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La verite cover La vérité aux puissants
Une sélection de cartes postales panafricaines

Tajudeen Abdul-Raheem

La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Archives

Pambazuka News 216 : Fanon 50 ans après sa mort : Toujours vivant !

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Résumé de l'Édition Anglaise, 4. Plaidoyers & campagnes, 5. Arts & livres, 6. Droits humains, 7. Elections & gouvernance, 8. Corruption, 9. Développement, 10. Santé & VIH/SIDA, 11. Environnement, 12. Justice Alimentaire, 13. Média & liberté d'expression, 14. Nouvelles de la diaspora, 15. Conflits & urgences, 16. Internet & technologie




Sommaire de cette édition

Cette édition spécial de Pambazuka News célèbre les 50 ans de la disparition de Frantz Fanon (20 juillet 1925 - 6 décembre 1961). Différentes contributions visitent sa pensée qui a fécondé les combats pour l'indépendance et pour la libération de l'homme tout cours. On se rend ainsi compte combien son "analyse politique, psychologique et sociale dépasse le contexte dans lequel elle a été élaborée et conserve une pertinence" par rapport aux combats actuels.

CHRONIQUE : Frantz Fanon en Afrique et en Asie
COMMENTAIRES ET ANALYSES : Comprendre l’inculpation du président Laurent Gbagbo par la CPI
RESUMÉ DE L’EDITION ANGLAISE : Durban : Les antagonismes autour de la conférence sur le climat.
PLAIDOYER & CAMPAGNE : Campagne de 16 jours sur les violences faites aux femmes.
ARTS ET LIVRES : Afrique : La charte africaine décortiquée.
DROITS HUMAINS : Côte d’Ivoire : Inculpé, Laurent Gbagbo comparaîtra devant la Cpi.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : Conférence pour sceller une union sacrée au service du continent.
CORRUPTION : Cameroun : La corruption reste endémique.
DEVELOPPEMENT : Afrique : 30% d’accès à l’électricité sur 130 000 MW de capacité installée.
SANTE ET VIH SIDA : Afrique : 30 ans après la découverte du Sida, toujours la tourmente.
EDUCATION : Global : Un festival traduit l’influence africaine sur l’Occident.
ENVIRONNEMENT : Afrique : Bientôt, chaque village africain saura ce que la météo lui réserve.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Mali : Le gouvernement réagit aux menaces de Famine.
NOUVELLES DE LA DISPORA : Ecobank lance un compte bancaire pour la diaspora.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSON : Burundi : Un journaliste arrêté par les services secrets
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : La frontière fermée entre le Cameroun et Centrafrique.
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Afrique : Un nouvel eldorado de la télécommunication mobile.




Chroniques

Actualité de Frantz Fanon dans le contexte de polycrises

Mireille Fanon-Mendès France

2011-12-05

http://pambazuka.org/fr/category/features/78496


cc Al Jazeera
Les indépendances n’ont pas abouti à la libération et à la désaliénation des peuples opprimés. Mais les peuples continuent d’avancer et n’ont pas abdiqué dans la lutte pour la dignité, la justice et une vie meilleure. Que ce soit sur le front des luttes syndicales, de la liberté de la presse ou celui de l’autodétermination des peuples, partout à travers le continent, des voix s’élèvent. Ainsi les mythes fondateurs des luttes pour les indépendances ne sont pas morts. Fanon appelait à résister et à ne pas abandonner. Le mot d’ordre est plus qu’actuel à travers ce texte de Mireille Fanon-Mendès France.

Après un demi-siècle, le bilan des indépendances africaines et du monde arabe n’est pas mitigé, il est sans appel : que ce soit sur les plans social, économique ou politique, l’échec est total. Ces indépendances n’ont pas libéré les peuples de la misère, de l’injustice et de l’abandon dont ils pâtissaient sous la férule coloniale. La prise de pouvoir par les bourgeoisies «nationales», dont Fanon avait très clairement identifié les signes avant-coureurs notamment dans «Les mésaventures de la conscience nationale» de son livre « Les Damnés de la Terre », a abouti à un détournement tragique de la lutte anticolonialiste.

Il y décrit, avec des années d'avance, la pathologie néocoloniale, comme la perpétuation de la domination par la soumission de gouvernements nationaux corrompus et antipopulaires aux intérêts des anciennes métropoles coloniales.

« …La bourgeoisie nationale qui prend le pouvoir à la fin du régime colonial est une bourgeoisie sous-développée. Sa puissance économique presque nulle, et en tout cas sans commune mesure avec la bourgeoisie métropolitaine à laquelle elle entend se substituer. Dans son narcissisme volontariste, la bourgeoisie nationale s’est facilement convaincue qu’elle peut facilement remplacer la bourgeoisie métropolitaine. Mais l’indépendance qui la met littéralement au pied du mur va déclencher chez elle des réactions catastrophiques et l’obliger à lancer des appels angoissés en direction de l’ancienne métropole. (…) Elle est toute entière canalisée vers des activités intermédiaires. Etre dans le circuit, dans la combine, telle semble être sa vocation profonde. La bourgeoisie nationale a la psychologie d’hommes d’affaires non de capitaines d’industrie. … ». (1)

Dans ce même chapitre, si Fanon considérait que l’ère coloniale était irrévocablement dépassée, la question essentielle était celle de l’évolution des Etats libérés. La construction d’une société juste et prospère devait passer par la libération intégrale des hommes et des femmes du legs du colonialisme. Ainsi il était fondamental d’identifier les carences et d’éliminer les séquelles d’une présence dévastatrice.

Les indépendances n’ont pas abouti à la libération et à la désaliénation des peuples opprimés. Les sociétés sont restées orphelines d’Etats qui n’ont pu naître, les réseaux néocoloniaux imposant des potentats qu’ils changent au gré des intérêts et des conjonctures. Si les structures néocoloniales n’expliquent pas à elles seules l’échec des indépendances, ce demi-siècle a été la démonstration impitoyable de l’efficacité des bombes à retardement léguées par les puissances coloniales.

Il y décrit, avec des années d'avance, la pathologie néocoloniale, comme la perpétuation de la domination par la soumission de gouvernements nationaux corrompus et antipopulaires aux intérêts des anciennes métropoles coloniales.

L’évolution anticipée par Fanon dans «Les Damnés de la terre» s’est largement réalisée. Les luttes pour le pouvoir, les tribalismes et régionalismes alimentés par les anciennes puissances coloniales et menées par des anti-élites militaires ou civiles ont défiguré les indépendances. Les milieux dirigeants et les nouvelles bourgeoisies, soutenues par les ex-métropoles, ont, avantageusement pour ces dernières, remplacé les administrateurs coloniaux. La mainmise sur les ressources, en ce moment sur les terres, et la captation des rentes par les castes au pouvoir - civiles ou militaires - ont bloqué ces pays dans une situation de délitement continu. Le retrait des puissances coloniales de l’administration directe des territoires autrefois colonisés n’a pas réellement changé l’existence d’une vaste majorité de la population.

Les élites ont appliqué le modèle de leur ancien colonisateur ; dès lors a triomphé une culture d’affairistes qui semble bien n’être que la caricature des mentors occidentaux, avec pour conséquence la transformation des mouvements de libération en parti unique, «forme moderne de la dictature bourgeoise, sans masque, sans fard, sans scrupule et cynique ». (2)

Force est de constater qu’en l’absence de perspectives réellement nationales, la voie a été ouvertes à des «dictatures tribales» ; il était facile de jouer sur les découpages territoriaux pensés pour empoisonner durablement les relations entre Etats naissants, sur des séparations ethniques entretenues sinon délibérément créées et «héritées» du colonialisme. Cela a empêché la formation d’Etats dignes de ce nom au service de leurs populations. Fanon avait peur que si les nouveaux pouvoirs continuaient à être portés par les maîtres d’hier, alors ils finiraient par provoquer le délitement des nouveaux États.

Ces mises en garde étaient prononcées à l’aube des indépendances, fêtées dans l’enthousiasme et la ferveur. L’analyse lucide de Frantz Fanon alertait de manière étonnamment prémonitoire sur les dérives susceptibles d’affecter les États postcoloniaux. De fait, la période néocoloniale s’achève sur une recolonisation sous des formes inédites du continent africain et de l’arc arabo-musulman.

Parce que les dérives vers tous les autoritarismes se sont accompagnées d’une gestion socio-économique catastrophique, les intérêts des anciens colonisateurs ont été préservés et sont plus présents que jamais ; sur le plan stratégique, les accords de défense ont permis l’installation de bases et de facilités aéroportuaires sur tout le continent où, dans les principaux aéroports, les systèmes de contrôles policiers sont sous supervision étrangère, ce qui en dit long sur l’état de subordination. Ajoutons à cela que les dérives vers tous les autoritarismes se sont accompagnées d’une gestion socio-économique catastrophique.

En Afrique, en Europe, en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique, Fanon apparaît aujourd’hui comme plus actuel que jamais. Il fait sens pour tous les militants de la liberté et des droits humains, car l’émancipation est toujours l’objectif premier des générations qui arrivent à l’âge de la maturité politique. Beaucoup d’hommes et de femmes ont appris que ce combat pour la liberté, la démocratie et les droits humains est mené contre les potentats locaux mais aussi contre les tenants de l’ordre néocolonial qui les protège, les utilise pour piller les ressources et les éjecte quand ils ont fait leur temps.

Mais la transfiguration de la colonisation ne s’arrête pas là, ainsi l’ingérence humanitaire, qui a pris une tournure de guerre ouverte en Libye, a permis l’installation à demeure d’ONG qui suppléent, de fait, la carence des Etats et installent les populations, en particulier dans les zones rurales, dans un rapport d’assistanat structurel. Force est de constater que beaucoup de ces ONG, fermées aux compétences locales, dépendent en fait de financements alloués par leurs gouvernements et n’éprouvent pas le besoin de transférer des savoir-faire. Ce qui à terme accentue les formes caritatives de dépendance.

En définitive, la domination renouvelée s’effectue en toute bonne conscience néocoloniale : l’ingérence économique directe s’accompagne d’un discours humanitaro-politique dissimulant mal des intentions hégémoniques ; mais c’est bien la guerre «éternelle» et généralisée contre le terrorisme qui a justifié l’arrivée sur le terrain de forces militaires extracontinentales chargées en fait de veiller à la sauvegarde des intérêts des multinationales, les régions les plus affectées par cette dynamique recélant de potentiels miniers stratégiques peu ou non-exploités, le Niger, la Guinée, récemment la Libye.

De guerres civiles en coups d’Etats, les indépendances ont vu la décomposition d’Etats à peine constitués au profit de bureaucraties « intermédiaires » qui sont restées au service des anciens colonisateurs. Plus ou moins rapidement, les Etats postcoloniaux se sont transformés en Etats néocoloniaux où l’incurie, la corruption et la prééminence des intérêts particuliers sont devenues la règle dans des systèmes où les bureaucraties d’Etat ont très largement basculé dans l’informel.

Organisée autour du pillage des ressources, de l’accaparement des richesses et de la fuite des capitaux, la gouvernance économique, quel qu’ait pu être le modèle proclamé –socialiste ou libéral- s’est soldée sur l’ensemble du continent et dans le monde arabe par le creusement vertigineux des inégalités, la paupérisation massive et par la faillite des Etats postcoloniaux. Au bout du compte, les dictatures ont permis le redéploiement belliciste de l’impérialisme, comme on a pu le voir en Irak et en Libye et peut-être demain en Syrie. Tout comme le terrorisme que l’on prétend combattre s’est précisément développé dans les Etats dictatoriaux et obscurantistes alignés sur et protégés par les Occidentaux.

Nouvelle étape de l’impérialisme, la mondialisation consiste en l’ouverture des marchés des pays les moins avancés aux multinationales. Mais la stratégie d’ancrage des pays africains et arabes au marché mondial, en tant que source d’approvisionnement en matières premières, est cependant contestée par l’apparition de nouveaux acteurs. Les économies émergentes viennent troubler le tête-à-tête néocolonial et l’on voit alors l’ordre fondé sur des régimes vassaux se metre à vaciller sous les coups des soulèvements populaires comme en Tunisie et en Egypte, ainsi que l’on peut le voir, depuis quelques années au Venezuela, en Bolivie...

Cette donne contraint, dans le cadre des relations internationales, les puissances occidentales à reformuler leurs relations avec ce qu’elles considèrent comme leur périphérie : après la guerre éternelle contre le terrorisme qui a valu le soutien aux pires dictatures, l’éthique de ces mêmes relations s’est «enrichie» du droit d’ingérence au nom de la protection des populations civiles relooké sous la légendaire «responsabilité de protéger» qui fonctionne, comme on peut le voir en ce moment en Syrie, selon la règle bien connue du deux poids deux mesures.

LE DISCOURS DE LA NOUVELLE POLITIQUE DE LA CANONNIERE

Au ton paternaliste des années postindépendances a succédé, avec la montée du néo-conservatisme en Occident, un soi-disant « parler-vrai » qui récemment s’est présenté comme le discours d’une droite « décomplexée » n’hésitant pas à exprimer publiquement des thèses aux fondements racistes évidents. L’ingérence économique directe s’accompagne d’un discours humanitaro-politique qui dissimule mal des intentions hégémoniques. Mais c’est bien la guerre «éternelle» et généralisée contre le terrorisme qui a justifié l’arrivée sur le terrain de forces militaires extracontinentales chargées en fait de veiller à la sauvegarde des intérêts des multinationales. Les régions les plus affectées par cette dynamique sont celles qui recèlent de potentiels miniers stratégiques peu ou non-exploités.

«Cette Europe qui jamais ne cessa de parler de l'homme, jamais de proclamer qu'elle n‘était inquiète que de l'homme, nous savons aujourd'hui de quelles souffrances l'humanité a payé chacune des victoires de son esprit ». (3) - Les Damnés de la terre.

