout à des mères et femmes au foyer, responsables de l’alimentation dans leur famille. Cette identification influence considérablement la forme de la manifestation. Elles ont protesté contre la hausse des prix et des pénuries dans des endroits symboliques comme les magasins et les places de marché. Elles ont alors franchi le pas de se placer dans l’espace public, lieu du politique, qu’elles feront évoluer progressivement. (20)
Cette mise en perspective historique permet de comprendre comment ces récentes émeutes de la faim s’inscrivent dans la thématique du cloisonnement des sphères privée/sphère publique, les femmes entrant dans la scène publique pour dénoncer les conditions intolérables qu’elles vivent dans leur foyer. Il s’agit alors d’une initiation et d’un apprentissage dans la douleur de l’organisation d’un mouvement contestataire qui peut évoluer vers la construction d’une identité politique à part entière. Cette prise de conscience peut éventuellement déboucher sur la formation d’un discours politique plus large qui défendrait un nouvel ordre social et qui tiendrait compte des besoins et des attentes des femmes. Lorsqu’elles analysent et dénoncent les inégalités de l’ordre établi, elles donnent l’impulsion nécessaire à des changements sociaux qui les intégreraient comme nouvelles actrices politiques.
IV - L’intégration de la dimension genre comme nécessité pour la sécurité alimentaire
Depuis les émeutes de février 2008, le discours officiel s’est métamorphosé. « Les Africains vont devoir changer leur façon de produire et de consommer », annonce le ministre camerounais du commerce, Luc Mbara Atangana. « Un verrou idéologique a sauté : nous allons pouvoir aider notre agriculture. » Rompant avec le libéralisme et la priorité aux importations de vivres imposée par le FMI et la Banque mondiale, le gouvernement camerounais magnifie désormais l’agriculture nationale et promet un grand plan visant la souveraineté alimentaire ». (21)
On peut alors peut-être espérer que les voix des pays du Sud vont enfin se faire entendre… Différents mouvements sociaux avaient organisé une rencontre internationale de la souveraineté alimentaire à Bamako au Mali en février 2007. Les organisations partenaires présentes (Via Campesina, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali, la Marche mondiale des femmes, le World Forum of Fish Harvesters and Fishworkers (WFF), le World Forum of Fisher Peoples (WFFP), le Food Sovereignty Network, les Amis de la Terre International) ont défendu « le droit des peuples à une alimentation saine, dans le respect des cultures, produite à l’aide de méthodes durables et respectueuses de l’environnement, ainsi que leur droit à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles ».
Dans cet objectif, la souveraineté alimentaire « place les producteurs, distributeurs et consommateurs des aliments au cœur des systèmes et politiques alimentaires en lieu et place des exigences des marchés et des transnationales. Elle défend les intérêts et l’intégration de la prochaine génération. Elle représente une stratégie de résistance et de démantèlement du commerce entrepreneurial et du régime alimentaire actuel ». (22) Ce programme a été décrit dans la déclaration de Nyéléni, « symbole au Mali d’une mère nourricière, agricultrice, qui s’est battue pour s’affirmer en tant que femme dans un environnement qui ne lui était pas favorable ».
La lutte contre le capitalisme passe donc par celle contre la domination patriarcale, et réciproquement. « Nous ne pouvons lutter contre la faim et la pauvreté en Afrique, particulièrement dans les régions en difficulté de l’Afrique subsaharienne, que si les femmes ont véritablement leur mot à dire non seulement dans les champs, mais aussi dans le laboratoire », estime Vicki Wilde, responsable du Programme Genre et Diversité du CGIAR (Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale). (23)
Il est alors essentiel d’associer deux thématiques : genre et sécurité alimentaire. Le concept de sécurité alimentaire a subi une évolution au fil des ans, grâce à l’attention de plus en plus intégrée accordée aux dimensions sociales, de genre, écologiques, techniques et économiques du problème.
Le défi à relever à l’avenir consistera à poursuivre l’égalité dans l’accès des femmes aux ressources leur permettant de produire des aliments, et dans la mesure de leurs possibilités, d’acheter les vivres qui ne peuvent être produits localement, accroissant de la sorte leur capacité d’assurer la sécurité alimentaire.
Dans un rapport intitulé, « Les femmes ou la clef de la sécurité alimentaire», des chercheures de l’Institut International de Recherche sur les politiques alimentaires, apportent «la preuve concrète qu’en réduisant les disparités entre les hommes et les femmes par le renforcement du capital physique et humain des femmes, l’on encourage la croissance agricole, des revenus féminins, une sécurité alimentaire et
nutritionnelle pour toutes. »
Les trois éléments centraux, ou piliers, de la sécurité alimentaire sont la disponibilité des aliments, c’est-à-dire une production alimentaire adéquate, l’accès économique aux denrées alimentaires exploitables et la sécurité nutritionnelle qui est souvent tributaire de la disponibilité de ressources non alimentaires (soins de puériculture, soins de santé, eau non contaminée et assainissement). Les femmes remplissent des fonctions importantes, sinon prépondérantes, dans l’apport de ces trois éléments, indispensables à l’accomplissement de la sécurité alimentaire dans les pays en
développement.
Accroissement du capital physique et humain des femmes : Les capacités des femmes à remplir leurs rôles de productrices alimentaires seraient valorisées si l’on améliorait leur accès aux ressources, aux technologies et à l’information. Il convient de s’efforcer de protéger les droits traditionnels des femmes à la propriété foncière par des moyens non discriminatoires d’immatriculation et d’obtention des titres de propriété, et par l’inclusion explicite des femmes à titre de bénéficiaires individuelles, ou conjointes, des programmes de réforme foncière. L’amplification de l’éducation des filles, notamment dans les zones rurales, constitue l’un des moyens pour garantir les réserves de capital humain de la prochaine génération. Les gouvernements et les bailleurs de fonds pourraient appuyer la formation de davantage de femmes dans les sciences agricoles et connexes.
Amplification des capacités féminines de production de revenus : Il conviendrait que les stratégies soient axées sur l’augmentation de la productivité des femmes en termes de travail rémunéré (que ce soit dans l’agriculture ou d’autres secteurs), afin qu’elles puissent augmenter leurs revenus sans sacrifier davantage de leur temps, ni leur bien-être ou celui de leurs enfants, ni leur propre état nutritionnel ou sanitaire.
Protection de l’état sanitaire et nutritionnel des femmes : Une santé de qualité et une nutrition adéquate sont importantes pour les femmes, à toutes les étapes de leurs vies. Les femmes doivent protéger leur propre état sanitaire et nutritionnel pour être en mesure de remplir leurs fonctions de productrices et de procréatrices. Et enfin, il convient que les femmes se sentent habilitées à solliciter des soins pour elles-mêmes et pour ceux dont la sécurité alimentaire et nutritionnelle dépend d’elles. (Source : A. Quisumbing, « Les Femmes ou la clef de la sécurité alimentaire », Rapport de politique alimentaire, Washington, 1995.)
Pour que ces recommandations soient efficaces à long terme, il faut que les femmes puissent accéder aux postes de décision dans l’élaboration des politiques publiques. Aujourd’hui, en Afrique subsaharienne, les femmes représentent un faible pourcentage (environ 14 %) des membres des organes législatifs locaux et nationaux et elles sont aussi peu représentées dans les gouvernements nationaux.
Nombre de gouvernements de pays d’Afrique subsaharienne ne comptent aucune femme. Il n’y a qu’au Mozambique, en Afrique du Sud, aux Seychelles et en Tanzanie que la représentation des femmes au Parlement et au gouvernement soit acceptable, (24) sans oublier le Rwanda, le pays qui fait rougir la plupart des gouvernements occidentaux grâce à sa quasi-parité au parlement.
Or, le partage du pouvoir et des responsabilités décisionnelles est un des facteurs les plus importants pour atteindre l’égalité et l’autonomie des femmes. Mariette Sineau répond à la question « Qu’attendre de la féminisation des élites ? » : « A défaut de combler la distance sociale entre gouvernants et gouvernés, elle peut à nos yeux, entraîner un renouvellement des priorités comme des pratiques politiques. Parce qu’elles ont une expérience différente – ayant joué jusque-là les tenantes du quotidien et du familial -, les femmes sont bien placées pour infléchir le contenu des programmes politiques, combler les lacunes d’un bien commun défini sans elles. » (25)
Alors que la plateforme d’action de Pékin, élaborée lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, insistait déjà en 1995 sur le fait que « les femmes ont le même droit que les hommes de participer à la gestion des affaires publiques et peuvent contribuer à redéfinir les priorités politiques, à inscrire de nouvelles questions dans les programmes politiques et à éclairer d’un jour nouveau les questions politiques générales.», il reste toujours d’actualité de revendiquer (26) un meilleur accès aux sphères de pouvoir pour les femmes et de les encourager à exercer des responsabilités sur l’ensemble des niveaux de l’échelle décisionnelle , du niveau communal jusqu’au international, sans oublier les organisations paysannes et leurs fédérations et mouvements qui sont encore très fortement masculins, notamment au sein de leurs structures dirigeantes.