C’est au nom de cette donne de départ – acceptée pour vraie - que peu à peu la hiérarchie des races s’est trouvée remplacée par la soi-disant «guerre des civilisations», l’ingérence humanitaire et la propagation de la foi démocratique par les drones. L’histoire devenant le champ de bataille des nouveaux propagandistes de l’exclusion et de l’exploitation. La mémoire sélective, l’oubli et le martèlement incessant des principes du capitalisme dominant visent à conditionner l’opinion en forgeant une représentation de l’autre, le musulman, l’arabe, le noir, en tant qu’ennemi génétiquement imperméable aux valeurs universelles, et donc, en tant que barbare inassimilable, exclu de facto de l’Humanité – en cela le discours de Dakar restera une étape importante . (4)

Pour les théoriciens du racisme relooké et modernisé, l’échec des indépendances n’est pas imputable à l’héritage empoisonné du colonialisme, ni aux influences destructrices des anciennes métropoles ni au maintien de dictatures auxquelles les anciens maitres ont confié les clés du pouvoir, mais à l’incapacité de prendre son destin en main par des peuples figés dans leurs archaïsmes. « Peau noire, masques blancs » est un jalon fondamental dans la lutte antiraciste, du décryptage des mécanismes de la ségrégation et de ses enjeux politiques. Analysant les ressorts du colonialisme et ses impacts sur les dominés, Fanon conteste le concept de négritude forgé par Senghor et Césaire, lui, articule la lutte contre le racisme dans un mouvement universel de désaliénation des victimes du racisme et des racistes eux-mêmes.

Face à ces offensives, loin d’être paralysés, les peuples continuent d’avancer et n’ont pas abdiqué la lutte pour la dignité, la justice et une vie meilleure. Que ce soit sur le front des luttes syndicales, de la liberté de la presse ou celui de l’autodétermination des peuples, partout à travers le continent, des voix s’élèvent ; des femmes et des hommes s’engagent dans la lutte politique pour l’émancipation citoyenne et pour rejeter le modèle néolibéral. Les mythes fondateurs des luttes pour les indépendances ne sont pas morts. C’est sous cet angle qu’il faut appréhender les révoltes populaires dans le monde arabe. Réduire ces mouvements à l’expression d’un malaise social ou à des émeutes de la faim est une mystification.

Mais ce demi-siècle perdu pour le développement et la construction de sociétés de progrès est celui de la décantation et de la clarification politique. En effet, les prismes dogmatiques n’ont plus cours et les seules grilles d’analyses fonctionnelles sont celles fondées sur le principe de réalité.

Penser à partir de Fanon les conditions des pays autrefois sous domination coloniale est un exercice de confrontation avec la réalité débarrassée d’œillères idéologiques et libérée de tout dogme. A cet égard, contrairement à ceux qui souhaitaient ou qui voudraient qu’il soit iconifié ou oublié, Fanon est plus pertinent que jamais. Tout à la fois psychiatre, moudjahid algérien, révolutionnaire panafricain, ambassadeur itinérant et combattant de l’émancipation de tous, y compris de ceux qui croyaient appartenir au monde dominant.

Rappelons-nous les dernières phrases de « Peau noire et masque blanc » : « Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose, que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est-à-dire de moi par un autre. Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme où qu’il se trouve ».

Soumis à la critique libératrice de Fanon, les systèmes de pouvoir se révèlent pour ce qu’ils sont : des systèmes d’oppression et de pillage à l’origine de tous les blocages économiques, sociaux et culturels. Les indépendances vidées de leur contenu démocratique exposent leur vulnérabilité : les acquis des luttes de libération ne sont point irréversibles.

La liberté pour laquelle des peuples se sont soulevés a été confisquée par des pouvoirs soutenus par l’ancien colonisateur. La domination a seulement changé d’apparence et l’émancipation reste à venir.

Pour Fanon, «la libération de l’individu ne suit pas la libération nationale. Une authentique libération nationale n’existe que dans la mesure où l’individu a amorcé irréversiblement sa libération ». (5) Or, à rares exceptions, les sociétés libérées du joug colonial sont des sociétés sans citoyens.

L’objectif, à l’aube de la seconde phase des indépendances, consiste à redonner un contenu politique dans lequel se reconnaitront enfin les populations et sans lequel l’indépendance formelle n’est qu’une caricature. La libération de l’homme est un combat universel et le sens politique de la lutte pour le primat de l’humanité sur l’exploitation est fondé sur la défense des libertés publiques et privées, la primauté de l’intérêt général, la réduction des inégalités, la reddition de comptes par les élus et la souveraineté du Droit.

La libération réelle en tant que poursuite du processus enclenché par les luttes pour les indépendances, ne peut s’envisager qu’au moyen de cadres institutionnels démocratiques réels, représentatifs et forts. Les libertés démocratiques sont l’unique voie pour que ces pays sortent de l’impasse de la domination et de la misère. C’est également la condition nécessaire et préalable à la modification du rapport de forces international et son rééquilibrage en faveur des pays du sud. Mais cela concerne aussi les anciens pays colonisateurs, passés sous le joug des marchés.

Dans le cadre des relations internationales, les dirigeants, sans autre légitimité que la force des armes et le soutien extérieur, ne pèsent d’aucun poids dans le concert des nations. Il serait temps que les grandes puissances, qui se donnent pour des démocraties à l’intérieur de leurs territoires, cessent de vouloir, envers et contre tout, maintenir leur hégémonie sur les pays moins avancés.

L’opiniâtreté de Fanon et sa détermination montrent qu’il n’existe aucune fatalité de l’échec pas plus que le drame ne saurait être le mode habituel de vie des peuples. Les solidarités de progrès et les convergences des luttes, la résistance aux dictatures et aux hégémonies néocoloniales et impériales sont les jalons de la voie du redressement. La solidarité et l’internationalisme, et celui de Fanon en est un modèle inaltérable, donnent une dimension encore plus humaine à la lutte des peuples.

Fanon a mis en lumière, en sa qualité de psychiatre, d’essayiste et de militant l’unité du monde colonisé pourtant fortement différencié et traversé de contradictions. Ainsi pour le moudjahid Fanon, il n’y a guère de différences dans le combat mené par les peuples dominés que ce soit aux Antilles, en Afrique ou en Amérique latine. On peut même prolonger l’analyse fanonienne : la mondialisation a pour effet de transférer vers son aire d’expansion originelle les modes d’organisation que le libéralisme a imposé au sud du monde, et cela est maintenant vrai pour le nord.

Les fractures politiques et sociales caractéristiques de l’exploitation et de l’exclusion tendent à unifier le monde soumis à des intérêts extrêmement minoritaires. Le traitement imposé à la Grèce, confrontée à un endettement extérieur constitué avec la complicité des ultralibéraux de l’Union Européenne et des banques, est le révélateur des stratégies de démantèlement des avancées sociales mises en œuvre dans les pays les plus riches. La société de surveillance construite au nom de la lutte anti-terroriste contribue à la criminalisation de ses exclus et de ses déshérités.

Le traitement médiatique des récentes émeutes en Angleterre rappelle celui déployé en France lors des révoltes des quartiers populaires en 2005. Par glissements successifs, facilités par la superposition de catégories sociales et ethnico-culturelles - les pauvres, les noirs, les arabes, les musulmans -, les régimes occidentaux réinjectent le discours colonial dans leur discours de politique intérieure. Par un paradoxe dont l'histoire a le secret, l'«indigène» est omniprésent non seulement dans son aire d'origine mais également dans ce que Fanon appelait les «villes interdites» où s'exercent les formes renouvelées de discrimination, il remarque dans « Les damnés de la terre » que «le monde colonisé est un monde coupé en deux (...) La zone habitée par les colonisés n'est pas complémentaire de la zone habitée par les colons. Ces deux zones s'opposent mais non au service d'une unité supérieure (...) Ce monde compartimenté en deux est habité par des espèces différentes. L'originalité du contexte colonial c'est que les réalités économiques, les inégalités, l'énorme différence des modes de vie, ne parviennent jamais à masquer les réalités humaines».

On l’a vu, si ses modes opératoires ont changé, l’oppression et la domination des peuples sont pérennes. Elles se sont même élargies à des catégories les plus fragiles des populations jusqu’alors «protégées» des pays dominants. Les formes de l’aliénation ont changé, mais les soubassements idéologiques de l’exploitation restent invariants et deviennent des éléments de la mondialisation qui uniformisent la planète ; la crise économique est une crise du capitalisme occidental. Pour les peuples d’Afrique et du Monde arabe, si la recolonisation -sous des apparences humanitaro-militaires- n’invoque plus «la mission civilisatrice » mais la « responsabilité de protéger » – à géométrie très variable – de la soi-disant « communauté internationale », elle conserve sa nature oppressive, aliénante et son caractère dépersonnalisant.

Pour ceux qui veulent occulter le passé colonial et le présent de l’injustice et de la dépossession, l’œuvre de Fanon serait dépassée et ne serait qu’apologie de la violence. Ses détracteurs se recrutent parmi les «intellectuels» néoconservateurs qui lui ont intenté un procès en sorcellerie. Lecture mensongère et représentation biaisée qui traduit ainsi leur méconnaissance de l’œuvre de Fanon et leur mauvaise foi raciste. La violence défendue par Fanon -en tant que moyen ultime de reconquête de soi par ceux qui sont niés, exploités et réduits à l'esclavage- est celle de la légitime défense des opprimés qui subissent une violence encore plus grande, celle de la domination, de la dépossession et du mépris.

Mais, au delà des manipulations et de la propagande, la réalité est têtue, les mécanismes qui régissent les relations entre anciens colonisés et anciens colonisateurs sont toujours à l’œuvre. Le refus de la soumission et du mensonge, l’esprit de résistance qui imprègnent l’œuvre de Fanon inspirent ceux qui luttent pour le droit à travers le monde. En Palestine et partout ailleurs, chez les peuples qui se lèvent contre l’oppression la pensée en action de Frantz Fanon est actuelle et cela, malgré l’évolution du monde. La dépossession, l’aliénation et l’injustice ont elles quitté ce monde?

Il appelle à résister et à ne pas abandonner.


NOTE
1) page 544, Frantz Fanon, Œuvres, éditions La Découverte, 2011
2) Pages 544 et suivantes, Frantz Fanon, Œuvres, éditions La Découverte, 2011
3) Voir note 2
4) Discours du président de la République française, Dakar, juillet 2007
5) Pour la révolution africaine


* Mireille Fanon-Mendès France est présidente de la Fondation Frantz Fanon
www :frantzfanonfoundation-fondationfrantsfanon.com

* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


PRESENTATION DE LA FONDATION FRANTZ FANON

C’est dans ce contexte que la Fondation Frantz Fanon s’est inscrite. Pour valoriser cette pensée et relever ces défis, la Fondation entend rester fidèle aux valeurs et aux formes d’engagement qui ont marqué la vie de Frantz Fanon, à sa liberté de propos et à sa rébellion contre le colonialisme sous toutes ses formes. Elle ne sera la gardienne d’aucun héritage, pas plus qu’elle ne souhaite capter le legs de Fanon. Pour la Fondation, dont le bureau est ouvert sur le monde, l’oeuvre et l’action de Fanon vont bien au-delà du combat anti-raciste, de la balkanisation raciale des luttes contre la xénophobie en France et d’une récupération politicienne ou d’une iconification stérilisante. Elle est tout à la fois, un lieu d’archives et de recueil de données, un lieu de rencontre, un lieu de partage et de construction de solidarité, un lieu de formation et d’information et un lieu de résistance et de proposition.
La Fondation a tout son sens parce qu’il y a toujours nécessité de la création, de la libération, du refus d’un déterminisme historique qui se trace, à chaque fois, devant le colonisé d’hier et «le globalisé» d’aujourd’hui, obligé de se soumettre aux exigences du marché, au déterminisme imposé par les lois du marché et par les dominants.

www:frantzfanonfoundation-fondationfrantzfanon.com


Frantz Fanon et les "pièges de la conscience nationale"

Bill Fletcher Jr

2011-12-05

http://pambazuka.org/fr/category/features/78492


cc M C
Devant les années post-indépendance qui se dessinaient, Fanon avait senti la nécessité d’un véritable parti révolutionnaire lié aux masses comme antidote aux processus de corruption national qui se manifeste dès lors que la bourgeoisie devient hégémonique. Bill Fletcher montre combien ses craintes se sont avérées. Et cela jusque dans les pays où des mouvements de libération ont mené des luttes triomphales.

Il y a plus de 30 ans, depuis que j’ai lu pour la dernière fois les "Pièges de la conscience nationale" (ci-après "les pièges") qui constitue une partie des "Damnés de la Terre". C’est si loin que lorsque j’ai voulu ouvrir mon exemplaire des "Damnés de la Terre", les pages ont commencé à se détacher. Et pourtant l’essai reste toujours d’actualité, avec des mises en garde prémonitoire, y compris en ce qui concerne son Algérie bien-aimée.

Les "Pièges" de Fanon est une critique intense, mordante et analytique de la bourgeoisie nationale (une section de la petite bourgeoisie nationaliste) dans les pays opprimés. Elle met en garde contre le rôle de cette classe dans l’environnement post-indépendance, en particulier contre sa trahison du projet national et du projet panafricain, afin de préserver les ambitions de sa classe. L’essai passe ensuite à des recommandations pour les forces révolutionnaires des pays opprimés et pays auparavant opprimés, sur la façon de procéder à une transformation sociale fondamentale. A cet égard, il endosse les leçons positives dont il a été le témoin au cours de la révolution algérienne - une lutte de libération nationale qui culminera avec l’indépendance de l’Algérie par rapport à la France dans les années qui sont suivi le décès prématuré de Fanon.

Il y a de nombreuses observations que l’on peut faire à propos des essais de Fanon, y compris sa reconnaissance des dangers du tribalisme, du régionalisme et des conflits religieux qui, tous, se sont manifestés dans les sociétés à la suite des indépendances. « Les pièges » porte sur les observations de Fanon concernant la trahison de la bourgeoisie nationale et l’abandon du projet national sous le couvert de la bannière de la libération nationale. Faisant usage de la rhétorique de la lutte pour l’atteinte de cet objectif, cette bourgeoise a, avec ses représentants politiques, démobilisé la populace et mis en place des structures répressives plutôt que libératrices. Fanon décrit dans ce scénario le grand leader qui prend la place centrale destinée aux masses qui ont porté le processus de libération nationale. Indépendamment de toute rhétorique, ces forces bourgeoises nationales suppriment les mouvements sociaux nationaux tout en faisant les meilleurs arrangements possibles avec l’impérialisme. Malheureusement et contrairement aux espoirs et attentes de Fanon, la grande révolution algérienne est ainsi devenue la proie d’une telle évolution malgré l’organisation unique et la lutte menée par les combattants pour la libération nationale algérienne.

La plupart des mouvements de libération et de lutte pour l’indépendance contenaient en eux une faille qui n’était pas nécessairement apparente à l’observateur extérieur. Cette faille est demeurée cachée non seulement à cet observateur extérieur, mais aussi, dans une certaine mesure, reste cachée ou ignorée par beaucoup de monde encore aujourd’hui.

Face au conflit évident entre, d’une part, la population des nations opprimées et, d’autre part, les forces de l’impérialisme et du colonialisme, les conflits internes à la société opprimée ont toutes été occultées au nom de l’unité nationale. Ces tensions internes pouvaient concerner aussi bien l’ethnicité que le régionalisme, le genre ou la classe sociale. Dans tous les cas de figure, ces éléments ont été ignorés à moins que leur résolution ne soit remise à plus tard. Ce phénomène n’a pas été l’apanage exclusif des luttes nationales de libération en Afrique ou dans le Sud global. Dans la lutte pour la liberté afro-américaine, ces mêmes éléments existaient avec les mêmes conséquences funestes.

La minimisation de ces conflits dits secondaires (secondaires seulement dans le sens où à ce moment particulier le conflit principal se déroulait entre les peuples des nations opprimées et leurs opposants coloniaux/impérialistes ; par exemple l’Algérie contre la France avant 1962) a souvent été attribuée à une question de manque de volonté ou, dans certains cas, à une mauvaise orientation politique. Dans le cas de l’Algérie, l’argument a pu être avancé que le Front de Libération National (FLN, la principale force de la lutte contre la France et par la suite le parti politique au pouvoir) a manqué de vision en n’abordant pas la lutte des travailleurs ou des femmes, etc. Ceci est peut-être vrai, mais cette affirmation omet de prendre en compte la coloration de classe qui transparaît derrière certaine décision. En d’autres termes, il y a bien eu une "erreur", mais seulement du point de vue des opprimés. La bourgeoisie nationale, elle, cheminait sur une voie qui lui permettait de consolider sa mainmise sur le mouvement national et l’Etat post-colonial.

Les "Pièges" de Fanon fournit un cadre qui, même cinquante ans après sa mort, permet de comprendre ce défi. Lorsqu’on est confronté aux forces des classes sociales impliquées dans un processus qui doit donner forme à un projet national, on en vient à comprendre précisément pourquoi les appels pour une direction alternative tombent dans l’oreille de sourds. Ceci a été le cas de l’Algérie et je tends à dire que ce fût aussi le cas du Zimbabwe sous la férule de plus en plus répressive du président Robert Mugabe. De nombreux observateurs étrangers et nationaux ont été éblouis par les différents processus de libération nationale et la rhétorique qui y est associée. Ils ont supposé que les forces qui menaient ces processus opéraient selon des principes révolutionnaires. Avec Fanon, nous avons eu à reconnaître que ceci n’est simplement pas vrai. Qu’en fait, ces forces peuvent surtout opérer dans l’intérêt d’une classe non révolutionnaire ou de factions qui cherchent à promouvoir leurs intérêts personnels ou ceux de leur classe.

Gardant cela à l’esprit, il devient de la plus grande importance que des mouvements sociaux indépendants existent, soient reconnus et aient la permission d’opérer librement au cours d’un projet de transformation. En ce qui concerne les travailleurs, il était routinier, dans trop de mouvements de libération nationale, de les encourager à former des syndicats (ou d’autres organisations de travailleurs) qui sont ensuite subordonnés au front national de libération, aux partis ou aux autorités post indépendance. La subordination ne signifie pas seulement jouer un moindre rôle dans la hiérarchie politique, elle induit aussi un contrôle des organisations des travailleurs, de façon directe ou indirecte, par le parti au pouvoir. Une telle situation vise à étouffer, sinon à ignorer la lutte des classes. C’est comme si l’élite au pouvoir croyait qu’en subordonnant les syndicats la lutte des classes cessait d’exister et que les travailleurs resteraient à leur place. Au contraire, on assiste à la naissance d’un Etat différent dans sa nature, fait de classes sociales, avec les aspirations d’une bourgeoisie nationale (ou dans certains cas la petite bourgeoisie) qui s’élève et qui veut former le projet national ou de libération de sorte à promouvoir ses propres aspirations. Dans les deux cas, la lutte des classes n’a pas disparu ; elle n’a fait que changer d’aspect.

Dans "les Pièges", Fanon met l’accent sur la nécessité d’un véritable parti révolutionnaire, lié aux masses, comme antidote aux processus de corruption national qui se manifeste dès lors que la bourgeoisie devient hégémonique. Bien qu’il soit difficile d’être en désaccord avec cette proposition, elle s’avère néanmoins insuffisante. Un constat qui devrait apparaître à l’évidence lorsqu’on passe en revue l’histoire des luttes révolutionnaires qui ont eu cours au siècle dernier. C’est le cas pour au moins deux raisons.

D’abord, les partis ne peuvent suppléer à toutes les forces sociales. Les travailleurs, par exemple, doivent avoir leur propre organisation. Ces organisations doivent avoir une base large et être démocratiques. Ils doivent être le moyen de lutter pour la justice sociale et économique, à l’intérieur comme à l’extérieur du contexte du cadre national démocratique. Et ce combat doit impliquer une lutte qui garantisse que les travailleurs sont au centre et conduisent le processus national démocratique révolutionnaire. En d’autres termes, qu’il y a des institutions qui sont créées pour promouvoir le contrôle par les travailleurs, non seulement de leur travail mais de la société tout entière.

Deuxièmement, c’est souvent à l’intérieur de partis authentiquement révolutionnaires que les graines de la régression peuvent être trouvées. En particulier, dans les pays où règne un parti unique dominant, la lutte des classes et d’autres luttes auront lieu à l’intérieur du parti aussi bien que dans la société en général. Que l’Etat soit mené par un parti unique ou non, le résultat des luttes internes d’un parti révolutionnaire n’est pas prédéterminé. Les meilleures orientations politiques et les meilleurs dirigeants ne suffisent pas à garantir que le mouvement restera sur le droit chemin. Une réalité démocratique dans le processus de transformation, en plus d’un mouvement social progressiste viable, est tout aussi importante.

Les observations de Fanon sont convaincantes et effrayantes dans leur précision, en ce qui concerne les défis aux innombrables mouvements nationaux démocratiques et mouvements de libération. De ce point de vue, cet essai devrait être lu par tous les combattants pour la liberté. Non seulement pour comprendre comment les populistes nationaux et les processus nationaux démocratiques se sont si souvent désintégrés, mais aussi comme tremplin pour un projet radical de transformation du 21ème siècle enraciné parmi les travailleurs et autres secteurs opprimés. Ou, pour emprunter à Fanon ses propres mots : "L’homme colonisé qui écrit pour son propre peuple doit utiliser la passé dans l’intention d’ouvrir le futur, comme une invitation à l’action et comme base d’espoir".


* Bill Fletcher Jr est un militant international de longue date pour la justice raciale et le travail. Il est un Senior Scholar à l’Institute for Policy Studies et Visiting Scholar au Graduate centre de l’Université de New York City, membre de la commission de rédaction de BlackCommentator.com et ancien président du Forum TransAfrica. Il est le co-auteur de "Solidarity Divided" – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

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Il y a cinquante ans, Frantz Fanon appréciait l’Europe !

Ababacar Fall «Barros»

2011-12-07

http://pambazuka.org/fr/category/features/78520

En relisant Fanon, on dirait qu’il a été témoin de ce qui s’est passé et de ce qui vient de se passer ces dernières décennies, en Lybie, en Cote d’Ivoire, en Irak, en Afghanistan etc. Parfois, on a même l’impression qu’il est bien vivant et se tient là, en train de vous parler. De parler à ces chefs d’Etats africains couchés à plat-ventre devant leurs maitres européens, écrit Ababacar Fall « Barros ».

‘’ Quittons cette Europe qui n'en finit pas de parler de l'homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde ‘’(..). - Frantz Fanon

Le 6 décembre 1961 disparaissait Frantz Fanon, médecin, combattant intrépide pour la défense de la cause des peuples du Sud et du Tiers monde. Fanon était également un penseur et homme d’action engagé totalement pour la révolution algérienne et africaine. Mais étant donné que ce que l’auteur de ces propos prémonitoires, mis en mis en exergue ci-dessus, a dit dans ce domaine est si vaste, nous nous conterons de mettre un peu en évidence les appréciations qu’il faisait sur l’Europe, dans son célèbre ouvrage ‘’Les Damnés de la terre’’ (édit. Maspero, 1961). L’Etat actuel de ce continent pris dans la tourmente financière (Grèce, Italie, Espagne, France, Portugal), place les vues de Frantz Fanon au centre de l’actualité de la ’’Mondialisation’’. Euphémisme pour désigner le capitalisme international en décrépitude.

Et c’est comme qui dirait qu’une certaine composante du Tiers-monde (des Portugais en désarroi), a entendu ce mot d’ordre précité de Fanon. Car Jean Paul Pougala nous renseigne que « nous assistons déjà à l'exode des pauvres Européens vers l'Afrique. L'avenir de l'Europe est très sombre. Nul ne sait comment ils viendront à bout de la très grande désertification industrielle en cours. En Espagne, par exemple, 20% de la population est sans emploi dont 50% des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage. Dans les pays dits "riches" de l'OCDE, on compte aujourd'hui 44 millions de chômeurs. La réaction naturelle est cet assaut de l'Afrique qui vit le début de sa gloire économique. En 2010, l'ambassade d'Angola à Lisbonne a reçu 30.000 demandes de visas de Portugais voulant fuir leur pays pour aller vivre en Afrique, c'est-à-dire 115 demandes par jour ouvrable. Luanda a ainsi été la première capitale africaine à fixer un numerus clausus (quota, nombre maximum) par an d'Européens qui peuvent se rendre en Afrique. Et quelques mois ont suffit pour remplir ce quota. Les contrevenants payent par des peines de prison. C'est ainsi que dans plusieurs pays africains, la première cause d'emprisonnement des Européens est l'immigration clandestine. L'Afrique fait déjà rêver les jeunes Européens. Aux Africains de la diaspora de le comprendre et de prendre leur place dans cette nouvelle Afrique qui voit le jour malgré l'assassinat de nos chefs d'Etat qui osent travailler pour que cette prospérité soit possible et profite d'abord aux populations africaines. ‘’ (1)

Voici un constat qui conforte les vues de l’Antillais, qui était en avance de plusieurs longueurs sur nos roitelets de sa génération, comme les désignait notre ami Mongo Beti , et avec lesquels Fanon n’était pas du tout tendre. Voici d’autres considérations de Fanon, sur l’Europe :

‘’Voici des siècles que l'Europe a stoppé la progression des autres hommes et les a asservis à ses desseins et à sa gloire; des siècles qu'au nom d'une prétendue « aventure spirituelle » elle étouffe la quasi totalité de l'humanité. Regardez-la aujourd'hui basculer entre la désintégration atomique et la désintégration spirituelle’’.

‘’Et pourtant, chez elle, sur le plan des réalisations on peut dire qu'elle a tout réussi’’.

L'Europe a pris la direction du monde avec ardeur, cynisme et violence. Et voyez combien l'ombre de ses monuments s'étend et se multiplie. Chaque mouvement de l'Europe a fait craquer les limites de l'espace et celles de la pensée. L’Europe s'est refusée à toute humilité, à toute modestie, mais aussi à toute sollicitude, à toute tendresse’’.

En relisant ces passages des conclusions de cet ouvrage, on dirait que Fanon était témoin de ce qui s’est passé et de ce qui vient de se passer ces dernières décennies, en Lybie, en Cote d’Ivoire, en Irak, en Afghanistan etc. Parfois, on a même l’impression qu’il est bien vivant et se tient là, en train de vous parler. De parler à ces Chefs d’Etats africains couchés à plat-ventre devant leurs maitres européens.

‘’Allons, camarades, le jeu européen est définitivement terminé, il faut trouver autre chose. Nous pouvons tout faire aujourd'hui à condition de ne pas singer l'Europe, à condition de ne pas être obsédés par le désir de rattraper l'Europe.
L'Europe a acquis une telle vitesse, folle et désordonnée, qu'elle échappe aujourd'hui à tout conducteur, à toute raison et qu'elle va dans un vertige effroyable vers des abîmes dont il vaut mieux le plus rapidement s'éloigner.
Il est bien vrai cependant qu'il nous faut un modèle, des schèmes, des exemples. Pour beaucoup d'entre nous, le modèle européen est le plus exaltant. Or, on a vu dans les pages précédentes à quelles déconvenues nous conduisait cette imitation. Les réalisations européennes, la technique européenne, le style européen, doivent cesser de nous tenter et de nous déséquilibrer’’.

« On lit Fanon, on prend son crayon, on commence à souligner les passages mémorables, on vibre, on bout, puis on arrête. C’est tout le livre qu’il faudrait souligner ‘’ - Louis-Georges Tin, in « Monde du livre », 4 novembre 2011.

Mais pourquoi nos hommes d’Etat ne veulent-ils pas, ou n’ont-ils pas voulu écouter Fanon ? Dans ‘’Lettre à la Jeunesse africaine’’ publiée dans le Journal algérien, « El Moujahid » du 24 mai 1958, publiée dans ‘’Pour la Révolution africaine’’ (édit. Maspero 1969), Fanon, très acerbe envers le député français Houphouët Boigny, signalait : ‘’Nous devons à la vérité de vous dire que presque tous vos représentants mystifiés par un phénomène d’aliénation très grave, ont toujours opposé à nos démarches le respect de la légalité républicaine française’’.