La force potentielle de l’entrée en politique d’un groupe si lamentablement sous-représenté jusqu’à maintenant et la prise en compte de l’appréhension qu’elles ont du
rapport entre les sphères privée et publique permettront de renforcer un nouveau modèle de l’acteur politique. Une expérience politique approfondie rendra les femmes plus capables de défendre leurs besoins pratiques et leurs intérêts stratégiques, de mieux comprendre les obstacles qu’elles doivent surmonter et de servir plus efficacement leurs intérêts communs à long terme. Et l’intérêt de pouvoir se nourrir convenablement n’est pas seulement commun aux femmes – à regarder de près, il semble tout simplement insensé et dépourvu de tout fondement éthique que ce besoin fondamental puisse se trouver en concurrence avec l’envie de se déplacer (à travers la compétition des agrocarburants pour l’utilisation des terres et d’autres ressources), voire l’envie de s’enrichir, comme en témoignait ce slogan cynique d’un fond d’investissement belge KBC qui a suscité une vague d’indignation récemment : « Tirez avatage de la hausse du prix des denrées alimentaires ! ».
S’il y a une large convergence sur ce cri d’alarme dans le milieu des spécialistes et des organisations paysannes et de solidarité internationale, l’analyse des causes et les recommandations qui en découlent peinent encore à reconnaître pleinement que les
inégalités des femmes et des hommes se trouvent au cœur de la problématique alimentaire et qu’une solution ne saura être viable sans prendre en compte les rôles, responsabilités, intérêts, contraintes et compétences des femmes.
Reste à espérer que la crise alimentaire aura au moins servi à contribuer à cette prise de conscience et à ses répercussions espérées.
* Lucia Direnberger occupe actuellement le poste d’assistante à la coordination du réseau Genre en Action ; elle est par ailleurs doctorante au Centre d’Etudes d’Afrique Noire à l’Institut des Etudes Politiques à Bordeaux.
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
* Pour prolonger la réflexion sur la thématique « genre et sécurité alimentaire» et pour vous donner l’occasion de réagir à ce bulletin et faire part de vos propres idées et expériences, rendez-vous sur le forum sur le site de Genre en Action : http://www.genreenaction.net/spip.php?article6528
Notes
1 - Selon les sources, les estimations varient mais vont jusqu’à 90 % (cette estimation et les autres chiffres cités sont extraits du Rapport de l’OCDE « Les Femmes africaines » en ligne sur http://www.oecd.org/)
2 - http://www.naturavox.fr/article.php3?id_article=4124
3 - http://fr.allafrica.com/stories/200804010146.html
4 - « Marche des femmes contre la flambée des prix en Côte d’Ivoire. Mourir de faim ou de la violence policière ? » de Silué N’Tchabétien Oumar,
http://www.genreenaction.koumbit.org/spip.php?article6480
5 - Courrier International du 7/04/2008
6 - http://fr.allafrica.com/stories/200804010146.html
7 - http://www.naturavox.fr/article.php3?id_article=4124
8 - http://www.afrik.com/article14153.html
9 - http://www.afrik.com/article14158.html
10 - Le Monde, 03/06/08
11 - Le Monde, 03/05/08
12 - Renée B.-Dandurand, Jane Jenson et Annie Junter, « Les Politiques publiques ont-elles un genre ? », Lien social et Politiques, n° 47, Printemps 2002, p. 5-13
13 - Ibid
14 - L’Essor n°14915 du 11 mars 2003
15 - Oudele Akinloye AKINBOADE, « Les femmes, la pauvreté et le commerce informel en Afrique orientale et australe », Revue internationale des sciences sociales, n°184, 2005
16 - Souad TRIKI, « L’invisibilité du travaildes femmes : l’exemple du milieu rural tunisien », dans Thérèse Locoh, Genre et sociétés en Afrique, Institut National d’Etudes Démographiques, Paris, 2007.
17 - « Dossier sur l’accès à la terre pour les femmes », CCFD, 2007.
18 - Oudele Akinloye AKINBOADE, « Les femmes, la pauvreté et le commerce informel en Afrique orientale et australe », op. cit.
19 - Haideh MOGHISSI, Populism and feminism in Iran, The Macmillan Press, London, 1994.
20 - Lynne TAYLOR, “Food riots revisited. Public protests in the seventieth to the nineteenth century”, Journal of Social History, Winter, 1996.
21 - Le Monde du 15 mai 2008
22 - Décalaration de Nyéléni, Fourm pour la souveraineté alimentaire, février 2007, Bamako
23 - http://www.genderdiversity.cgiar.org
24 - Oudele Akinloye AKINBOADE, « Les femmes, la pauvreté et le commerce informel en Afrique orientale et australe », op. cit.
25 - Mariette SINEAU, « L’Elitisme politique n’est pas mort », dans Christine VERSCHUUR et Fenneke REYSOO, Genre, pouvoirs et justice sociale, L’Harmattan, Paris, 2003.
Suite...
Commentaires & analyses
La France et le génocide rwandais : L’autre part de vérité
2008-09-20
Tidiane Kassé
Le 7 août 2008, le Rwanda publiait son rapport sur l’implication de la France dans le génocide des Tutsis et le massacre des Hutus modérés, en 1994. Des doutes sur l’impartialité de la commission d’enquête et sur la véracités de certains faits ont accompagné sa publication. Le document est cependant le fruit d’un groupe de travail intitulé «Commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l'implication de l'Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994». Les accusations qu’il porte sur la France sont graves et Paris les a niées. Toujours est-il que trente-trois personnalités françaises politiques, militaires et autres sont nommément désignés, accusés d’avoir, à des degré divers, favorisé, couvert ou laissé faire ce qui a abouti au massacre de 800 000 personnes.
Ce qu’il est convenu d’appeler le «Rapport Mucyo», du nom du président de commission d’enquête, Jean de Dieu Mucyo, ancien procureur et ancien ministre de la Justice du Rwanda, n’a cependant pas fait l’objet de beaucoup d’attention. Au-delà des dénégations officielles de la France et de certaines personnes mises en cause, il n'y a pas eu d'effets médiatiques. Quatorze ans après le génocide rwandais, tout s’est passé comme si l’oubli et le désintérêt commençaient à faire leur œuvre face à l’un des pires drames de l'histoire contemporaine. Mais peut-être que la publication du Rapport Mucyo, en cette période estivale d’août, n’a pas non plus été le moment idéal pour faire des vagues. Plus qu’une banalisation, on a presque assisté à un black out dans beaucoup de médias français.
En Afrique, non plus, les commentaires n’ont pas été nombreux. Une des rares réactions est notée dans le quotidien burkinabé Le Pays (lundi 11 août). Séni Dabo écrit : «On s’attendait à une posture du genre "les chiens aboient, la caravane passe" pour minimiser l’effet du rapport surtout qu’il émane d’un tout petit pays africain. Mais ce ne fut pas le cas car des militaires et des hommes politiques français mis en cause dans le rapport parce qu’étant aux affaires au moment des faits, ont réagi. Comme s’ils s’étaient concertés, la ligne de défense est la même : la France n’a rien à se reprocher dans ce qui est arrivé au pays des mille collines en 1994 ; bien au contraire, son armée a même contribué à réduire l’ampleur des massacres. Il n’est donc pas question de laisser aboyer le chien mais plutôt de lui répondre.»
«Les accusations portées sont assez graves pour que la France ne réagisse pas. Et en matière d’accusation, la commission d’enquête rwandaise n’est pas allée avec le dos de la cuillère en reprochant à la patrie des droits de l’homme de s’être rendue coupable de violations de droits humains et, plus grave, de génocide.»
«Tous les péchés du ... Rwanda ont été mis sans ménagement sur la crête du coq gaulois, amenant donc celui-ci à sortir ses ergots pour faire état d’une enquête menée uniquement à charge et sous des arrières-pensées politiques. Et c’est en cela que réside une des faiblesses du rapport. Il est difficile pour les autorités rwandaises de démontrer que leur rapport n’est pas une réaction à celui du juge français Jean-Louis Bruguière rendant le président Paul Kagamé responsable de l’attentat contre l’avion de son prédécesseur.»
«La justice voulue par le Rwanda risque de ne pas être juste car elle a toutes les chances d’être celle des vainqueurs ou plutôt celle des victimes qui auront tendance à occulter leur propre responsabilité. Si dans ce qui s’est passé, la France ne peut pas être blanche comme neige, les Rwandais en général et les dirigeants actuels en particulier ne sont pas non plus des saintes Nitouche.»
Ce commentaire du quotidien burkinabé « Le Pays » s’inscrit dans la même tonalité que celles de la presse française qui parle d’absurdités, de légèreté ou évoque des sentences du genre : « on peut être responsable mais pas coupable ». Mais puisse-t-il être un travail «partial», les accusations portées par les enquêteurs rwandais sont assez précises, avec des faits, des circonstances et des détails tels qu’il est difficile de tout écarter d’un revers de la main. S’il s’agit de faux, il est possible de le prouver, plutôt que de s’enfermer dans des dénégations du genre : «Les accusations du Rwanda contre la France, prétendant qu'elle a participé au génocide sont grotesques. On pourrait en rire si on nous oubliait les massacres perpétrés des deux côtés » (Jacques Myard, député des Yvelines et membre de l'UMP, parti de Nicolas Sarkozy).
Quant à la position officielle, exprimée dans un communiqué du ministère français des Affaires étrangères, elle souligne : « Un très important travail d'investigations sur le rôle de la France au Rwanda pendant ces années là a été réalisé en 1998 dans le cadre de la mission parlementaire d'information présidée par M. Paul Quilès». Et d'ajouter que la France s'en tient à l'analyse de cette commission et à ses conclusions. Plutôt que d’accepter la confrontation entre les deux rapports, Paris s’enferme dans ses «vérités». Une position sans doute confortable, mais qui ne favorise pas l’éclatement de LA vérité.
Sur certains points, les deux rapports se recoupent, notamment avec l’exploitation des documents diplomatiques et militaires, au sujet de l'intervention française au Rwanda. Mais le document produit par la commission d’enquête rwandaise détaille des faits compromettants dont les militaires français sont accusés. Et cela, à partir de 1990. Ils avaient alors commencé à s’engager auprès des gendarmes rwandais dans des opérations de police, sous le couvert d’une mission de protection des ressortissants français.
Quoi qu’on puisse penser de la composition de la commission d’enquête rwandaise qui a aboutit à ces accusations, les profils de certains de ses membres sont crédibles et respectables. Entre autres, les universitaires José Kagabo et Jean-Paul Kimonyo. Le premier est historien, maître de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris. La commission d’enquête parlementaire française conduite par Paul Quilès l’a d’ailleurs interrogé. Le second a produit une thèse de doctorat à l'université du Québec, qui a abouti à un livre fort documenté sur le génocide de 1994.
Pambazuka News vous propose un extrait de ce dont la France est jugée coupable dans le génocide rwandais, à travers le Rapport Mucyo :
Les faits reprochés à la France
Contribution à la conduite de la guerre
L’enquête de la Commission a permis de constater que, contrairement aux déclarations officielles, l’aide militaire française à la conduite de la guerre a été multiforme et souvent directe, comme dans le cas de la collecte de renseignements militaires, de supervision stratégique et opérationnelle de la guerre, de contribution en feu d’artillerie ou de minage par des militaires français.
Appui en renseignements militaires et écoutes téléphoniques
L’aide militaire et politique de la France au Rwanda entre 1990 et 1994 a été intense et visible. Cependant, à d’autres égards, elle a été discrète et clandestine, grâce à l’étroite collaboration entre les services de renseignement des deux Etats et au soutien consenti par des cadres supérieurs français comme Paul Dijoud. Dès août 1991, ce dernier a promis au gouvernement rwandais « que la France va rapidement envoyer une mission discrète, de haut niveau, pour mener des investigations sur la localisation exacte du FPR».
Des documents montrent que dès fin 1992, une coopération de plus haut niveau a été renforcée entre la Direction Générale de la Sécurité Extérieure française, la DGSE, et la Direction de la Sûreté extérieure rwandaise. Dans la réalisation de cette coopération, le Rwanda a été appuyé par le colonel Didier Tauzin (alias Thibault), qui est un ancien cadre de la DGSE, et qui, de 1990 à fin 1993, est conseiller militaire du président Habyarimana. Elle a été également facilitée par les relations très proches qui existent entre le Chef de la mission d’assistance militaire au Rwanda, le colonel René Galinié, et le Chef des renseignements militaires rwandais, le commandant gendarme Pierre-Claver Karangwa.
Des journalistes et témoins français ont vu des agents de la DGSE à Kigali entre 1991 et 1993 au moment où l’armée française entraînait et armait intensément les FAR. Un prêtre français résidant à Kigali en 1994 témoigne : « Certains Français qui étaient ici en 1994, j’aimerais bien les revoir un jour. (..) Notamment un certain ambassadeur qui savait forcément ce qui se préparait. Le génocide était planifié ! Cet ambassadeur, des officiers de l’armée et des gars des services de renseignements ne pouvaient pas ne pas savoir. (…) A l’époque, rien ne se faisait à Kigali sans que les agents français soient mis au parfum par l’un ou par l’autre, voire sans qu’ils agissent en coulisses1 ».
Le général Jacques Rosier, qui a commandé le DAMI et qui fut chef de corps du 1er RPIMa de 1990 à 1992, a reconnu la présence des agents de la DGSE aux côtés des FAR, mais pas de façon fréquente : « Les premiers qui sont venus avec des moyens d’écoute en 1992 ne sont pas restés longtemps et c’était des techniciens, au moment où j’y étais, pour augmenter les capacités d’écoute des Rwandais».
La présence active au Rwanda des agents de renseignements français est confirmée par Augustin Iyamuremye, ancien directeur du service des renseignements intérieurs rwandais de 1992-1994, qui a indiqué à la Commission que « Les Français ont accentué leur soutien au gouvernement rwandais au fur et à mesure que la pression militaire du FPR devenait intense. On peut dire beaucoup de choses sur ce soutien français en période de guerre. La France a aidé l’armée rwandaise dans l’acquisition d’armes et de munitions, dans la formation et dans la recherche de renseignements militaires. Cette dernière activité était menée par des hommes faisant partie du DAMI».
Concrètement, la recherche de renseignements militaires au profit des FAR a été réalisée par des éléments issus du 11ème régiment parachutiste de choc, bras armé de la DGSE, intégrés dans les effectifs de Noroît (nom de code d’une opération) ainsi que par « des commandos du 13ème régiment des dragons parachutistes (RDP) » dans le but de « juger de la nature de l’aide apportée par ce pays aux combattants du FPR». Ces éléments ont formé et appuyé les FAR sur les techniques d’infiltration. Ils ont mené des actions en profondeur en territoire ougandais derrière les lignes du FPR et ont intercepté des communications radio de régiments ougandais et celles du FPR.
Les services de renseignement du Premier ministre rwandais, dans leur Bulletin quotidien, rapportent que :
« La RFI a diffusé ce matin du 17 février 1993 les résultats d’une enquête menée par les Services français de Renseignements en Uganda sur la crise rwandaise. Selon cette radio, ces services « sont convaincus que plusieurs unités ougandaises sont derrière la récente offensive de la guérilla, ils estiment que les dix bataillons déployés par le Front patriotique Rwandais dépassent largement les capacités du mouvement puisque ses forces sont estimées à environ 2500 hommes »’. Par ailleurs, les mêmes Services déclarent que les maquisards bénéficieraient de l’appui d’artillerie au travers de la forêt rwando-ougandaise.»
L’appui français s’est aussi manifesté à travers l’octroi à l’armée rwandaise d’un équipement d’écoutes, à savoir deux systèmes de radio surveillance, deux radiogoniomètres TRC 195, équipements radio-tactiques et radio-surveillance, trois équipements de radio-surveillance.
Selon Pierre Péan (Ndlr : journaliste français), cet équipement a permis de capter les communications secrètes du FPR pourtant considérées comme très protégées : « D’autres militaires français ont également percé quelques secrets des Inkotanyi par le système d’écoutes installé le 2 mars 1993, qui complétait les écoutes fournies chaque matin au colonel Maurin par Anatole Nsengiyumva, le patron du G2, le service de renseignement militaire rwandais. […] Les Français resteront encore bien informés sur les agissements du FPR grâce aux interceptions des FAR jusqu’à la date de l’attentat ».
Bernard Debré a confirmé l’existence d’écoutes des communications du FPR mais a indiqué que cela se faisait au niveau d’un ministère qu’il n’a pas nommé. Une note du service de renseignements belge du 28 décembre 1993 rapporte une information complémentaire selon laquelle « les conseillers français qui sont restés au Rwanda après le retrait de Noroît […] organisent une campagne de dénigrement des Casques bleus belges (…) » et précise que deux d’entre eux « s’emploient à mettre le central téléphonique de Kigali sur écoute », plus particulièrement « les téléphones des ambassades (6) ».
En réalité, le décryptage des communications du FPR était mené par les adjudants chefs Didot et Maïer, deux spécialistes français qui formaient les FAR à la maintenance des postes radio de l’armée et aux techniques de transmission, y compris bien évidemment les écoutes. Didot et Maïer habitaient non loin du CND, où logeait le bataillon du FPR, et certaines sources soulignent que ces deux militaires avaient choisi ce lieu de résidence pour mieux procéder aux écoutes des communications du FPR émanant du CND.
Des techniciens militaires français sont aussi intervenus dans les analyses du matériel de guerre récupéré sur le FPR pendant les combats aux fins d’aider l’armée rwandaise dans leur identification, pour mieux connaître ce matériel et permettre aux FAR d’acheter les armes appropriées à la destruction de celles utilisées par le FPR. Des militaires français ont aussi été actifs dans l’apprentissage aux FAR des techniques de minage et de piégeage. Dans ce cadre, le col. Gilbert Canovas a enseigné à l’armée rwandaise comment « valoriser le terrain en piégeant des carrefours, confluents de thalwegs, et de points de passage possibles de l’adversaire ». Cette mesure a été exécutée « avec la participation du détachement Noroît » dans les secteurs opérationnels de Byumba et de Rusumo.
L’autre type de soutien offert par les autorités françaises au gouvernement rwandais concerne le détournement des informations d’ordre militaire obtenues par la Mission des Observateurs Français (MOF). Cet épisode éclaire la nature des efforts de conciliation de la France dans le conflit, alors que le travail d’observation requérait un minimum de neutralité de la part la France.
La MOF a séjourné tour à tour au Rwanda et en Ouganda du 26 novembre 1991 au 10 mars 1992 et a été reçue le 28 novembre 1991 par le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération ainsi que par celui de la Défense nationale, en présence de l’ambassadeur Martres. S’il n’y a aucune anomalie à ce que des représentants d’un Etat tiennent un discours défendant la politique menée par leur gouvernement, la chose la plus étonnante concerne la partialité manifestée à cette occasion par l’ambassadeur Martres qui, au lieu de tenir un langage neutre, a plutôt repris le même ton que celui de chacun des deux responsables rwandais.