C’est certainement en vertu de cela que les termes « souveraineté », « indépendance » sont devenus des mots tabous chez nos hommes d’Etat d’Afrique francophone. Après avoir restitué l’acte d’indépendance de nos pays à De Gaulle, Giscard D’Estaing, Chirac ou Sarkozy, la Guyane, Mayotte, La Nouvelle Calédonie, La Mantique, La Guadeloupe, La Polynésie, etc., on ne connait pas ! Autrement dit, pour la France, c’est des DOM ou des TOM. Entendez des parties de la France appelées Départements d’Outre-mer ou Territoires d’Outre-mer. A Mayotte on reconduit à la frontière des natifs de leur propre pays, Les Comores. Fanon doit sursauter là où il est !!!

Disons simplement que colonisés qu’ils sont, non seulement ils (Les préfets des DOM TOM) n’écouteront jamais Fanon, mais ils n’oseront piper mot, à fortiori dénoncer ce carcan appelé Accord de coopération, que d’autres (Pr Agbohou et Séraphin, notamment) appellent ‘’Pacte colonial’’. Pacte constitué du triptyque : 1/Le compte d’opération du Trésor français, vampire des trésors et économies africains. 2/ Le franc CFA et L’UMEOA et 3°/ les bases françaises.

A voir le comportement de certains intellectuels africains et du Tiers-Monde, carrément pro-impérialistes, acquis à la vision des maitres du monde capitaliste, prêts à répéter les prêchi-prêcha et autres slogans débiles du FMI et de la Banque dite mondial, donc des pseudos intellectuels obnubilés par le lucre, les devises sorties de douteuses ONG, stipendiés par des officines aux puissances activités opaques, on ne peut manquer de dire que Fanon fait partie de ceux qu’on pourrait appeler les hommes ‘’paranormaux’’ parce qu’ayant refusé ‘’de servir l’exploiteur contre leur peuple’’ : Nkrumah, Mamadou Dia, Lumumba, Cheikh Anta Diop, David Diop, Amilcar Cabral, Sékou Touré, Fidel Castro, Che Guevara, Bakary Djibo, Felix Moumié, Tidiane Baidy Ly,Thomas Sankara, etc. Car, Fanon, ancien résistant de la guerre (1935-1945), médecin, écrivain, fils d’un ancien haut fonctionnaire du cadre métropolitain, pouvait bien avoir sa place au soleil. Mais il n’a pas voulu de cette place et s’est engagé comme ‘’Moujahid’’, à coté de ses camarades algériens du FLN (Front de Libération National). Transcendant ainsi toutes les barrières culturelles ou religieuses et toutes les contingences sociopolitiques, de son temps.

Nous terminons, pour engager la jeunesse du Tiers monde à se pénétrer leur histoire en étudiant les œuvres des hommes de la dimension de Frantz Fanon, pour ne pas ‘’se laisser égarer et duper’’ comme disait Mao Tsé Toung. En cela, nous considérons que les prises de position de notre jeune camarade et compatriote Malick Noel Seck (injustement emprisonné par le régime d’Abdoulaye Wade, en ce moment), notamment sur la crise ivoirienne, l’intervention remarquable de la jeune militante Djeyna Ba, de Guinée lors du Forum Social Mondial, en février 2011, donnent de l’espoir. Malgré le fait que l’écrasante majorité la jeunesse africaine et de la plupart des pays dominés du tiers-monde, aujourd’hui, est abandonnée à elle-même.

A Dakar, à Fort-de-France (‘’l’épicentre’’ de la célébration des idées du combattant intransigeant (du 06 au 09 décembre), les panelistes, d’anciens dirigeants du mouvement étudiant en France, ou ses amis, ne manqueront ne revisiter, plus profondément, l’œuvre du grand disparu.

NOTE
(1) Opération Exodus : L’Afrique fait rêver les Européens, et la Diaspora ?


* Ababacar Fall-Barros est membre du GRILA

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Pour la révolution africaine, dans le sillage de Frantz Fanon

Aziz Salmone Fall

2011-12-05

http://pambazuka.org/fr/category/features/78488


cc L W
Les soulèvements populaires qui ont changé le visage du Maghreb et secoué quelques autres pays africains ont fait entrevoir beaucoup d’espoirs. Mais il faut relire Fanon pour comprendre que les ruptures d’avec les dominations impérialistes, dans toutes leurs formes, requièrent des bouleversements encore plus profonds. A la lumière de Fanon, Aziz Salmone Fall propose une alternative qui consiste au «panafricentrage» comme «processus de conscience politique et historique d’autonomie collective continentale ».

J’ai relu dans l’avion « Pour une révolution africaine » en allant au congrès panafricain de Munich (1) pour me galvaniser et comme me conforter que cette voie est toujours la bonne. « Pour la révolution africaine » sera le sujet de notre table ronde ce 13 Décembre 2011, pour célébrer Fanon. Elle suivra le film que nous projetterons en son honneur.

Les poussées révolutionnaires en Afrique du nord sonnent comme un boomerang de l’histoire et le printemps propagé a saveur d’optimisme. « L’optimisme qui règne aujourd’hui en Afrique n’est pas un optimisme né du spectacle de forces de la nature enfin bénéfiques aux Africains. Cet optimisme n’est pas non plus dû à la constatation chez l’ancien oppresseur de dispositions moins inhumaines et plus bienveillantes. L’optimisme en Afrique est le produit direct de l’action révolutionnaire, politique ou armée-souvent les deux à la fois-des masses africaines». (2)

En revenant récemment de Tunisie et d’Égypte, j’ai pu me rendre compte certes que derrière cet optimisme la route est longue ; que ces avancées peuvent très bien ne pas accoucher de révolution, tellement le culturalisme, l’intégrisme et l’impérialisme peuvent l’infléchir. J’ai noté aussi combien les forces progressistes y sont encore fragiles et incapables de diriger le mouvement historique. C’est aussi le cas du Congo qui demeure, comme l’avait prédit Fanon, la gâchette de l’Afrique, et qui au lieu de tourner la violence contre l’impérialisme, se fait violence. Ce Congo, scandale géologique qui a connu ce que Fanon redoutait le plus et dont les millions de morts, sacrifiés sur l’autel de nos modes de consommation post-modernes et de nos zizanies entretenus par un capitalisme tronqué, supplient, par leur tragédie, l’Afrique de s’unir. Fanon a encore raison, il nous faut parachever les avancées amorcées en Afrique du Nord et pousser l’Afrique vers l’émancipation totale.

Il n’y a pas que les Maghrébins et les Congolais qui doivent lire ou relire « Pour la révolution africaine », mais toutes les Africaines et tous les Africains. C’est un recueil de textes politiques, de journal de bord et de lettres de Frantz Fanon publiés initialement chez Maspero. Il couvre une ère allant de sa jeunesse avec « Peau noire, masques blancs » (1952) à celle des Damnés de la terre (1961), année de sa disparition. Synthèse entre lutte anti-impérialiste et lutte de classes, cet ouvrage est une lecture de l’évolution coloniale et des pièges de la décolonisation. Il a permis à Fanon l’introspection, la compréhension de l’aliénation et de la dépersonnalisation du colonisé, ainsi que du racisme sous toutes ses formes. Fanon y a illustré la nécessité, pour le colonisé, de prendre en compte sa psyché et d’organiser la riposte. L’univers dépeint y montre que le monde du colonisé est le miroir brisé, à tous les niveaux, des oppressions et des aliénations du colonisateur et que la libération nationale passe par la libération individuelle. Alliant sa pratique de psychiatre à celle d’homme engagé dans la guerre d’Algérie, il y interpelle ses camarades de gauche, et urge ceux du continent à s’unir sur une base révolutionnaire et panafricaine.

Au GRILA (3), durant ces 25 ans, nous avons prôné la libération totale de l'Afrique dans l’acception de Fanon dont l’analyse demeure pertinente et toujours actuelle pour le panafricanisme. En d’autres mots, il nous interpelle encore sur quelle transformation sociale dans l’ère post-coloniale ?


En ce 21ème siècle, le panafricanisme est à la croisée des chemins alors que notre continent est assailli par l’impérialisme sous des formes renouvelées et complexes.

J’appelle supraimpérialisme la forme particulière que fait prendre le néolibéralisme au segment des oligopoles financiarisés qui s’est reproduit durant les trois dernières décennies. Ses contradictions le poussent à intensifier le mode de production et de consommation prédateur malgré l’impasse à laquelle il la voue. La contradiction la plus aigue du système se jouera entre les Centres (Etats Unis, Japon, Europe) en déclin et les formations sociales émergentes, dont le peloton de tête - les BRICS peuvent autant revigorer le capitalisme qu’hâter les chances de sa restructuration dans une autre direction. Cela à condition qu’elles optent pour un sursaut autocentré et un monde plus polycentrique. Les intérêts de classe de leurs dirigeants et ceux de leurs peuples seront déterminants à cet égard, et le cas de l’Afrique du Sud à lui seul en est un microcosme.

L’Afrique, qui pourtant contribue tant à la croissance mondiale reste, pour l’essentiel de ses formations sociales, encore enfermée dans l’économie de rente de la vieille division internationale du travail. Cet ordre rime davantage avec l’Afrique des ressources désormais bradées par des firmes transnationales et des gens d’affaires locaux peu soucieux de la condition et du devenir des Africaines et Africains. La stratégie de contrôle militaire des forces de l’impérialisme sur nos ressources et nos résistances ne s’estompera pas.

Mais Fanon nous avait bien mis en garde : «L’Afrique sera libre. Oui, mais il faut qu’elle se mette au travail, qu’elle ne perde pas de vue sa propre unité. C’est dans cet esprit qu’avait entre autres, été adopté l’un des points les plus importants du premier congrès des peuples africains à Accra en 1958. Les peuples africains, était-il dit dans cette resolution, s’engagent à constituer une milice qui sera chargée d’appuyer les peuples africains en lutte pour leur independance». (4)

En lieu et place, tétanisée et divisée notre population a assisté, après tout un 20e siècle de brutales interventions impérialistes, à un 21e siècle qui augure des mêmes invasions. Cette année 2011 nous a gratifié de quelques 14000 sorties de bombardements des avions de combat de l’OTAN sur des cibles souvent civiles en Libye , la recolonisation néo-coloniale de la Côte d’ivoire et l’extension rampante de l’AFRICOM sous divers prétextes dans le rang de nos armées et territoires.

«Si les expéditions coloniales obéissent à un schéma donné et connu - nécessité de faire régner l’ordre chez les barbares, protection des concessions et intérêts des pays européens, apport généreux de la civilisation occidentale -, on n’a pas suffisamment montré la stéréotypie des moyens utilisés par les métropoles pour s’accrocher à leurs colonies». (5) En réalité, la barbarie est secrétée par l’extension obstinée du capitalisme en crise. De surcroit, il jouera la contre-révolution devant chaque avancées de nos luttes. Partout, il suscitera des compromissions à laquelle succomberont des forces social-démocrates et même de gauche radicale, au nom de la peur de s’opposer à une confrontation inégale. Il n’y a pourtant plus rien à réformer.

La coopération internationale, la Déclaration de Paris et son efficacité de l’«aide», ainsi que les élans bilatéraux contrits ne trompent plus personne. L’instrumentalisation des instances multilatérales est encore plus prononcée qu’au siècle dernier. Le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC ont été préservés, malgré leur désuétude et en dépit de leur échec patent, en instruments de reproduction de l’ordre international. Pourtant ce dernier est désormais transcendé par un ordre transnational où le rôle des grandes corporations comme des grandes lignes de fractures culturalistes et civilisationnelles ne peut être régulé par le G20. Cette instance assure la gouvernementalité mondiale sans en avoir le mandat. C’est l’ONU qui en a avait le mandat, mais elle a été transformée en chambre d’enregistrement des desiderata de l’OTAN et des nouveaux outils comme le droit d’ingérence humanitaire, la responsabilité de protéger, qui ont encore écartelé le droit international aux bénéfices stratégiques des plus puissants.

Ce que Fanon disait à propos de la mise sous séquestre du Congo résonne encore. «Le tort de Lumumba a été alors, dans un premier temps, de croire en l’impartialité amicale de l’ONU. Il oubliait singulièrement que l’ONU dans l’État actuel n’est qu’une assemblée de réserve, mise sur pied par les grands, pour continuer, entre deux conflits armés, la ‘’lutte pacifique’’ pour le partage du monde»... «Notre tort à nous, Africains, est d’avoir oublié que l’ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas». (6)

Plus que jamais l’impératif révolutionnaire apparait pertinent et les avancées ouvertes par la chute de l’apartheid et les récents renversements des autocraties séniles en Afrique du Nord doivent être poursuivies. En ce sens s’est substituée, à la lutte coloniale de l’ère de Fanon, la lutte contre le néocolonialisme et les forces retrogrades. Autant les forces compradores que des pans entiers de nos sociétés aliénées et désorientées par les mirages du capitalisme. «La solidarité interafricaine doit être une solidarité de fait, une solidarité d’action, une solidarité concrète en hommes, en matériel, en argent». (7)

L’Union africaine qui a supplanté l’OUA apparaît pour nombre de nos concitoyens comme une institution éloignée de leurs préoccupations concrètes, comme un syndicat de chefs d’États qui n’a pas les moyens de ses politiques. La Libye était le seul pays non endetté d’Afrique. L’assassinat de Khaddafi occasionne une saignée financière pour l’Union Africaine qui a si malencontreusement été dépendante des fonds libyens. La Libye avait fini par payer le tiers des finances d’opération de l’organisation, puisque nombre de pays ne cotisaient plus. En fait, avec elle, l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Egypte assument chacun un peu moins de 15% des dépenses. Au delà de cette singularité gênante, comment ne pas déplorer que ces pays africains ne contribuent qu’en moyenne pour 8% au budget de l’Union Africaine dont 92% du financement relèverait de partenaires et de bailleurs étrangers. Jean Ping reconnait que ce serait plutôt 77% qui provient de financements extrafricains. (Officiellement le budget de l’Union africaine pour 2011 avait été prévu comme 256 millions 754 447 dollars, dont 122 millions 602 045 des Etats membres et 134 millions 152 402 des bailleurs internationaux).


Il n’y a pas que les fonds qui posent problème. Le débat sur la nature du panafricanisme concret à construire n’y est toujours pas amorcé. Le manque de volonté politique y est patent, et le Groupe de Monrovia qui a symboliquement pris le dessus sur le Groupe de Casablanca y domine les esprits. L’essentiel des orientations, si d’aventure elles peuvent être progressistes, s’avèrent inopérationnelles. Les instances de l’organisation en sont encore à croire à la faisabilité du NEPAD, un projet peu viable laissé à la discrétion des occidentaux, dont nous avions dès son lancement au G8 de Kananaskis démontré l’impasse pour le continent . (8) Aujourd’hui, Fanon pourrait déplorer que l’Afrique n’a toujours pas de développement continental et c’est pourquoi nous l’encourageons dans ce sens en proposant l’alternative du panafricentrage . (9)

Le panafricanisme gagnerait en effet à être infléchi vers deux impératifs que suggère le panafricentrage. La reconstitution de son africanité et un renouveau progressiste pour maîtriser l’accumulation et développer nos forces productives. Tous deux doivent revenir sur la question du progrès, de la modernité et donc du développement et lui déterminer d’autres impératifs homéomorphes (c’est à dire qui tiennent compte de leur équivalent local). L’africanité comme le renouveau panafricain pourraient être axés sur l’équilibre de la “maat” et de l’internationalisme. En d’autres mots, les racines fécondes qui permettent un avenir harmonieux pour l’Afrique et sa diaspora. Renouer sans passéisme narcissique avec nos racines communes, les regénérer scientifiquement après les assauts historiques ayant mené à l’amnésie et l’apathie. La redynamisation du panafricanisme passé par d’autres urgences.

Ainsi le moment est venu de lancer une conférence internationale et panafricaine sur l’accaparement des terres africaines, surtout les terres agricoles, à l’instar de celle l’avocat trinidadien Henry Sylvester Williams qui, en lançant en 1900 un événement consacré à cet enjeu, impulsa le panafricanisme. L’oeuvre des W.E.B Dubois, Marcus Garvey, Lamine Senghor, Garan Kouyate, Price Mars C.L.R James, Casely Hayford, Alioune Diop et de Présence africaine dès 1947, propulseront les congrès et projets panafricains. Leurs legs comme ceux de leurs successeurs à l’instar de Lumumba, Ben Barka, Fanon, Nkrumah, Cabral, Sankara. Rosa Parks, Sankara, Makonnen, Malcom X, Booker T Washington, Kenyatta, Diop, Rodney, Mandela,… ces ancêtres de l’avenir, nous servent encore de phare.

La reconstitution du panafricanisme révolutionnaire permet non seulement une critique de l’africanisme occidentalocentrique, mais aussi une relecture sans complaisance et surtout objective et historique de l’Afrique et son apport à l’avènement du système monde. Ceci passe par la pleine reconnaissance de l’origine monocentrique de l’humanité qui annihile toute forme de racisme et d’eugénisme, par le rétablissement de l’antériorité de civilisations négro-africaines de l’antiquité et de la contribution de celles-ci, comme des celles des périodes traditionnelles subséquentes, à l’édification des systèmes monde. C’est aussi la compréhension de la manière dont l’Afrique a servi la périphérie de l’Europe, c’est à dire les Amériques, avant de devenir elle-même la périphérie du capitalisme. Elle est toujours dans cette condition qui la maintient dans une injuste et désuète division internationale du travail, qui se perpétue désormais avec des dynamiques endogènes prédatrices. L’UNICEF semble impuissante à éviter qu’environ 29 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour - 21 toutes les minutes -, principalement de causes qui auraient pu être évitées» ; un enfant sur 8 meurt donc en Afrique avant l’âge de 5 ans. (10)
«Nous Africains disons que depuis plus de 100 ans la vie de 200 000 000 d’Africans est une vie au rabais, contestée, une vie hantée perpétuellement par la mort. Nous disons que nous ne devons pas faire confiance dans la bonne foi des colonialistes, mais que nous devons nous armer de fermeté et de combativité. L’Afrique ne sera pas libre par le développement mécanique des forces matérielles, mais c’est la main de l’Africain et son cerveau qui déclenchent et mèneront à bien la dialectique de la libération du continent». (11) Personne ne sauvera notre peuple à notre place, et nous serons bientôt 1 milliard dont les 3\4 vivent la condition décrite 50 ans plus tôt.

La nécessité du renouveau passe par la lutte contre l’amnésie quasi collective de l’Histoire concrète de l’Afrique et de sa diaspora, mais surtout par le sursaut nécessaire tirant les leçons des luttes anti-impérialistes et de la décolonisation ; des indépendances négociées et des luttes de libération nationale et surtout de l’échec du panafricanisme institutionaliste. C’est admettre le caractère toujours inachevé de la libération totale de l’Afrique et de ses diasporas.

Ceci suppose une réorganisation hardie des forces du changement, notamment notre jeunesse qui, malgré sa capacité d’indignation et de réaction, a vécu plus deux décennies de dépolitisation et de désaffection politique. Ce phénomène fut autant entretenu par nos États désengagés de l’économie, fonctionnant sous procuration des institutions de développement, que par la réduction du champ de vision de nombre de nos partis politiques englués dans les scenarii de factices démocraties pluralistes et de sociétés civiles cooptées. Nous sommes astreints à un impératif et immense effort de stratégies et d’unité, mais aussi de sens de l’introspection, du respect de soi et des autres. Dans cet élan où beaucoup souhaiteraient étiqueter le panafricentrage comme une des doctrines africaines, je précise que afrocentré ou afrocentricité doivent être préférés à afrocentrisme. Afrocentrisme comme eurocentrisme sont justement les formes de culturalismes et autres intégrismes qu’il faut critiquer et dépasser et qui demeurent des impasses.

Le panafricentrage se propose plutôt d’être une doctrine puisant dans des racines réactivées. Le panafricentrage s’articule, d’une part, autour d’une philosophie qui prône la « maa’t » (au sens d’équilibres cosmique, terrestre et personnel, de vérité et de justice sociale) et la redécouverte de nos schémas historiques socioculturels et politiques de régulation. Il repose, d’autre part, sur une praxis d’intégrité menant à un progrès autocentré panafricain internationaliste, non sexiste et écologique pour une contribution à un monde polycentrique.

C’est un historique « matérialisme », partant des conditions historiques d’existence matérielle des Africains et Africaines, appréhendant leur processus de transformation et de reproduction afin d’atteindre une praxis révolutionnaire. Il incombe aux masses laborieuses et aux intellectuels organiques de l’Afrique et de la diaspora de forger cette alternative contre les phases prédatrices de mondialisation qui n’autorisent que des options compradores et leurs chimériques intégrations continentales. Il nous faut apprendre à endurer et contrer l’oppression en multipliant et en canalisant des milliers de réseaux et ramifications qui vont dans le sens de cet élan panafricain.

Le panafricentrage c’est le processus de conscience politique et historique d’autonomie collective continentale favorisant, par une rupture sélective avec le capitalisme dominant, la maîtrise de l’accumulation, son équitable redistribution. Il promeut la revalorisation de la valeur d’usage et de nos solidarités, un renouveau socioculturel permettant à l’Afrique d’apporter sa contribution active à notre ère.

De plus en plus, les conditions de l’éveil révolutionnaire se précisent. D’abord du fait de la crise financière mondialisée, des fermetures des archipels de prospérité aux migrations de nos jeunesses désabusées, de l’exaspération qui touche désormais plus que les classes les plus pauvres et à laquelle se mêle le désespoir qui restreint les champs d’horizon embrumés par l’automne de modèles capitalistes séniles et prédateurs. Enfin, il y a un espoir, les percées de l’aube que laissent entrevoir les avancées révolutionnaires timidement amorcées par ci et par là sur le continent. L’espace nous manque, mais illustrons par une dimension.

POUR UNE URGENTE STRATEGIE AGRICOLE AUTOCENTREE

Les dispositifs de recolonisation néolibérale doivent être inlassablement combattus, autant dans l’accaparement des terres, les cultures commerciales prédatrices que dans l’introduction d’OGM. Un des champs de combat est l’enjeu alimentaire mondial, et pour l’Afrique cet enjeu est capital alors que de plus en plus de ses terres sont bradées et que le problème alimentaire y demeure chronique. La production alimentaire mondiale actuelle pourrait nourrir la planète, mais l’essentiel des céréales - 40% - sert de fourrage concentré au bétail qui nourrit de viandes les plus nanties. Aussi la FAO préconise-t-elle de doubler la production alimentaire d’ici l’an 2050. En attendant, la hausse du prix des denrées expose à la famine plus d’un milliard de personnes et enclenche le cycle d’émeutes de la faim. Le développement autocentré exige une réforme agraire et l’autosuffisance alimentaire. Il nous faut des modes agraires organiques et des technologies appropriées. Il s’agit de produire et de transformer, en amont et en aval d’une agriculture la plus organique possible et en fonction d’une autre loi de la valeur (équilibre revenu rural/urbain, stratégie de plein emploi, prix de production et de transformation, etc.). Le projet a la forme d’autocentrage collectif (collective self reliance), c’est à dire de permettre l’échange de produit entre les zones et des péréquations entre zones excédentaires et déficitaires. La productivité dans tous les domaines d’activités peut être spectaculaire, tout en y générant le plein emploi dans les étapes de préparation et de transformation de l’agriculture.

Une utilisation bio-organique de l’agriculture ne recourt plus à des intrants chimiques et recycle tous ses déchets. Il y est facilement envisageable du biogaz qui assainit les villages et les villes tout en fournissant l’énergie et aussi couplé à de l’énergie solaire pour combler les besoins énergétiques des communautés. Les métiers qui préparent l’agriculture et ceux qui la transforment fixent des populations qui échappent à l’exode rural, parce que dotées de meilleur revenu et d’une qualité de vie. L’agriculture biologique (biomasse, assolement, percolation, pesticides verts, etc.) est faussement décrite comme moins productive par des industriels de pesticides et d’engrais chimiques et de biotechnologies. Une meilleure concentration professionnelle à l’hectare est possible avec ce modèle intensif intégré préservant l’environnement attenant et une durabilité des écosystèmes arables. Nous prônons donc un développement endurable et non un développement durable. Il est au cœur de la construction d’un marché intérieur de biens de consommation de masse axé sur nos produits et des importations sélectivement tournées sur nos besoins essentiels.

Mais là comme ailleurs, plusieurs obstacles demeurent pour l’avènement d’un panafricentrage. Identifions sommairement des horizons stratégiques imminents conditionnant les luttes de l’Afrique et de sa diaspora à venir et susceptibles de les faire triompher avec l’aide d’internationalistes du Nord :

• L’autosuffisance alimentaire, la réforme agraire, la modernisation agricole au rythme de chaque société ; l’avènement de marchés de biens de consommation de masse, pour la satisfaction des besoins essentiels.

• La nationalisation des ressources dans une perspective de participation citoyenne et patriotique.

• L’industrialisation légère complémentant l’agriculture et le rééquilibrage du revenu ville/campagne.

• L’intégration régionale et continentale accélérée par complémentarité et péréquation.

• Miser sur des brevets et une technologie à notre portée et moyens.

• Banque centrale, monnaie continentale, Parlement bi ou tricontinental sur les grands enjeux de développement et de sécurité.

• Armée continentale et brigade civile de prévention des conflits et de reconstruction post-conflits.

• Coopération tricontinentale contre la spéculation avec des internationalistes du Nord qui partagent la lutte contre l’impunité, l’enrichissement illicite et l’atteinte aux droits de la personne.

• Lutter collectivement pour refuser de payer la dette ; décrocher des programmes de plafonnement de la pauvreté et peser pour réformer les institutions internationales et pour une coopération internationaliste plafonnée à 0,7 % et non liée.

• L’émancipation totale des femmes et le changement des mentalités masculines.

• La repolitisation démocratique des masses et leur auto-organisation contre l’impérialisme, les régimes compradors et les comportements anti-progressistes.

La participation active des jeunes aux mécanismes de décision et d’exécution socio-politiques.

• Décrypter les comportements irresponsables consuméristes et ostentatoires et redécouvertes des schémas de solidarité.

• Sauvegarder les ressources naturelles et environnementales, par un comportement civique et écologique.

• Organiser les forces de la diaspora progressiste et les forces vives du continent vers le panafricentrage.

• Organiser le retour des diasporas africaines volontaires des Amériques et d’ailleurs.

• Œuvrer pour un monde humaniste progressiste et polycentrique et la préservation des «biens» communs par un développement responsable et populaire.


Nul ne peut prédire l’issue des luttes,et le futur proche résultera des bouleversements dans les rapports de forces socio-politiques, économico-culturels, entre genres et entre générations. Il s’agit, entre-temps, de consolider les acquis, d’élargir le champ d’une réponse sociale humaniste progressiste et si possible socialiste contre le modèle unilatéral du marché et son apartheid mondial.

Lucidement aborder notre futur sans nostalgie passéiste et compromissions.
Or les exigences d’un tel avènement passent pas la concrétisation, à l’échelle des formations sociales, de réformes sociales majeures, voire des projets de société viables. Ceci ne me semble pas possible en dehors d’un effort de désengagement sélectif et d’autocentrage anticapitaliste et surtout de soutien réciproque par l’intégration collective de ceux qui optent pour une telle alternative. L’option de forces nationales populaires et démocratiques d’Afrique (Etats et peuples) dans une dynamique de type panafricentrage contre la logique de compradorisation serait capable de structurer, en concertation et cohésion, une riposte pour la défense d’un tel projet , voire l’avènement d’un autre monde.
«L’Afrique doit être libre, a dit le Dr N’krumah dans son discours inaugural, nous n’avons rien à perdre que nos chaînes et nous avons à conquérir un continent immense. À Accra les Africains se sont jurés fidélité et assistance.»

A luta continua. Amandla Ngawethu ! Uhuru !