Le Ministre Bizimungu relate en ces termes la position de Martres : « Sur cette lancée, l’Ambassadeur de France au Rwanda a aussi confirmé à ses compatriotes que le président Museveni est très malin et qu’il va certainement s’efforcer de montrer à la mission militaire française des traces de son armée sur le sol ougandais pour faire croire que ce sont les Forces Armées Rwandaises qui violent son territoire ou encore montrer les combattants du FPR en Ouganda et faire croire que c’est le sol rwandais qu’ils occupent. Monsieur Georges Martres a communiqué au Chef de la mission militaire française d’observation que l’Ambassadeur de France en Ouganda a déjà été voir tous ces scénarios et qu’il est bien informé de la mauvaise foi du FPR et de la complicité de l’Uganda dans le conflit.»
La partialité de l’ambassadeur Martres a continué à se manifester par la violation du secret contenu dans les rapports d’enquête conclus par la MOF au profit du Gouvernement rwandais. Le principe retenu lors de la création de la MOF était que les rapports qu’elle devait rendre étaient réservés dans un premier temps aux autorités françaises. Celles-ci devaient ensuite les analyser, puis s’il y a lieu, convoquer une réunion rassemblant le Rwanda et l’Ouganda sous les auspices de la France. C’est dans ce type de réunion que les résultats des enquêtes menées par la MOF devaient leur être communiqués, pour contribuer au retour à la paix.
Dans le même registre des opérations occultes, les services secrets français ont aidé le régime de Habyarimana dans l’infiltration des membres hutus du FPR pour les convaincre de joindre le camp présidentiel. Ces services ont notamment entrepris une opération de récupération et d’enlèvement en Allemagne d’un opposant hutu bien connu, Shyirambere Jean Barahinyura, qui fut membre du Comité exécutif du FPR et son premier porte-parole en Europe en 1990.
L’équipe de spécialistes chargée de cet enlèvement se composait de Pierre-Yves Gilleron, ancien de la « cellule antiterroriste de l’Elysée1 », de son garde du corps Pierre Massé lui aussi rattaché à l’Elysée, et de son ami et associé, Pierre Péan, mais la tentative fut déjouée grâce à l’intervention énergique de la police allemande, le BKA de Francfort, qui avait été alerté par Barahinyura en personne. Rencontré à Bonn le 14/2/2007, le journaliste francorwandais Gaëtan Sebudandi, qui a connu cette histoire de près, l’a relatée en ces termes :
«Le récit de cette anecdote rocambolesque me fut confié, au cours d’un entretien privé, par Shyirambere Jean Barahinyura lui-même vers fin octobre ou début novembre 1990 à Francfort. Il m’a raconté cette tentative en me disant que deux agents français étaient venus le kidnapper. A l’époque, je n’y avais pas trop cru, jusqu’à ce que je retrouve, dix ans après, la même histoire avec des noms précis dans l’ouvrage du capitaine Paul Barril. Ils avaient pour mission de le livrer à Habyarimana. Pour le convaincre de les suivre et de quitter le FPR, ils lui ont fourni une grosse documentation de la DGSE sur le FPR reprenant les thèses que l’on connaît de Khmers noirs, et le dissuadaient de coopérer avec un mouvement comme celui-là ».
Il est vrai que Shyirambere Jean Barahinyura constituait pour le régime Habyarimana un adversaire de taille, à tel point que les services de renseignement rwandais et l’ambassadeur du Rwanda en France et en Allemagne avaient tenté de l’approcher en lui proposant de grosses sommes d’argent pour qu’il rallie le clan gouvernemental et qu’il cède au Rwanda tous les exemplaires de son livre pamphlet dénonçant les scandales du régime.
Conseils stratégiques et appui tactique.
Participation aux réunions d’évaluation et de planification stratégique
Au début de la guerre, des réunions régulières étaient tenues à l’Etat-major de l’armée rwandaise. Y participaient une dizaine d’officiers, parfois moins, dont des Belges et des Français. L’examen de certains comptes rendus de ces réunions montre que les officiers français y étaient souvent conviés. A titre d’exemple, on citera quelques réunions : les deux du 31 octobre 1990, celle des 2, 6, 7, 8 et 9 novembre 1990.
A en juger par leur rythme, ces rencontres apparaissent comme de véritables réunions de crise. Elles sont toutes consacrées à l’évaluation de l’évolution militaire sur le terrain : les avancées ou les reculs des « forces ennemies », c’est-à-dire le FPR ; les reprises de localités ou de villes par les « forces amies » dont la composition n’est pas mentionnée ; les problèmes divers.
Au chapitre des « problèmes divers », on apprend que les « forces amies continuent l’opération de ratissage » dans les zones de combats, comme on peut le lire dans le compte rendu de la réunion du 31 octobre 1990.
La fréquence de ces réunions baisse avec la brève accalmie intervenue sur les divers fronts, le FPR s’étant replié, et l’armée rwandaise semblant remporter une victoire momentanée fin novembre 1990. Elles reprennent avec le retour des hostilités en février 1991, mais cette fois ci à l’état-major de la gendarmerie nationale, et elles prennent une orientation stratégique et opérationnelle plus prononcée. Y prennent part régulièrement, côté rwandais : le colonel Pierre Célestin Rwagafilita, chef d’état-major adjoint à la gendarmerie nationale et président de séance, les lieutenants-colonels Pontien Hakizimana, Jean Ngayinteranya, Laurent Rutayisire, respectivement G3, G1 et G2 à l’état-major de la gendarmerie, et les commandants Jean-Baptiste Nsanzimfura, Christophe Bizimungu ; côté français, les plus assidus à diverses périodes sont le colonel Galinié, les lieutenants-colonels Canovas et Ruelle, le major Robardey.
En exemple de sujets abordés dans ces réunions, on apprend que l’entretien que le colonel Galinié a eu le 13 février 1991 avec les officiers de l’état-major de la gendarmerie nationale et des unités du camp Kacyiru (place forte de la gendarmerie) porte notamment sur « la mission prioritaire de la Gd N [qui] consiste à combattre l’ENI, le colonel Galinié est prêt à fournir à la Gd N une assistance technique et matérielle pour augmenter la capacité opérationnelle du Corps ».
Il est également indiqué dans le compte rendu que : « Avec le Chef EM Gd N adjoint et les Chefs de Bureau EM Gd N, il [Galinié] a évoqué les problèmes et difficultés que la Gd N rencontre actuellement dans l’exécution des missions de sécurité, défense et combat auxquelles elle n’est pas suffisamment préparée en raison de ses prestations normales et a proposé une assistance de la MAM pour relever ce défi qui ne peut être compris ni toléré par l’opinion publique [C’est nous qui soulignons]. […] Il est recommandé que la défense de la ville de Kigali revienne à la Gd nationale et s’engage à tout mettre en oeuvre pour son efficacité si le plan de défense de la capitale qu’il compte proposer incessamment est accepté. […] Cette assistance matérielle et technique ne se limitera pas cependant à la seule ville de Kigali. Elle s’étendra aussi sur d’autres camps et unités »
Entre autres thèmes, les réunions d’états-majors auxquels participent les officiers français traitent de l’état psychologique d’unités particulières et du moral de l’armée rwandaise dans son ensemble, de tactique, de sécurité publique. La réunion du 5 mars 1991 s’est beaucoup attardée sur la question de l’insuffisance des effectifs. « A ce sujet, le lt-col Canovas a souligné que cette insuffisance des effectifs devra être compensée par l’articulation de la défense autour des armes collectives, la constitution d’une réserve d’intervention décentralisée, l’utilisation des patrouilles motorisées et à pied ainsi que des postes d’observation et postes d’écoute ». (4)
Fin 1991, une forte délégation se rend au Rwanda, comprenant l’amiral Lanxade, chef de la délégation, le général Pidance, chef de cabinet, le colonel Delort, du service des Relations extérieures, et le commissaire Dechin. Elle sera tour à tour accueillie par le président de la République rwandaise et à l’état-major des Forces armées rwandaises, où le ministère de la Défense (dont, comme cela a été indiqué plus haut, le chef de l’Etat est le titulaire) précise qu’est « souhaitable la présence du colonel Chollet, commandant le DAMI ».
Peu après, une lettre du ministère rwandais des Affaires étrangères informe l’ambassade de France au Rwanda qu’«à compter du 1er janvier 1992, le Lieutenant-colonel Chollet, chef de détachement d’assistance militaire et d’instruction exercera simultanément les fonctions de conseiller du Président de la République, chef Suprême des Forces Armées Rwandaises et les fonctions de conseiller du Chef d’Etat-major de l’armée ».
Sa mission auprès du chef de l’Etat porte sur l’organisation de la défense et le fonctionnement de l’institution militaire, tandis qu’auprès du chef de l’état-major elle consiste à le conseiller sur l’organisation de l’armée rwandaise, l’instruction et l’entraînement des unités et l’emploi des forces.
La nouvelle de la nomination du lieutenant-colonel Chollet à ce double poste s’est répandue très rapidement, soulevant une vive controverse. L’attaché de défense à Kigali s’est efforcé de relativiser l’événement en indiquant d’abord que Chollet devait être rapatrié en mars 1993, ensuite en minimisant l’importance et la portée d’une pétition de l’une des grandes formations politiques de l’opposition non armée, le Mouvement démocratique républicain (MDR), qui avait vigoureusement protesté, en en appelant à une « fin définitive de la colonisation ».
Le 3 mars 1992 (soit quelques semaines seulement après la prise momentanée de la ville de Ruhengeri par les combattants du FPR), le lieutenant-colonel Chollet est remplacé par le lieutenant-colonel Jean-Louis Nabias à la tête du DAMI, et peu après, Jean-Jacques Maurin est nommé adjoint opérationnel de l’attaché de défense chargé, entre autres activités, de conseiller le Chef d’état-major de l’armée rwandaise. Interrogé par la Mission d’information, en 1998, ce dernier a indiqué « qu’il participait au titre de cette mission à l’élaboration des plans de bataille quotidiens et était partie prenante aux décisions».