* Aziz Salmone Fall est politologue, membre du GRILA et Coordonnateur de la Campagne Internationale Justice pour Sankara

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NOTES
1) http://www.panafrikanismusforum.net/start.fr.html et Conférence sur le Panafricentrage : http://vimeo.com/31803004
2) Fanon Frantz, Pour la révolution africaine, FM/Petite collection Maspero, Paris, 1978, p 172
3) http://www.grila.org
4) Fanon Frantz, ibid, p 175
5) ibid p 54
6) ibid p 194-195
7) ibid p 175
8) GRILA, Critique annotée des 200 points du NEPAD, http://www.grila.org
9) http://www.azizfall.com/ressources.html
10) UNICEF’ http://www.unicef.org/french/mdg/childmortality.html
11) Fanon, op cit p175
12) Fanon, op cit p 159


Franz Fanon en Afrique et en Asie

Samir Amin

2011-12-05

http://pambazuka.org/fr/category/features/78490


cc A W
Franz Fanon est une figure respectée et aimée dans toute l’Afrique et l’Asie. Fanon était un individu d’envergure, de grande qualité par la finesse de ses jugements comme par son courage pour dire la vérité. Psychiatre, il ne pouvait donc être qu’un bon psychiatre. Peaux noires, masques blancs et ses autres écrits concernant les maladies mentales qui frappaient les colonisés d’Algérie qu’il soignait, en constituent le très beau témoignage. Mais au-delà il a été un révolutionnaire authentique. Son livre, Les Damnés de la Terre, explicite sa vision de la révolution nécessaire pour sortir l’humanité de la barbarie capitaliste. Et c’est à ce titre qu’il a conquis le respect de tous les Africains et Asiatiques.

FANON, LES ANTILLES ET L'ESCLAVAGE

Fanon est né Antillais. L’histoire de son peuple, de l’esclavage, de sa relation à la métropole française, a donc été par la force des choses le point de départ de sa réflexion critique. La première et seule révolution sociale que le continent américain ait connu jusqu’aux temps récents est celle des esclaves de Saint Domingue (Haiti) ayant conquis par eux-mêmes leur liberté. La révolution de Saint Domingue coïncidait avec celle du peuple français. L’aile radicale de la révolution française sympathisait donc naturellement avec celle des esclaves ayant conquis leur liberté par eux-mêmes, devenus de ce fait d’authentiques citoyens. Mais bien entendu les colons de la place ne l’entendaient pas ainsi. Le recul de la révolution française s’est traduit dans les Antilles par le rétablissement de l’esclavage, à nouveau aboli par la Seconde République en 1848, sans que pour autant soit aboli leur statut colonial jusqu’en 1945, date à partir de laquelle s’ouvre un chapitre nouveau de leur histoire.

Que voulait-on? L’indépendance - fut elle encore en apparence éloignée - ou l’assimilation, ou encore la construction d’une « Union française véritable », c’est à dire d’un Etat multinational. Les partis communistes des Antilles et de la Réunion se sont battus sur le terrain de l’assimilation et ont fini par l’emporter effectivement. Le résultat s’impose aujourd’hui : l’assimilation a créé une dépendance économique et sociale telle qu’il est difficile de concevoir que le mouvement puisse être inversé et que les Antilles et la Réunion puissent un jour devenir indépendants. Paradoxe apparent : si aujourd’hui les Antilles et la Réunion sont devenues indissociables de la France, elles le doivent aux efforts des communistes, de France et des colonies concernées, couronnés de succès. La droite, qui s’était toujours opposée à l’assimilation des droits, défenseur hier de l’esclavage et plus tard du statut colonial, n’aurait donc pas évité que le mouvement conduise, ici comme dans les Antilles anglaises et à Maurice, à la revendication indépendantiste.

Bien entendu, en dépit des transformations profondes produites par la départementalisation à partir de 1945, les effets du passé esclavagiste et colonial ne pouvaient être gommés ni de la mémoire des peuples concernés ni de leur conception vivante de leur identité dans ses rapports avec la France. « Peaux noires, masques blancs » nous propose, sur ce terrain, une analyse d’une lucidité parfaite. Le traitement des problèmes abordés dans cet ouvrage permet d’en saisir la singularité – au-delà des dénominateurs communs banals - par opposition aux défis auxquels sont confrontés les Noirs des Etats-Unis, ceux des Antilles britanniques, du Brésil, les Noirs d’Afrique en général et ceux d’Afrique du Sud en particulier. Je rapporterai ces différences à la distinction que je propose entre colonialisme externe et colonialisme interne (ref « Du capitalisme à la civilisation », 2008, pages 145-151).

FANON ET LE DEFI DU CAPITALISME REELLEMENT EXISTANT

L’accumulation par dépossession est permanente dans l’histoire du capitalisme réellement existant

Fanon avait parfaitement compris que l’expansion capitaliste était fondée sur la dépossession des peuples d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraibes, c'est-à-dire de la majorité écrasante des peuples de la planète. Que les victimes majeures de cette expansion – les « damnés de la terre »- étaient donc ces peuples, appelés par la force des choses à la révolte permanente et légitime contre l’ordre mondial impérialiste.

Le capitalisme historique, fondé sur la conquête du monde par les centres impérialistes abolit par sa nature même la possibilité pour les sociétés des périphéries de son système mondial de « rattraper » et de devenir, à l’image des centres, des sociétés capitalistes opulentes. La voie capitaliste constitue pour ces peuples une impasse. L’alternative est donc socialisme ou barbarie. La vision (hélas dominante) d’une accumulation préalable nécessaire et incontournable, qui exigerait le passage par une « phase capitaliste » avant de s’engager sur la voie socialiste, est sans fondement dès lors qu’on prend la mesure des défis objectifs que représente le capitalisme historique.

La conquête du monde par les Européens constitue une gigantesque dépossession des Indiens d’Amérique. La traite négrière qui prend la relève exerce sur une bonne partie de l’Afrique une ponction qui retarde d’un demi millénaire le progrès du continent. Des phénomènes analogues sont visibles en Afrique du Sud, au Zimbabwe, au Kenya, en Algérie et plus encore en Australie et en Nouvelle Zélande. Ce procédé d’accumulation par dépossession caractérise l’Etat d’Israël – une colonisation en cours. Non moins visibles sont les conséquences de l’exploitation coloniale des paysanneries soumises de l’Inde anglaise, des Indes néerlandaises, des Philippines, de l’Afrique : les famines (celle célèbre du Bengale, celles de l’Afrique contemporaine) en constituent la manifestation. La méthode avait été inaugurée par les Anglais en Irlande dont la population, jadis égale à celle de l’Angleterre, n’en représente plus encore aujourd’hui que le dixième, ponctionnée par la famine organisée dont Marx a fait le procès. La dépossession n’a pas frappé seulement les populations paysannes – la grande majorité des peuples d’autrefois. Elle a détruit les capacités de production industrielle (artisanats et manufactures) de régions naguère et longtemps plus prospères que l’Europe elle même : la Chine et l’Inde entre autre (les développements de Bagchi, dans son dernier ouvrage « Perilous passage », sont sur ce sujet indiscutables).

Le XIXe siècle a représenté l'apogée de ce système de la mondialisation capitaliste/impérialiste. Au point que, désormais, expansion du capitalisme et « occidentalisation » au sens brutal du terme rendent impossible la distinction entre la dimension économique de la conquête et sa dimension culturelle, l'eurocentrisme.

LE XXE SIECLE : LA PREMIERE VAGUE DES REVOLUTIONS SOCIALISTES ET L’EVEIL DU « SUD »

Le moment de l’apogée du système est bref : à peine un siècle. Le XXe siècle est celui de la première vague de grandes révolutions conduites au nom du socialisme (Russie, Chine, Vietnam, Cuba) et de la radicalisation des luttes de libération de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine, dont les ambitions s’expriment à travers le « projet de Bandoung » (1955-1981). Cette concomitance n’est pas le fruit du hasard. Le déploiement mondialisé du capitalisme/impérialisme a constitué pour les peuples des périphéries concernées la plus grande tragédie de l'histoire humaine, illustrant ainsi le caractère destructif de l'accumulation du capital. La loi de la paupérisation formulée par Marx s'exprime à l'échelle du système avec encore plus de violence que ne l'avait imaginé le père de la pensée socialiste ! Cette page de l'histoire est tournée. Les peuples des périphéries n'acceptent plus le sort que le capitalisme leur réserve. Ce changement d'attitude fondamental est irréversible. Ce qui signifie que le capitalisme est entré dans sa phase de déclin. Ce qui n'exclut pas la persistance d'illusions diverses: celles de réformes capables de donner au capitalisme un visage humain (ce qu'il n'a jamais eu pour la majorité des peuples), celles d'un « rattrapage » possible dans le système, dont se nourrissent les classes dirigeantes des pays « émergents », grisées par les succès du moment, celles de replis passéistes (para religieux ou para ethniques) dans lesquelles sombrent beaucoup de peuples « exclus » dans le moment actuel. Ces illusions paraissent tenaces du fait que nous sommes dans le creux de la vague. La vague des révolutions du XXe siècle s'est épuisée, celle de la nouvelle radicalité du XXIe siècle ne s'est pas encore affirmée. Et dans le clair-obscur des transitions se dessinent des monstres, comme l'écrivait Gramsci.

Les gouvernements et les peuples de l’Asie et de l’Afrique proclamaient à Bandoung, en 1955, leur volonté de reconstruire le système mondial sur la base de la reconnaissance des droits des nations jusque là dominées. Ce « droit au développement » constituait le fondement de la mondialisation de l’époque, mise en œuvre dans un cadre multipolaire négocié, imposé à l’impérialisme contraint, lui, à s’ajuster à ces exigences nouvelles. L'ère de Bandoung est celle de la Renaissance de l'Afrique. Ce n'est pas un hasard si les Etats africains s'engagent dans des projets de rénovation qui leur imposent de s'inspirer des valeurs du socialisme, puisque la libération des peuples des périphéries s'inscrit nécessairement dans une perspective anti capitaliste.

Il n'y a pas lieu de dénigrer ces tentatives nombreuses sur le continent, comme on le fait aujourd'hui: le régime odieux de Mobutu a permis en trente ans la formation d'un capital d'éducation au Congo 40 fois supérieur à celui que les Belges n'avaient pas réalisé en 80 ans. Qu'on le veuille ou non, les Etats africains sont à l'origine de la formation de véritables nations. Et les options « trans ethniques » de leurs classes dirigeantes ont favorisé cette cristallisation. Les dérives ethnicistes sont ultérieures, produites par l'épuisement des modèles de Bandoung, entraînant la perte de légitimité des pouvoirs et le recours de fractions de ceux ci à l'ethnicité pour la rétablir à leur profit. Je renvoie ici à mon ouvrage « L'Ethnie à l'assaut des Nations » (Harmattan, 1994).

Le long déclin du capitalisme, sera-t-il synonyme d’une longue transition positive au socialisme ? Il faudrait, pour qu’il en soit ainsi, que le XXIe siècle prolonge le XXe siècle et en radicalise les objectifs de la transformation sociale. Ce qui est tout à fait possible, mais uen possibilité dont les conditions doivent être précisées. A défaut, le long déclin du capitalisme se traduirait par la dégradation continue de la civilisation humaine. Je renverrai ici à ce que j’ai écrit à ce propos il y a plus de vingt cinq ans : « Révolution ou décadence ? » ( Classe et Nation, Minuit 1979, pp 238-245).

Le déclin n’est pas non plus un processus continu, linéaire. Il n’exclut pas des moments de « reprise », de contre offensive du capital. Le moment actuel est de cette nature. Le XXe siècle constitue un premier chapitre du long apprentissage par les peuples du dépassement du capitalisme et de l’invention de formes socialistes nouvelles de vie, pour reprendre l’expression forte de Domenico Losurdo ( Fuir l'histoire, Delga 2007). Avec lui je n’analyse pas son développement dans les termes de « l’échec » (du socialisme, de l’indépendance nationale) comme la propagande réactionnaire qui a le vent en poupe aujourd’hui tente de le faire. Au contraire ce sont les succès et non les échecs de cette première vague d’expériences socialistes et nationales populaires qui sont à l’origine des problèmes du monde contemporain. L’analyse des contradictions sociales propres à chacun de ces systèmes, des tâtonnements caractéristiques de ces premières avancées, explique leur essoufflement et finalement leur défaite et non leur échec (Samir Amin, « Au delà du capitalisme sénile », PUF 2002, pp 11-19). C’est donc cet essoufflement qui a créée les conditions favorables à la contre offensive du capital en cours : une nouvelle « transition périlleuse » des libérations du XXe siècle à celles du XXIe siècle.

L’action politique de Fanon est située toute entière dans ce moment de l’histoire, celui de l’ère de Bandoung (1955-1980) et de la première vague de luttes de libération victorieuses. Les choix qu’il a fait –se ranger aux côtés du Front de Libération Nationale de l’Algérie et des mouvements de libération du continent africain- était le seul digne d’un révolutionnaire authentique.


* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde

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Franz Fanon comme il m’a été présenté à l’université de Dar Es Salaam

Fatma Alloo

2011-12-05

http://pambazuka.org/fr/category/features/78491


cc C F
Frantz Fanon demandait de ne pas créer une nouvelle Europe en Afrique, mais plutôt d’œuvrer pour la construction d’un homme nouveau et d’une nouvelle humanité. Mais voilà qu’on pense que gratte-ciel est synonyme de développement et que la destruction du patrimoine architectural signifie progrès. Que n’avons-nous trahi Fanon ? Fama Alloo constate ainsi que «rétrospectivement, c’est particulièrement triste, lorsqu’on regarde autour de soi, de voir la dévastation de notre continent».

J’ai découvert Franz Fanon, non pas en personne, mais en sa qualité d’écrivain, à travers son livre, « Les damnés de la terre » publié par Penguin en 1961. C’était à l’université de Dar Es Salaam alors que j’étais jeune et sans expérience du monde et des mouvements pour le changement. Je n’en avais pas conscience à l’époque, mais pour les experts de ce mouvement sur le campus, j’étais en passe d’être recrutée pour croire en un monde meilleur. Les livres de Frantz Fanon, « Les damnés de la terre » et « Peau noire masques blancs » ont été les deux livres qui m’ont été donnés à lire parmi d’autres.