Un autre officier français, le colonel Didier Tauzin, a révélé à la Mission d’information que « les militaires français ont dû rappeler à l’état-major rwandais les méthodes de
raisonnement tactique les plus élémentaires, lui apprenant à faire la synthèse des informations, l’aider à rétablir la chaîne logistique pour apporter des vivres aux troupes, à préparer et à donner des ordres, à établir des cartes ».
Cité par plusieurs témoins l’ayant vu sur les lieux de combats, le lieutenant-colonel Canovas semble être celui qui est le plus souvent intervenu sur le terrain, ou du moins celui qui a été le plus parfaitement identifié. Devant la Mission d’information, il a reconnu avoir suggéré « la mise en place de petits éléments en civils, déguisés en paysans, dans les zones sensibles, de manière à neutraliser les rebelles généralement isolés », et de « valoriser le terrain en piégeant les carrefours ».
La participation des officiers français à l’encadrement stratégique, opérationnel et tactique de l’armée rwandaise remonte au début de la guerre. Dans une note verbale adressée à l’Ambassade de France au Rwanda, le ministère rwandais des Affaires étrangères déclare apprécier « l’appui moral, technique et tactique que les officiers français et en particulier le Chef MAM, le colonel Galinié et le lieutenant-colonel Canovas ont apporté à leurs camarades rwandais depuis l’arrivée en terre rwandaise et spécialement au cours de la guerre d’octobre 1990. »
Les officiers qui, aux côtés du Chef de la MAM, remplissent à diverses périodes la mission de conseiller sont : les lieutenants-colonels Canovas pour l’armée rwandaise, Ruelle pour la gendarmerie nationale, les majors Robardey pour la gendarmerie nationale (Police judiciaire) Marliac pour l’aviation militaire, Refalo aux unités para commando, et le capitaine Caillaud à l’Ecole de la gendarmerie nationale.
Participation directe aux combats : 1990-1993
La question de la participation directe des militaires français aux combats dans un pays avec qui la France n’a pas d’accord de défense, mais simplement des accords de coopération militaire, pose le problème de la légalité de cette intervention. Et quand on connaît le caractère criminel des actions menées par le régime que l’on aide et qui met en jeu la vie de citoyens français, la question prend aussi une dimension morale.
Nombre d’officiers des ex-FAR ont expliqué qu’à leur yeux, l’apport en conseils stratégiques, opérationnels, tactiques et en appui matériel étaient tout aussi important qu’une présence épisodique sur le terrain lorsque l’allié français se rendait compte que les FAR n’arrivaient plus à contenir les offensives du FPR.
Pour la Commission, il faut insérer les épisodes de participation directe aux combats dans le dispositif plus large de l’intervention militaire française et plutôt voir le caractère complémentaire des différentes composantes de cette intervention. Cette participation directe aux combats a été systématique à chacune des offensives importantes du FPR. On la perçoit en octobre 1990, en janvier 1991, de juin à septembre 1992 et enfin en février 1993.
Octobre 1990
Il existe de fortes présomptions indiquant qu’au tout début de la guerre, en octobre 1990, des pilotes français ont été aux commandes des hélicoptères de combat qui, selon des sources françaises, auraient fortement contribué à la mise en déroute du FPR. Lors de son audition devant la MIP, l’ambassadeur Martres « a relevé qu’un hélicoptère de combat de l’armée rwandaise avait, le 4 ou 5 octobre 1990, détruit une dizaine de véhicules du FPR et quatre ou cinq camions contenant de l’essence et que, selon les comptes rendus des militaires français, cette opération avait été menée par un pilote rwandais, même si ce pilote avait été formé par les Français. L’officier instructeur était d’ailleurs assez fier du succès de son élève. »
Le général Varret est plus explicite lorsqu’il explique que : «des instructeurs pilotes se trouvaient à bord d’hélicoptères Gazelle envoyés sur place aux côtés des Rwandais et qu’ils n’avaient pas été engagés. Ils n’étaient présents que pour faire de l’instruction de pilotage de tir. Il a encore affirmé que les troupes françaises n’avaient pas arrêté l’offensive du FPR en octobre 1990. »
Il est permis de se poser la question de savoir si le pilonnage de colonnes de ravitaillement d’un ennemi qui a attaqué trois jours plutôt et dont on ne sait pas s’il est doté de missiles antiaériens offre vraiment un contexte propice pour faire de l’instruction.
Le raid du FPR sur la ville de Ruhengeri le 23 janvier 1991
Après la déroute qu’a subie l’APR à la fin de l’année 1990, elle s’est réorganisée en se retranchant pour l’essentiel dans la région des volcans surplombant tout le nord du pays. Le 23 janvier, l’APR lance une offensive surprise sur la ville de Ruhengeri qu’elle occupe quelques heures avant de se replier, non sans auparavant libérer les prisonniers de la prison de Ruhengeri, parmi lesquels on compte les principaux opposants au président Habyarimana. Deux sections du contingent Noroît vont alors évacuer de la ville 300 personnes dont 185 Français. L’ambassadeur Martres évoque l’opération d’évacuation dans les termes suivants :
« L’unité dirigée par le colonel Galinié a su rester dans les limites de la mission qui lui était impartie, intervenant dans la zone résidentielle aussitôt après la reprise en main de la ville par les para commandos rwandais. Le respect des instructions n’a pas exclu une certaine audace dont les parachutistes français ont dû faire preuve dans les deux dernières heures précédant la tombée de la nuit. L’état de choc dans lequel se trouvaient la population expatriée ne permettait pas d’envisager de lui faire subir l’épreuve d’une nouvelle nuit d’affrontements. »
Ici encore, en prenant en compte l’ensemble du texte, on peut légitimement supposer que cette « certaine audace » désigne un engagement direct des militaires français. C’est après ce raid de l’APR que l’envoie d’un DAMI sera décidé.
Batailles de Byumba : juin–août 1992
La première des deux grandes offensives à laquelle l’armée française répondra par un engagement direct appuyé a été la bataille de Byumba de juin 1992. Il s’agit de la première offensive de grande envergure du FPR depuis octobre 1990. Le 5 juin, l’APR, occupe la ville de Byumba pendant quelques jours. Les FAR se révèlent incapables de répondre à l’offensive et à travers une série d’infiltrations, le 20 juin l’APR se crée une poche d’une dizaine de kilomètres dans la zone Byumba, reliant à travers une bande continue ses positions du Nord-ouest au Nord-est.
Le 10 juin 1992, une compagnie d’environ 150 militaires français, basée en Centrafrique, est envoyée au Rwanda. Officiellement, il s’agit de “prévenir toute menace contre la communauté étrangère”. Du 11 au 16 juin, une mission militaire d’évaluation française est envoyée au Rwanda.
Entre juin et octobre 1992, il est procédé au renforcement de Noroît par des troupes du 8e RPIMa, au renforcement du DAMI à travers la constitution d’un DAMI artillerie qui amène des batteries de 105 mm. Ce DAMI artillerie est constitué d’éléments du 35e RAP. De juin à novembre, c’est la colonel Rosier, à ce moment là chef de corps du 1er RPIMA, qui prend le commandement et du contingent Noroît et des éléments du DAMI.
Le général James Kabarebe, actuel chef d’état-major des Forces de défense rwandaises, dans une entrevue accordée à David Servenay, explique comment l’APR s’était rendue compte de l’engagement direct des militaires français dans la bataille de Byumba :
« Personnellement, la première fois que je me suis retrouvé en contact avec des Français, c’était en 1992 à Byumba ; ils avaient apporté une nouvelle batterie d’artillerie de 105 mm. Ils l’utilisaient. Ce devait être une nouvelle arme, que nous n’avions pas rencontrée depuis 1990. Ce nouveau système était supposé en finir avec l’Armée patriotique rwandaise. (…) Ils sont donc venus directement sur la ligne de front de Byumba. Ils nous ont bombardés tout le long de cette ligne de Ruhengeri jusqu’au Mutara. Ils étaient très près de la ligne, car nous pouvions entendre leurs communications. Ils ont bombardé nos tranchées.
« Quand les Français estimaient avoir suffisamment tiré, les FAR avançaient pour finir le travail. Mais à leur grande surprise, quand les FAR ont avancé, nous les attendions très près de leurs tranchées et on leur a tiré dessus à revers, de très près. Il y eut beaucoup de pertes. Ceux qui ont survécu étaient souvent blessés. Ils se sont repliés à l’endroit où se trouvaient les Français. Et là, je me souviens, la radio qu’écoutaient les Français et les FAR était juste à côté de moi : ils les ont engueulés… Ils étaient si durs, les traitant de faibles, d’inutiles. Ils disaient [en français] : « Les forces armées rwandaises sont faibles, faibles, comment pouvez vous échouer après de tels bombardements ? » […]
« Les Français ayant investi, organisé et commandé ces forces, apporté ce système d’armes. Tout ce qu’ils pouvaient faire, ils l’avaient fait : et les FAR n’arrivaient pas à jouer leur rôle. Mais le ton de colère du commandant français qui parlait à la radio, cette colère… montrait qu’il se sentait plus concerné que les Rwandais eux-mêmes. C’était son affaire. »
Selon le colonel Murenzi, ex-FAR, c’est à partir du moment où l’APR lance l’assaut de Byumba en juin 1992, montrant sa supériorité militaire sur les FAR, que les Français se sont résolument engagés. Les conseillers français du bataillon « artillerie de campagne » (AC), normalement stationné dans le camp Kanombe, ont pris part aux combats à Mukarange sur les positions du FPR. « Pour la première fois dans l’histoire de l’armée rwandaise, on a utilisé des canons 105 mm. […] Nous n’avions pas ce type d’armement. […]» Dans les combats de Mukarange et de Kivuye, ce sont ces canons qui nous ont aidés », ajoute le colonel Murenzi.