Tout ce dont je me souviens c’est qu’il y avait une préface de Jean Paul Sartre qui se faisait le champion des travaux de Fanon " un classique de l’anticolonialisme dans lequel le Tiers Monde se retrouve et se parle à lui-même au travers de sa voix". J’étais curieuse de savoir ce qu’était ce Tiers Monde dont il parlait. Plus tard, j’ai découvert que Sartre avait aussi des histoires intéressantes à raconter sur la façon dont les humains vivent et j’ai lu ses livres aussi. Plus récemment, j’ai eu le privilège de rencontrer la fille de Fanon, Mireille, lors du Forum Social Mondial où nous expérimentons d’autres mondes possibles.

Fanon parlait de la révolution algérienne. Il provenait de la Martinique mais avait étudié en France. Il encourageait les hommes à décoloniser leur esprit et, heureusement pour lui, je n’étais pas encore réveillée en tant que femme ! Dans ce domaine, c’était un monde d’hommes qui incluait les femmes. C’est toujours le cas aujourd’hui, sauf que les femmes en ont maintenant davantage conscience.

" Lorsque j’ai cherché des hommes dans le style et la technique de l’Europe, je ne vois qu’une série de négations et une avalanche de meurtres", est une des phrases de son livre qui figure dans mon agenda depuis cette époque. Son appel retentissait : "Camarades fuyons ces mouvements statiques où graduellement la dialectique devient une logique d’équilibre…" Il a constamment parlé de la manière dont les Européens étaient spirituellement égarés et demandait une réhumanisation du monde.

Fanon faisait appel au "Tiers Monde afin qu’il commence une nouvelle histoire de l’Homme… Une Histoire qui n’escamote pas les crimes de l’Europe… qui consiste en un déchirement pathologique de ses fonctions et l’émiettement de son unité…"Alors que je lisais ces pages et son analyse psychiatrique de la société européenne, je me souviens, qu’elle faisait sens. Nous, en Tanzanie, passions par le processus de décolonisation de l’esprit dont parlait Ngugi wa Thiongo et que Mwalimu Julius Nyerere n’éludait pas dans ses politiques de Ujamaa et dans la Déclaration d’Arusha.

Ces propos ont pris forme alors que nous construisions nous-même les écoles de nos enfants et étions convaincus qu’il fallait élever le niveau de la société au travers de l’instruction des adultes, ce qui nous amenait à faire de l’enseignement dans des usines et des communautés de paysans. Mwalimu parlait de casser les barrières entre le travail mental et le travail manuel. Nous avons cru que nous ferions la différence et avons pris sur nous de reconstruire la nation - un rêve en train de se matérialiser, c’est ce dont nous avions le sentiment.

Frantz Fanon a alimenté cet espoir pour une aube nouvelle lorsqu’il disait qu’il ne fallait pas créer une nouvelle Europe en Afrique. Car, soulignait-il, les Européens sauraient mieux le faire que les Africains. Pour dire aussi que "si nous devons essayer de créer un Homme nouveau et une nouvelle humanité" alors l’Europe n’est pas le modèle". Il évitait de faire des concessions aux Européens et répétait qu’il ne fallait pas compromettre les principes fondamentaux.

Rétrospectivement, c’est particulièrement triste, lorsqu’on regarde autour de soi, de voir la dévastation de notre continent. Nous ne pouvons pas dire que nous ne savions pas par manque de littérature contemporaine, car les intellectuels de l’époque nous ont donné matière à réflexion sur la manière de sortir du colonialisme et du danger de l’esprit colonisé. Mais il semble que cela nécessite une vie toute entière - si même on s’en sort.

Est-ce parce que nous dirigeants ne lisent pas ? Sûrement pas. Pourquoi pensent-t-ils que gratte-ciel est synonyme de développement ? Pourquoi croient-ils que la destruction du patrimoine architectural signifie progrès ? Pourquoi pensent-ils qu’inviter OTAN à bombarder son pays est la solution pour se défaire des dictateurs ? Pourquoi ont-ils le sentiment qu’inviter des soldats étrangers pour gérer des troubles domestiques et des rebelles, comme ils les désignent, est une solution pour le continent ? Par le passé nous avons été subjugués par des armes supérieures. Nous avons donné de la verroterie et avons pris des Bibles. Mais maintenant que disons-nous ?

Fanon a étudié en France et a été victime du racisme et en est parti croyant que le problème c’est le système. D’autres écrivains de son époque croyaient la même chose. Ils ont rempli leur tâche en couchant leurs pensées sur le papier afin que la prochaine génération comprenne l’histoire et les atrocités commises sur le continent. En célébrant Frantz Fanon nous faisons aussi notre part en remettant l’histoire à l’ordre du jour africain afin que nul n’oublie.


* Fatma Alloo est la fondatrice de Tanzania Media Women Association (TAMWA) – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

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Lire Fanon aujourd’hui

Mireille Fanon-Mendes-France

2011-12-05

http://pambazuka.org/fr/category/features/78493


cc HDPTCAR
Aujourd’hui, plus que jamais, la pensée de Fanon nous interpelle. Entre souffrance, résistance et luttes dans un monde plus que jamais marqué par l’oppression, le combat incessant pour la liberté trouve, dans les écrits de celui-ci, un souffle toujours aussi ardent. Comme le souligne dans ce texte prononcé lors d’une journée d’études, Mireille Fanon-Mendes-France, lire et assumer Fanon c’est posséder un «un antidote contre le renoncement» et avoir «une arme d’une passion lucide».

C’est avec grand plaisir que la fondation Frantz Fanon, créée en 2007, a accepté d’être partenaire de cette journée d’études. «Lire Fanon aujourd’hui» suppose garder présent à l’esprit qu’avant tout Frantz Fanon fut le militant d’un combat universel de libération et de désaliénation des hommes et des peuples. Il était un homme indivisible et ne saurait être réduit à une dimension particulière des luttes ; il a été antiraciste au nom de l’universalité et anticolonialiste au nom de la justice et des libertés. Il est de notre responsabilité de garder son approche universaliste au risque de l’enfermer dans ce qu’il a toujours refusé ; je n’ai pas de devoir nègre

Fanon, psychiatre, fut tout à la fois moudjahid algérien, révolutionnaire panafricain et combattant de l’émancipation de tous, y compris de ceux qui croyaient ou croient encore appartenir au monde dominant.

Lire Fanon aujourd’hui, au-delà des études sociologiques et postcoloniales, c’est aussi admettre, 50 ans après sa mort, que son analyse sur les pathologies sociales et politiques du racisme est d’une étonnante actualité – particulièrement pour tous les Africains et les Arabes contre lesquels s’expriment, aussi bien dans les media que dans les propos d’élites de certains Etats, un racisme décomplexé et qui sont directement visés par des lois xénophobes, libérant ainsi l’impensé raciste.

« Peau noire, masques blancs » est un jalon fondamental dans la lutte antiraciste, du décryptage des mécanismes de la ségrégation et de ses enjeux politiques. Analysant les ressorts du colonialisme et ses impacts sur les dominés, Fanon conteste le concept de négritude forgé par Senghor et Césaire. Lui, il articule la lutte contre le racisme dans un mouvement universel de désaliénation des victimes du racisme et des racistes eux-mêmes.

Son analyse politique, psychologique et sociale dépasse largement le contexte dans lequel elle a été élaborée et conserve une pertinence quelque peu dérangeante, J’emploie à dessein ce qualificatif car, 50 ans après les indépendances, le bilan est sans appel : les indépendances n’ont pas abouti à la libération des peuple opprimés. Les sociétés restent orphelines d’Etats qui n’ont pu naître, les réseaux néocoloniaux imposant des potentats qu’ils changent d’ailleurs au gré des intérêts et des conjonctures. Et si les structures néocoloniales n’expliquent pas à elles seules l’échec des indépendances, ce demi-siècle a été la démonstration impitoyable de l’efficacité des bombes à retardement léguées par les puissances coloniales.

Un des chapitres des «Damnés de la terre», «Les malheurs de la conscience nationale», est un appel aux peuples libérés de l’emprise coloniale pour la promotion d’élites productives, dotées d’une conscience politique et animées par le sens de l’intérêt général. Si les élites ne font qu’appliquer le modèle de leur ancien colonisateur, alors triompherait une culture d’affairistes qui ne seraient que la caricature de leurs mentors occidentaux, dans leur comportement et leurs modes de consommation. Et les mouvements de libération se transformeraient en parti unique, «la forme moderne de la dictature bourgeoise, sans masque, sans fard, sans scrupule et cynique».

L’analyse lucide de Frantz Fanon alertait de manière étonnamment prémonitoire sur les dérives susceptibles d’affecter les États postcoloniaux. Il décrit, avec des années d’avance, la pathologie néocoloniale, cette perpétuation de la domination par la soumission de gouvernements nationaux corrompus et antipopulaires aux intérêts des anciennes métropoles coloniales.

En Afrique, en Europe, en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique, Fanon apparaît aujourd’hui comme plus actuel que jamais. Il fait sens pour tous les militants de la liberté et des droits humains, car l’émancipation est toujours l’objectif premier des générations qui arrivent à l’âge de la maturité politique. Beaucoup d’hommes et de femmes ont appris que ce combat pour la liberté, la démocratie et les droits humains est mené contre les potentats locaux mais aussi contre les tenants de l’ordre néocolonial qui les protège, les utilise pour piller les ressources et les éjecte quand ils ont fait leur temps.

La pensée de Fanon continue d’inspirer aujourd’hui ceux qui combattent pour le progrès de l’homme partout sur la planète. Dans un monde où le système de l’oppression, de l’écrasement de l’humain ne cesse de se renouveler et de s’adapter et face à ce qui, par tous les moyens, cherche à détruire l’homme, sa pensée est un antidote contre le renoncement et une arme d’une passion lucide pour le combat incessant pour la liberté, la justice et la dignité des femmes et des hommes, car la libération des peuples et des individus de l’asservissement et de l’aliénation reste un objectif, l’émancipation est encore à venir. On n’insistera jamais assez sur l’universalité de la pensée de Fanon, qui s’est nourrie d’une expérience irremplaçable de la souffrance, de la résistance et de la lutte.

C’est dans ce contexte que la Fondation Frantz Fanon s’est inscrite. Pour valoriser cette pensée et relever ces défis, la Fondation entend rester fidèle aux valeurs et aux formes d’engagement qui ont marqué la vie de Frantz Fanon, à sa liberté de propos et à sa rébellion contre le colonialisme sous toutes ses formes. Elle ne sera la gardienne d’aucun héritage pas plus qu’elle ne souhaite capter le legs de Fanon. Pour la Fondation, dont le bureau est très ouvert sur le monde, l’oeuvre et l’action de Fanon vont bien au-delà du combat antiraciste, de la balkanisation raciale des luttes contre la xénophobie en France et d’une récupération politicienne ou d’une iconification stérilisante. Elle est tout à la fois un lieu d’archives et de recueil de données, un lieu de rencontre, un lieu de partage et de construction de solidarité, un lieu de formation et d’information et un lieu de résistance et de proposition.

Ces objectifs pourront trouver leur expression dans des programmes axés sur l’actualité de la pensée de Fanon, ainsi que de l’éducation à la Citoyenneté et à l’anticolonialisme, sur des études postcoloniales questionnant les identités et les catégories dominantes de la pensée, de l’histoire et des mémoires de la colonisation et de la valorisation des mémoires anticoloniales, mais aussi de thématiques telles que linguistique et colonialisme, muséologie et restitution d’œuvres, cultures du colonialisme, aliénation, émancipation, autodétermination des peuples et libération…

La Fondation a tout son sens parce qu’il y a toujours nécessité de la création, de la libération, du refus d’un déterminisme historique qui se trace, à chaque fois, devant le colonisé d’hier et «le globalisé» d’aujourd’hui, obligé de se soumettre aux exigences du marché, au déterminisme imposé par les lois du marché et par les dominants.

Cette alternative se présentait hier entre le système capitaliste et le système socialiste, Fanon appelant à l’inauguration d’une autre voie. Et aujourd’hui, ce même choix alternatif se présente entre un universalisme récupéré par les puissants dans le contexte du système capitaliste et les luttes pour la construction d’une société internationale fondée sur la solidarité, la coopération et l’amitié entre les peuples. C’est cette face politique de Fanon qui, aujourd’hui, se révèle d’une actualité incontestable.

Une des exigences de la fondation est de tenir la particularité de la pensée de Fanon - à travers les différents terrains qu’il a lui-même investis - qui est d’avoir relié entre eux des lieux qui paraissent éloignés l’un de l’autre géographiquement (la France, les Caraïbes, le Maghreb, l’Afrique sub-saharienne) ou institutionnellement (l’hôpital psychiatrique et la scène politique). Ce travail transversal en réseaux doit servir à relier des lieux et à confronter sa pensée aux expériences, aux problèmes et aux problématiques du présent et en montrer l’actualité, car l’une des dimensions de la pensée de Fanon est sa mondialité.

La Fondation Frantz Fanon, structure ouverte en réseau, prend son sens dans cette série de questionnements mais aussi à partir de la question que posent les évènements et la lecture du monde: qu’arrive-t-il, aujourd’hui, à l’œuvre de Fanon, qu’en est-il de sa présence et de ce qu’il pensait de la construction d’une «nouvelle humanité», d’un universel pluriel et réconcilié?


* Mireille Fanon-Mendes-France dirige la Fondation Frantz Fanon. Cette communication a été faite à l’occasion d’un Journée d’études à l’Université Pais III, sur le thème “Lire Fanon aujourd’hui” - Source : http://frantzfanonfoundation-fondationfrantzfanon.com/?p=1215

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Fanon et l’histoire africaine : Est-ce possible d’humaniser une histoire déshumanisante ?

Jacques Depelchin

2011-12-05

http://pambazuka.org/fr/category/features/78489


cc Wikimedia
Cinquante après la mort de Fanon, les motivations de sa pensée et de son militantisme ardent demeurent à travers la nécessité de libérer les humains. Il reste, pour Jacques Depelchin, que si «beaucoup d’entre nous admirent Fanon, la majorité préfère analyser, disséquer ce qu’il a fait plutôt que de poursuivre l’œuvre qu’il a commencé. Trop de ses adeptes ne sont devenus rien d’autre que des gestionnaires».