Sur la bataille de Byumba de 1992, l’actuel général Rwarakabije, ex-FAR, confirme le témoignage du colonel Murenzi. Entre juin et août 1992, les Français avaient pris position dans la région de Rukomo sur un site de l’entreprise Amsar. Là, ils ont combattu avec leurs propres armes.
La participation des Français dans divers combats se déroulant en préfecture de Byumba est confirmée par un rapport officiel rwandais. Dans le cadre de la même bataille de Byumba, mais cette fois plus à l’est dans la région du Mutara, une note du chef de service de renseignements, Augustin Iyamuremye, au Premier ministre sur l’évolution de la situation militaire au front, apporte un éclairage précis sur l’engagement militaire direct des Français :
« Nos militaires, avec l’aide des armes d’appui des militaires français, libèrent la commune Bwisige le 19 juillet bien avant l’heure du début de la trêve. Mais l’ennemi restait encore bien installé en commune Mukarange, Cyumba et Kivuye et dans le secteur Cyonyo de la commune Kiyombe. Au cours de la journée du 20 juillet, les combats sont signalés au Mutara en communes Ngarama et dans les communes de Cyungo, Kibali, Bwisige et Mukarange. Du côté du Mutara, nos militaires qui étaient installés près du centre de Muhambo sont délogés le 20 juillet 1992 l’après-midi par le pilonnage ennemi. Celui-ci réussit à occuper le pont de Ngoma situé entre les communes Muvumba et Ngarama et l’on craignait qu’il ne puisse avancer jusqu’au bureau de la sous-préfecture Ngarama qui est à 10 Km dudit pont. L’intervention française permit encore de repousser l’assaillant le 22 juillet 1992. »
Toujours dans l’Est, Mwumvaneza, actuellement député, et à l’époque conseiller communal, relate les circonstances dans lesquelles il a vu des militaires français intervenir dans la bataille de Ngarama (chef-lieu de la commune du même nom) au mois de juillet 1992. Le FPR et les FAR s’y sont affrontés pendant six heures. Ces dernières ayant essuyé de lourdes pertes humaines, les Français sont intervenus pour les aider à reconquérir leur position.
« C’étaient des jeunes dont on aurait dit qu’ils sortaient à peine de l’adolescence. Ils ont installé leurs canons à Gituza, non loin du dispensaire, sur un terrain de football. Huit canons étaient alignés. Lorsque les soldats de Habyarimana eurent repris leur position, les militaires français avancèrent vers Kanero et installèrent à nouveaux leurs canons, en un lieu que l’on appelle Mashani et qui est le centre commercial de Kanero. Si mes souvenirs sont exacts, je pense qu’il y avait huit canons tirant en direction de la commune Muvumba.»
Nkurunziza Elias, conseiller municipal aussi de la commune de Muvumba en 1990, distingue les témoignages indirects et celui qu’il peut apporter comme témoin oculaire. Tout d’abord, il avait entendu les militaires dans leurs conversations se vanter : « désormais, nous allons nous battre avec les inkotanyi [FPR]. Ils ne pourront plus nous chasser de nos positions, car nous avons parmi nous des Français. » C’est ainsi, dit-il, que lui et d’autres apprirent que les canons qui tiraient sur les positions du FPR en 1992 dans diverses zones de combat en préfecture de Byumba étaient actionnés par des Français.
Février 1993
Le 8 février 1993, le FPR lance une offensive généralisée à partir de toutes ses positions et s’empare en quelques heures d’une grande portion de la partie nord du pays. Il arrive même à une trentaine de kilomètre de la capitale, Kigali.
Le 8 et le 9, la France procède au renforcement de Noroît, qui comprend désormais un état major tactique (EMT), trois compagnies du 21e RIMa, une compagnie du 8e RPIMa, les détachements Chimère et Rapas et un DAMI renforcé (génie).
Le 20 février 1993 le Quai d’Orsay annonce que deux compagnies supplémentaires de soldats français ont été envoyées “d’urgence” au Rwanda “pour assurer la sécurité des ressortissants français et des autres étrangers”. Il s’agit d’une compagnie du 6e bataillon d’infanterie de marine (BIMa) basé à Libreville, et d’une compagnie des éléments français d’assistance opérationnelle (EFAO) installée à Bangui, soit un total d’environ 240 hommes. Le contingent français s’élève désormais officiellement à quelque 600 militaires d’élite (pour environ 400 expatriés). Sur la bataille de février 1993, le général Rwarakabije fait état d’un engagement français encore plus déterminé qu’en juin 1992. L’avancée du FPR jusqu’aux environs de Kigali, à Base précisément, fait craindre la prise de la capitale.
Quand les troupes du FPR arrivent à Tumba, les Français se déploient à Ruyenzi et à Shyorongi, faisant jonction avec des éléments des FAR pour repousser leurs adversaires. « Les Français ont distribué des armes et fourni un appui feu ». Un ancien caporal ex-FAR explique qu’il a directement servi sous les ordres et avec les militaires français durant la bataille de février 1993. Il a servi sur des pièces d’artillerie 105 mm avec des Français.
« Des Français ont utilisé à nos côtés à Kirambo des canons 105 mm. Il y avait une quinzaine de canons, sur lesquels nous étions formés au tir. Nous étions généralement sept personnes sur un canon : quatre français, et trois Rwandais dont un responsable appelé « chef de pièce ». Ce sont les Français qui avaient apporté ce type de matériel, nouveau pour nous. […]
« Moi, j’étais chef de la ‘’pièce 15’’, recevant les instructions d’un officier français qui, avec le colonel Serubuga, commandait les opérations. Je prenais note et transmettais à un caporal français qui, plus compétent en la matière, réglait l’appareil, puis, un autre Français ouvrait le couvercle, et un autre Français encore et un Rwandais appelés ’’pourvoyeurs’’ introduisaient l’obus, et un quatrième Français actionnait le mécanisme de tir. Tous les canons tiraient à peu près simultanément. Les bombes lâchées creusaient des énormes trous dans la terre, c’est pourquoi on les appelait ‘’dimba hasi’’ (traduction approximative du kinyarwanda : asséner un coup au sol). »
François Nsengayire avait été muté au début de l’année 1993 au camp de gendarmerie de Jali. Là-bas, il a trouvé une section de militaires français du 8ème RPIMA à laquelle il a servi d’interprète. Lors de l’attaque de l’APR du 8 février 1993, ses combattants sont arrivés pas très loin de la position française de Jali.
« Alors, les militaires français du 8ème RPIMA dans lequel se trouvaient des éléments d’artillerie de campagne ont actionné les mortiers 105 et 122 mm et se sont positionnés à Syonrongi, d’où ils ont commencé à pilonner les positions ennemies. Moi avec un groupe de français étions au lieu-dit Kimaranzara dans Mbogo, dans un petit bois. Nous servions d’observateurs avancés, et c’est nous qui guidions les tirs d’artillerie de Shyorongi. Moi j’étais avec les Français, leur servant d’interprète. Mais sur une colline un peu plus loin, il y avait des combattants de l’APR qui les avaient vus. Ces inkotanyi [FPR] avaient des canons sans recul. Ils ont envoyé trois obus, trois Français sont morts sur le champ et deux autres ont été gravement blessés. »
Après être arrivé à 30 kilomètres environ de Kigali, le 20 février 1993, le FPR décrète un cessez-le-feu unilatéral. Du 25 février au 2 mars, les partis d’opposition envoient une délégation rencontrer les représentants du FPR, et à l’issue de cette rencontre est rendu public un communiqué conjoint appelant à un cessez-le-feu durable, au retrait des troupes étrangères et à la reprise des négociations d’Arusha.
Après les importants efforts de soutien à l’armée rwandaise, l’effondrement de celle-ci le 8 février 1993 signalait la vacuité du dispositif d’appui français tel qu’il avait été échafaudé depuis octobre 1990 et renforcé au lendemain de l’offensive du FPR du 5 juin 1992. Le 19 février 1993, le général Quesnot adresse au président Mitterrand une note résumant les trois options qui restaient à la France face à l’offensive de l’APR du 8 février :
«1) l’évacuation des ressortissants dans les prochains jours si le FPR maintient son intention de s’emparer de la capitale […] ; 2) L’envoi immédiat d’au moins deux compagnies à Kigali […] Cette action, sans résoudre les problèmes de fond, permettrait de gagner du temps ; 3) L’envoi d’un contingent plus important interdisant de fait la prise de Kigali par le FPR et rendant les unités rwandaises disponibles pour rétablir leurs positions au moins sur la ligne de cessez-le-feu antérieure. […]Cependant, elle serait le signal d’une implication quasi directe ».
C’est la seconde option qui a été retenue et qui, comme nous l’avons vu, a conduit à la participation directe aux combats des militaires français. Etant donné l’échec de la stratégie de soutien français aux FAR, et les contraintes diplomatiques qui ne permettaient pas un engagement français franc et direct contre l’APR, la France et son allié le président Habyarimana durent finalement se résoudre à accepter le départ des troupes françaises du Rwanda et leur remplacement par une mission de paix onusienne exigé par le FPR comme condition à la paix.
L’échec militaire des FAR, malgré le soutien français, a certainement joué un rôle important dans le choix de l’alternative du génocide comme stratégie de résistance au changement politique. Vu l’importance de l’engagement militaire français auprès des FAR, il y a lieu de se demander si la France n’a pas ressenti la défaite militaire de ces dernières FAR comme sa propre défaite et dans quelle mesure elle aurait contribué à la mise en place de cette alternative génocidaire.
Participation à la formation des miliciens interahamwe et à l’autodéfense civile
Les interahamwe
Parmi les accusations les plus graves portées contre la France, figure celle d’avoir formé les milices interahamwe qui ont été le fer de lance de l’exécution du génocide. Ces milices étaient au début un mouvement de jeunesse sans statut juridique mais affilié au parti présidentiel MRND. Ce mouvement a commencé à faire parler de lui au lendemain de l’instauration du multipartisme en juin 1991. Très rapidement, la compétition entre les partis était devenue intense et violente un peu partout dans le pays.
Les différents partis politiques ont créé des mouvements de jeunesse servant « de troupes de choc » durant les meetings, les manifestations et contre-manifestations populaires, intimidant les partisans des formations politiques rivales ou obligeant les habitants des alentours à venir à leurs assemblées ou manifestations. Dans Kigali, il y avait aussi une guerre territoriale des milices des différents quartiers, qui se battaient pour protéger certaines zones d’influence où les autres milices ne pouvaient pas se rendre ou exercer le racket. Dans les zones rurales, les milices se faisaient la guerre des drapeaux, et certaines faisaient fuir des bourgmestres (maires) de communes, s’arrogeant même des champs à cultiver du domaine public.
Mais à côté de ces interahamwe ordinaires, à partir de l’année 1992, un autre groupe d’interahamwe plus restreint est apparu, formé militairement, et dont l’une des tâches consistait à commettre des massacres et des assassinats. Les massacres, les tueries et les assassinats qui ont été commis dans la partie gouvernementale entre mars 1992 et avril 1994 l’ont été en tout ou partie par ces interahamwe-là.
Pendant le génocide, dans les régions où le MRND était resté influent comme dans Kigali, la préfecture de Kigali rural, les préfectures de Kibungo, Byumba, Ruhengeri, Gisenyi et une partie de Cyangugu, les interahamwe et leurs associés ont été à l’avant-garde du génocide.
Par la suite, ils se sont répandus dans les préfectures où le MRND avait perdu de l’influence suite à l’instauration du multipartisme, comme dans Gitarama, Butare, Kibuye, des préfectures qui avaient d’importantes populations tutsi et où les tueries avaient commencé assez timidement.
* Tidiane Kassé est le rédacteur en chef de l’édition française de Pambazuka News
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
* Vous pouvez trouver l’intégralité du rapport sur le site www.gov.rw/government/Rapport%20France_Genocide
Global : « L’injustice sociale tue »
2008-09-20
http://tinyurl.com/6nca38
« L’injustice sociale tue à grande échelle ». Ce constat sans nuances n’émane pas d’une organisation marxiste orthodoxe, mais d’une étude détaillée sur les déterminants sociaux de la santé dans le monde. Rendu public par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 28 août 2008, le rapport, intitulé « Combler le fossé en une génération » (1), synthétise les résultats de trois années de recherches. Il relève qu’aux inégalités sanitaires entre pays s’ajoutent celles entre riches et pauvres d’un même pays. Les auteurs de l’étude ont été réunis au sein de la Commission des déterminants sociaux de la santé, installée par l’OMS en 2005. Elle compte parmi ses membres des chercheurs en sciences sociales, des médecins, des personnalités politiques, etc (2).
Courrier
Lettre ouverte aux autorités haïtiennes, un an après la disparition de Lovinsky Pierre-Antoine
2008-09-20
Mesdames/Messieurs les autorités,
Le 12 aout 2007, mon époux, Lovinsky Pierre-Antoine, revenant d'un séjour en province, a quitté précipitamment son domicile pour se rendre à un rendez-vous fixé au téléphone par des individus qui voulaient probablement l'attirer dans un piège. C'était la dernière fois jusqu'au moment de la rédaction de la présente qu'il a été vu par les membres de sa famille. C'était aussi le commencement de la montée d'un calvaire tant pour ses proches que pour ses alliés et amis.
12aout 2007-12 aout 2008. Douze longs mois se sont écoulés depuis que cette disparition a été reportée à toutes les instances concernées du pays : Présidence, Primature, Parlement, Ministère de la Justice,Police Nationale d'Haïti, ONU, OEA, etc. A ce jour, la famille Pierre-Antoine a constaté avec déception, mais sans surprise le manque apparent pour ne pas dire l'absence totale de résultats suite aux actions et enquêtes que devraient mener les autorités.
Aujourd'hui,ma démarche est celle d'une épouse traumatisée, d'une mère de famille choquée et impuissante qui reste bouche bée face aux questions posées quotidiennement par les deux garçons de Lovinsky sur ce qui est réellement arrivé à leur père chéri. Aucune information n'a été donnée sur les avancées de l'enquête et j'arrive à un point où je me demande s'il y a vraiment une volonté manifeste d'aboutir à des conclusions concrètes et officielles.
Un an après cet événement, tant les autorités haïtiennes que l'opinion publique semblent avoir oublié ce citoyen dont la disparition, en tant qu'être humain, devrait mobiliser les esprits. Le pire, c'est l'agonie mentale vécue par les membres de sa famille ;c'est aussi l'indignation que produisent la perversité de ses ravisseurs et l'indifférence flagrante d'une fraction de ses plus proches collaborateurs.
Il n'y a aucun doute qu'un actif citoyen de la trempe de Lovinsky Pierre-Antoine ne disparaît pas, ne s'évapore pas dans la nature sans laisser de trace. En effet, les pistes et les indices laissés pendant et après son enlèvement n'ont pas été suffisamment exploités ou explorés à bon escient afin d'aboutir à des résultats concrets. J'en veux pour preuve les empreintes digitales trouvées dans le véhicule utilisé par Lovinsky, les déclarations fracassantes et révélatrices faites à la presse par un membre influent du parti politique dont Lovinsky est membre. Personnellement,j'avais, dans un passé pas trop lointain, relaté à la police que dans un élan d'espoir j'avais composé le numéro du téléphone cellulaire de Lovinsky et je fus étonnée de trouver un correspondant qui m'avait répondu calmement sans se soucier qu'il détenait dans ses mains un objet personnel qui appartenait à une personne disparue mystérieusement et qui pourrait constituer le corps du délit si la justice avait droit de cité dans ce pays.
En pensant à la disparition de Lovinsky, les membres de sa famille et moi,nous nous mettons à l'idée que c'est son corps physique qui échappe à notre vue, mais il reste et demeure vivant dans nos cœurs et nos esprits pour autant qu'il est un remarquable époux, un père de famille soucieux de l'éducation et de l'avenir de ses enfants et un conseiller avisé pour son entourage. Certes, on peut ne pas adhérer à ses convictions idéologiques et ses pratiques politiques, mais, on ne peut ne pas admirer sa militance, son sérieux, son respect de la parole donnée, son esprit d'équipe et surtout son amour pour Haïti. Les mots et les paroles nous manquent pour décrire les rares et magnifiques qualités que possède Lovinsky. Nous gardons de lui les meilleurs souvenirs.
Passant la main autour des épaules de mes deux fils qui pleurent la disparition de leur cher papa et qui attendent son probable retour, je n'ai d'autre choix que de m'en remettre à la conscience de toutes les autorités concernées pour faire jaillir la lumière autour de cette disparition. En effet, il est temps de rompre avec cette ambiance de suspense et d'incertitude ; il est temps de rompre avec ce silence observé autour de cette affaire, un silence converti en un complot tacite tramé pour maintenir le secret sur l'identité des auteurs intellectuels de cet acte odieux. Une fois encore, j'en appelle à la conscience de chacun et de tous pour faire émerger la vérité et en finir avec cette indicible tragédie pour Lovinsky comme pour les membres de sa famille. J'en appelle aussi à la conscience des membres du nouveau gouvernement pour qu'ils puissent relancer le dossier de Lovinsky et faire éclater la vérité.
Pour conclure, je m'associe à mes garçons pour exprimer ma reconnaissance et mes remerciements aux vrais amis et supporteurs de Lovinsky, à tous ceux qui ont apporté leur soutien moral, à tous ceux qui ont consenti des sacrifices incommensurables pour exprimer la réprobation de cet acte dans les rues de différentes villes d'Haïti, des Etats-Unis et d'autres pays ainsi que devant diverses représentations diplomatiques d'Haïti à l'étranger, à tous ceux qui ont rédigé des articles sur cette affaire à travers la presse parlée, écrite,télévisée et l'internet, enfin à tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont manifesté leurs sympathies à l'occasion de cette triste et pénible circonstance.
Qu'ils sachent qu'au-delà de toutes les abominations, la famille de Lovinsky Pierre-Antoine reste plus forte que jamais. Portée par l'espoir.
Lundi 11 Aout 2008
Michèle Pierre-Antoine, Epouse de Lovinsky
Arts & livres
Bénin : Un clip musical déclaré contraire à la Constitution
2008-09-17
http://tinyurl.com/5vac5z
La Cour constitutionnelle du Bénin a déclaré, le 16 septembre, "contraire à la Constitution" un clip de l'artiste musicien béninois Beranis Bervi, intitulé "Mahou Abraham ton" dont certaines scènes tendent à tourner en dérision les pratiques des religions traditionnelles. Dans une décision rendue à la suite d'un recours introduit par un citoyen contre le clip, le juge constitutionnel béninois, déclare que l'artiste Beranis Bervi a violé l'article 36 de la constitution.
Gabon : Le Mémorial Léon Mba bien fréquenté
2008-09-17
http://www.afrik.com/article15153.html
Le Mémorial Léon Mba, créé sur initiative du chef de l’Etat gabonais Omar Bongo Ondimba, et ouvert au public depuis février dernier pour faire connaître l’histoire et l’œuvre du père de la nation gabonaise, est devenu au bout de quelques mois un véritable espace de recueillement. Un lieu de souvenir, et surtout l’épicentre de la culture gabonaise où viennent s’abreuver les élèves, les étudiants, les chercheurs et les historiens du pays.
Zimbabwe
L’accord de partage du pouvoir enfin signé
2008-09-17
http://www.agoraflux.com/article15945.html
Le président Robert Mugabe et les principaux leaders de l’opposition zimbabwéenne ont signé le 15 septembre un accord de partage du pouvoir dans l’espoir de mettre un terme à la crise dans leur pays. La cérémonie s’est déroulée à Harare, en présence d’une demi-douzaine de chefs d’Etat et plusieurs milliers de militants des différents partis. Selon cet accord – qui met fin à 30 ans de pouvoir sans partage de la ZANU-PF - le président Robert Mugabe demeure le chef de l’Etat.
Les leaders échouent à s'entendre sur le gouvernement d'union
2008-09-17
http://tinyurl.com/3qrjcq
Le président zimbabwéen Robert Mugabe et ses anciens ennemis politiques ont échoué le 18 septembre à se mettre d'accord sur les postes-clés dans le futur gouvernement d'union, trois jours après la signature d'un accord historique de partage du pouvoir. Le président Mugabe, le leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Morgan Tsvangirai, et le chef d'une faction dissidente du MDC, Arthur Mutambara, avaient entamé des discussions sur la composition du futur gouvernement.
Femmes & genre
Ethiopie : De plus en plus de parents disent non aux MGF
2008-09-17
http://tinyurl.com/6esgls
Les Ethiopiens sont désormais moins nombreux à soumettre leurs filles aux mutilations génitales féminines et à l’excision (MGF/E), selon une organisation non-gouvernementale (ONG) qui mène une campagne visant à mettre fin à cette pratique. « Les populations sont de plus en plus conscientes [des dangers des MGF] », a déclaré Abate Gudunfa, qui préside le Comité national éthiopien sur les pratiques traditionnelles (communément appelé « egldam », sa dénomination en amharique].
Mali : Un guide pour la prise en charge des femmes victimes de violence
2008-09-17
http://tinyurl.com/5p44xb
Dans le souci d'apporter un soutien constant aux femmes victimes de violence, l'ONG Wildaf/Mali vient de produire un guide pour la prise en charge des femmes victimes de violence, avec l'appui financier de l'Eglise Norvégienne (AEN). Ce guide, selon ses concepteurs, est un outil d'appui au renforcement de la capacité d'intervention des acteurs pour une meilleure prise en compte des droits de la femme et de l'enfant.
Rwanda : Les femmes actrices clés de l'après-génocide
2008-09-17
http://www.orange.cf/actualites/?p=165206
Les Rwandaises, majoritaires au sein du corps électoral et qui désignaient 24 élues à l'Assemblée nationale, le 16 septembre, jouent un rôle crucial dans la reconstruction d'un pays qui cherche à tourner la page du génocide de 1994. Lourd héritage de ce drame qui a fait selon l’ONU 800.000 morts essentiellement dans la minorité tutsie, les femmes sont majoritaires au Rwanda. Selon la Commission électorale rwandaise, 45,1% des électeurs sont des hommes, 54,9% des femmes. Cet état de fait est l’un des éléments qui a conduit le pouvoir à promouvoir le rôle des femmes en politique.
Droits humains
Afrique : Mbeki rejette les accusations de la CPI contre el-Béchir
2008-09-20
http://tinyurl.com/3os96b
Le président Thabo Mbeki, en visite à Khartoum, a réaffirmé, le 16 septembre, le rejet de son pays des accusations portées par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir. Lors d'une conférence de presse en présence du président soudanais, il a annoncé que son pays continuera à expliquer la position africaine face à ces accusations et leurs conséquences sur le processus de paix au Soudan.
Afrique : Affaire Hissène Habré : Les réponses aux questions qu’on se pose
2008-09-20
http://tinyurl.com/4lka3n
Un groupe de victimes a déposé, le 16 septembre 2008, une plainte contre l'ancien président tchadien Hissène Habré, devant la justice sénégalaise, pour crimes contre l'Humanité. Quel acte ont-ils posé ? Quelles accusations portées contre Hissène Habré sont contenues dans la plainte? Quelles preuves soutiennent ces accusations ? Existe-t-il d’autres charges retenues contre Hissène Habré? Que va-t-il se passer maintenant ? Des réponses sont apportés à ces questions et à d'autres.
Global : Cinq pays responsables de toutes les exécutions de mineurs délinquants depuis 2005
2008-09-20
http://hrw.org/french/docs/2008/09/08/mena19784.htm
Il suffirait que cinq pays abolissent l’application de la peine de mort à des mineurs pour que l’interdiction de la condamnation à mort de mineurs soit universelle, comme le souligne Human Rights Watch dans un rapport publié le 10 septembre. Il s’agit de l'Iran, de l'Arabie Saoudite, du Soudan, du Pakistan et du Yémen. Ces pays ont exécuté, depuis 2005, 32 mineurs pour des crimes commis avant leur majorité, dont 26 en Iran.
Sénégal : Les faits qui coulent l'Etat dans le naufrage du Joola
2008-09-19
http://tinyurl.com/4ft6wr
Le lancement, vendredi 12 septembre, de neuf mandats d’arrêt internationaux contre des responsables sénégalais au moment du naufrage du bateau Le Joola, le 26 septembre 2002 continue de faire des vagues. En ce sens que les mandats d’arrêt ont été lancés par un juge français à l’endroit de plusieurs autorités sénégalaises, dont l’ancien Premier ministre au moment du naufrage. Le gouvernement sénégalais a aussitôt réagi en soutenant que le Sénégal va tout faire pour que ces mandats ne soient pas appliqués.
Réfugiés & migration forcée
Global : Des clandestins en grève de la faim aux Canaries
2008-09-19
http://tinyurl.com/44zxup
Une centaine d'émigrants irréguliers ont entamé, le 15 septembre, une grève de la faim, pour protester contre leurs conditions dans un centre de détention de Tenerife, où ils pourraient pourtant être rejoints par 70 autres Subsahariens, dont l'embarcation a été interceptée le 16 septembre. Ils ont été pris en charge par les personnels de la Croix Rouge et du service canarien des urgences.
Maroc : Interpellation de 60 clandestins subsahariens
2008-09-17
http://tinyurl.com/6mwj3v
Les autorités marocaines ont annoncé avoir interpellé le 14 septembre 60 clandestins subsahariens dans une forêt au nord-est du pays, alors qu’ils projetaient de s’introduire dans la ville de Mellila, sous autorité espagnole mais revendiquée par Rabat. Les clandestins, originaires de 20 pays dont l’Afrique du Sud, se préparaient à prendre d’assaut un des postes frontières, ont précisé les autorités chérifiennes.
Nigeria : Les autorités débordées par l’afflux des rapatriés de Bakassi
2008-09-19
http://www.afrik.com/article15211.html
Pas moins de 100 000 Nigérians déplacés de Bakassi, dans le sud du Nigeria, vivent actuellement dans des camps de fortune. Les déplacés ne cessent d’affluer selon la Croix-Rouge nigériane, faisant craindre aux autorités locales une crise humanitaire imminente. Les autorités locales d’Akwa Ibom sont débordées par l’afflux des rapatriés.
RD Congo : 39 Congolais expulsés d’Afrique du Sud
2008-09-19
http://tinyurl.com/45lghz
Trente-neuf Congolais refoulés d’Afrique du Sud, où ils étaient en situation irrégulière, sont arrivés le 17 septembre à Lubumbashi. Les personnes refoulées ont été arrêtés par la police sud africaine dans différentes villes, où ils vivaient sans papiers, les uns depuis plus d’une décennie. Ils ont été accueilli dans un lieu d’hébergement provisoire, en attendant l’organisation de leur retour définitif aux familles.
Mouvements sociaux
Guinée : Manifestations en série contre les pénuries d'eau et d'électricité
2008-09-17
http://tinyurl.com/6kv3f6
Le gouvernement guinéen a décidé de rétablir dans les meilleurs délais la fourniture de courant électrique et d’eau à Conakry et dans les provinces, a déclaré le ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information, porte-parole du gouvernement dans une allocution radiodiffusée le 13 septembre. Cette annonce fait suite aux manifestations de rue qui se multiplient dans la capitale depuis plusieurs jours…
Elections & gouvernance
Afrique du Sud : Mbeki poussé vers la démission, le pays face à des risques de turbulences
2008-09-19
http://tinyurl.com/3gnd3n
Le président sud-africain Thabo Mbeki devait prononcer le dimanche 21 septembre un discours exceptionnel à la nation, au lendemain de son éviction par le parti du pouvoir, le Congrès national africain (ANC), qui fait entrer le pays dans une zone de turbulences. Pour la première fois depuis la chute de l'apartheid en 1994, l'ANC, qui domine depuis la vie politique du pays, a retiré samedi sa confiance à un chef de l'Etat.

EDITORIAUX DE PAMBAZUKA NEWS 2004