Alors que je lisais Fanon et que je me demandais ce qui l’avait amené à sortir de sa trajectoire pour qu’il se mette à écrire sur le sort des travailleurs et leur valorisation, j’ai rencontré le livre de Markus Rediker (MR), The Slaveship : a human history (les bateaux négriers : une histoire humaine) (1)

Le titre m’a immédiatement perturbé. Est-il possible de raconter le processus de déshumanisation, comme dans la traite des esclaves transatlantique, qui a eu lieu, entre autres endroits, dans des bateaux négriers, et encore parler d’histoire humaine ? MR, sans le formuler explicitement et peut être inconsciemment, est convaincu que l’histoire de l’esclavage contient des éléments qui peuvent être extraits et qui sont les racines de la "civilisation", la même idée qui a par la suite été sous-jacente au colonialisme, à l’Apartheid et à la globalisation. Cette habitude d’embellir des histoires comme celle de l’esclavage (ou de la colonisation ou de la globalisation de nos jours) peut s’expliquer de plusieurs façons. Par exemple par les abolitionnistes qui, entre autres faits, tendent à démontrer que le capitalisme est "essentiellement" bon, démocratique et humanitaire et toujours prêt à corriger ses excès. (2)

L’action humanitaire promue depuis l’abolition de l’esclavage et renforcée depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, véhicule, maintenant comme alors, l’idéologie d’une mission civilisatrice durant la colonisation. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée par les Nations Unies en 1948 par l’Assemblée Générale des Nations Unies, est manipulée afin de servir les intérêts des puissances coloniales, les Etats-Unis d’Amérique, et d’établir leur supériorité politique, économique et morale. (3)

En se présentant comme les défenseurs de l’humanité, ils se sont créés un masque pour cacher les crimes contre l’humanité. Le militantisme de Fanon pourrait être décrit comme des tentatives répétées pour arracher les masques. Il ne m’est pas possible, dans l’espace qui m’est imparti, de passer en revue les pensées qui m’ont traversé l’esprit en lisant "The Slaveship". Ces pensées, ces questions sont l’écho du militantisme de Fanon. N’est-il pas évident que l’usage des bateaux négriers (et toutes les pratiques et torts qui les ont accompagnés), a préparé la scène pour la mentalité nazie de la Deuxième Guerre Mondiale ? N’est-il pas possible de voir le lien de l’impact mental entre les bateaux négriers, sur tous les voyageurs pendant des siècles, et ce qui se manifestera au cours de l’Holocauste ? Le simple fait que la Shoah ait eu lieu au 20ème siècle pourrait être expliqué par le fait qu’un processus d’approbation des crimes contre l’humanité ait été initié longtemps auparavant, sans que personne n’objecte, en toute impunité. Nous l’avons dit ailleurs, les génocides sont spécifiques et génériques. (4)

La question n’est pas de comparer des génocides non certifiés de ceux qui ne le sont toujours pas. Le problème c’est comment le nègre est devenu " propriété privée" (Le Code des Noirs), ce qui a fini par devenir l’attitude inconsciente de toujours penser "propriété privée" lorsqu’il est fait mention de l’Afrique ; et ce jusqu’au 21ème siècle. (5)

Les avocats irréductibles du maintien de cette habitude sont les bénéficiaires de ce système né de l’esclavage et perpétué de nos jours sous d’autres noms. Le plus durable parmi ces processus mentaux est le déni qu’il y a eu crime contre l’humanité. Un crime qui, jusque là, n’a pas été reconnu. Sans vouloir offenser les historiens qui préfèrent compartimenter, l’histoire humaine ne peut être découpée en tranches. L’objectif non explicite de cette division est de prétendre que l’histoire européenne n’est pas entachée par des crimes contre l’humanité. Récemment, Pierre Nova affirmait que l’histoire européenne est pure. (6)

Cette logique découle directement de l’idéologie civilisatrice, base de la colonisation et pétrie de bonnes intentions. L’implication du colonialisme était de civiliser les colonisés qui, un jour, voudraient faire partie du monde idéal des colonisateurs. Le succès de cette idéologie peut se vérifier non seulement en Afrique, mais aussi au Brésil où, pour beaucoup de Noirs, il est bon d’être aussi près que possible des Blancs et des caractéristiques qui les définissent. Si on transfère cette analogie de blanchissement de la peau à celle du blanchissement de l’histoire, une chose est nécessaire. Dans le cas de Haïti, par exemple, il est préférable de se prononcer en faveur de Napoléon (qui a restauré l’esclavage) plutôt que d’être du côté de Toussaint L’Ouverture. L’universalité des révolutions, la fin de l’esclavage en Haïti (1791-1804), pèse peu dans les souvenirs des Africains concernant la France de 1789. (7)

En général la pratique des historiens qui traitent du crime de l’esclavage reste inchangée. On peut résumer ainsi et imaginer un nouveau subconscient : " Nous avons tous profité du capitalisme. Les abolitionnistes ont montré que le système pouvait se rectifier lui-même. Notre travail (celui des historiens) est de démontrer que le système n’est pas criminel". (8)

Par la pratique (politique, médicale, sociale et culturelle) Fanon a cherché à transformer la relation héritée de l’esclavage et de la colonisation, en s’orientant vers un libérateur de l’environnement humain. Pour Fanon, il était nécessaire de libérer l’Homme. Même s’il parlait en sa qualité de psychiatre, ses idées et pratiques ont été formées par la conscience dont les racines sont toujours difficiles à comprendre, dans l’hypothèse que l’impulsion émancipatrice émanant de la vie d’une personne peut être généralisée à tous les humains de façon diverse et d’intensité variable.

Tout en acceptant que Fanon, sa pensée, sa vision, ses motivations demeurent d’un militantisme élusif parce que toujours en mouvement, il n’en reste pas moins que 50 ans après sa mort nous retrouvons une situation similaire : la nécessité de libérer les humains. Cette nécessité est bien ressentie différemment par les geôliers et tous ceux responsables de la détention d’autres humains. Du point de la libération des humains, on peut dire que l’indépendance (et la fin de l’Apartheid) est survenue comme un coup de tonnerre. Beaucoup d’entre nous admirent Fanon, mais la majorité préfère analyser, disséquer ce qu’il a fait plutôt que de poursuivre l’œuvre qu’il a commencé. Trop de ses adeptes ne sont devenus rien d’autre que des gestionnaires.

De la Martinique à l’Afrique, sa carrière rappelle un livre qui relate le retour de Césaire, une auto-analyse individuelle et collective formulée comme un poème. La singularité de la trajectoire de Fanon, l’adulte (juste après la Deuxième Guerre Mondiale en 1961), consiste à toujours stimuler et encourager les consciences. (9)

Comme Césaire, Fanon se sentait à l’étroit à la Martinique. Il a quitté Paris pour Lyon, afin de mettre de la distance d’avec d’autres ressortissants des Caraïbes concentrés à Paris. Pour sa thèse en psychiatrie, il a pensé à "Peau Noir Masque Blanc" (PNMB) mais a eu à se soumettre aux exigences de la Faculté (à l’instar de Cheik Anta Diop lorsque la Faculté a rejeté ses travaux qui, par la suite, sont devenus la référence culturelle de l’Afrique). (10)

Nommé à la clinique de Blida-Joinville, en Algérie, Fanon se sent à l’étroit et estime que ses patients méritent un traitement meilleur que celui imposé par les bien-pensants de la Faculté. Lorsqu’il rejoint les rangs du FLN, il est de nouveau poussé par sa conscience vers les pauvres, plutôt que vers la "garde prétorienne", rejoint par un compagnon, Abane Ramdane, qui a été assassiné en raison de son insistance à vouloir favoriser la politique au détriment du militaire (voir note 6 ci-dessous). La conscience de Fanon se manifestait en-dehors de lui-même, alimentée par la conscience d’autres autour de lui, en quête d’émancipation, indépendamment du lieu où il se trouvait. Quelques mois avant son trépas, il dit à un ami qu’il a deux morts sur la conscience : celle d’Abane Ramdane et celle de Patrice Lumumba.

Lumumba et la conscience politique congolaise.

Quelques semaines avant l’élection présidentielle dans la République démocratique du Congo, des militants comme Fanon et Lumumba ont-ils toujours cette conscience de la quête de la libération ? A quel degré et avec quelle intensité ? Conscient de ses propres limites, il prédisait la continuation du soutien aux défis des prochaines générations. Ceci s’est sans aucun doute produit parce que l’émancipation de l’humanité, en contraste avec l’humanitaire, aspirera toujours à la liberté. L’humanitaire, un produit dérivé de l’abolitionnisme, sert à reproduire une fausse moralité militante alimentée par la charité. Cet humanitaire (la gestion de l’ordre établi) provient des ONG afin de combattre la pauvreté, un produit dérivé de l’expansion incontrôlée et incontrôlable du capitalisme, anciennement la civilisation coloniale. L’abolition de l’esclavage et des pratiques apparentées nous apparaît aujourd’hui comme le processus de blanchissement de l’histoire africaine, l’évacuation d’un crime contre l’humanité. (11)

Oui l’héritage de Fanon est vivant et parfois très vibrant. En même temps, il ne serait pas juste de ne pas reconnaître que cet héritage est bien en-dessous des exigences justifiées des "Damnés de la Terre". En terme de production et de reproduction de l’histoire africaine, Fanon a été reconnu (1957-1960). L’histoire africaine a débuté. Si Fanon avait été un historien, il aurait pu prédire que les écrivains "africanistes" suivraient les traces des maîtres à penser européens, que la seule histoire africaine qui ne peut être dite est celle de derrière les masques. Le masque s’assurerait, d’une part, que ce soit une discipline reconnue et d’autre part ferait en sorte que l’histoire ne sorte pas de sa boîte ou, plus précisément, l’histoire africaine soit pensée et écrite de par delà les mers, avec des limitations imposées par la colonisation. L’Afrique et son histoire ne pouvaient pas exister en Europe, donc pas au-delà des cinq siècles d’esclavage préalables à la colonisation. En terme d’histoire, quelle que soit la narration, les colonisateurs ont tenté de dicter l’approche de l’histoire.

Face à ces contraintes de l’époque de " Peau Noir et Masques Blancs " et des "Damnés de la terre", il y a eu l’unique et retentissant refus de Cheikh Anta Diop de se soumettre à la mascarade proposée. Il serait futile, au moment où l’on a le sentiment que la mascarade a triomphé, de se demander lequel des deux héritages est prépondérant, celui de Fanon ou celui de Diop. Parce que tous deux étaient des pionniers de l’émancipation de la conscience de l’humanité et non seulement de celle des Africains. A une époque formatée par les Lumières mais où l’humanité est en train de sombrer dans les ténèbres, il est important de se souvenir des libérateurs universels comme Cheikh Anta Diop et Fanon dont l’influence s’étend bien au-delà de la limite des colonisateurs universels que sont les Lumières.

Ceci pour mettre en garde contre la collision de l’histoire racontée depuis "en-bas", comme proposé par MR et celle racontée de "l’intérieur" par Fanon.

Par exemple, un historien comme David E. Stannard qui a écrit sur le génocide des Premiers Américains (The American Holocaust, Oxford University Press. 1992), montre qu’il est possible d’illustrer l’histoire de l’humanité en refusant d’humaniser une histoire qui doit être désignée sous le terme de génocide. Le refus des historiens (et des sociologues) d’accepter la nature génocidaire de l’histoire de l’esclavage (Atlantique et oriental) en Afrique ne peut que renforcer le refus de déconstruire la mentalité induite par le Code des Noirs et d’autres codes qui ne sont pas nommés mais opèrent selon les mêmes prémisses, les mêmes préjugés qui toujours déshumanisent les Africains. Fanon n’était pas un gestionnaire de l’ordre établi. La pratique de l’enseignement et de la recherche de l’histoire africaine sont dominés par un désir de gérer une narration qui maintient l’obligation, consciemment ou inconsciemment, d’humaniser le capitalisme et son histoire.

La quête continue d’une humanisation d’un système construit sur la déshumanisation d’une partie de l’humanité n’est pas le seul fait des historiens et d’experts dans d’autres disciplines sociales. Elle participe aussi à l’accommodement inconscient qui dicte un comportement de soumission, en lieu et place de la révolte de la conscience défendue mais oubliée dans le premier article de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

A notre époque, ne devrions-nous pas voir l’impunité dont bénéficie les rois, les princes et autres dictateurs de la finance, l’un des héritages les plus visibles de l’accommodement à l’humanisation d’un système réputé pour son inhumanité dans son traitement des Premiers Américains, des Africains et de tous ceux qui sont aujourd’hui considérés comme quantité négligeable : les chômeurs, les violés, les intouchables, les Pygmées, les enfants des rues, les enfants soldats, les pauvres sans terre ? La colonisation de l’Algérie, combattue par Fanon, est née d’un système déshumanisant. Non seulement de par son impact direct mais aussi par ses retombées, en encourageant l’acceptation de crimes contre l’humanité lorsque ces crimes ont été commis par les puissances qui ont le plus profité de l’esclavage et de la colonisation en Afrique et ailleurs.

Afin d’humaniser l’esclavage, MR a recours à une description détaillée de la possible résistance et aux insurrections sur les bateaux négriers. Comme tous les historiens des conquêtes, l’auteur tente de trouver des aspects positifs à l’esclavage, comme d’apprendre une nouvelle langue (l’anglais), une nouvelle solidarité, un nouveau langage de résistance comme si, avant les bateaux négrier, les Africains n’avaient pas démontré leur qualité d’humains assoiffés de liberté. Les lecteurs qui lisent MR peuvent se demander si les Africains et leurs compagnons ont acquis leur conscience de leur humanité au contact des Européens. Loin de moi de vouloir comparer les Bush, père et fils, lorsqu’ils se présentent comme les inventeurs de la liberté. Toutefois, il est possible que les Africains ont appris la liberté sur les bateaux négriers : le concept n’existait pas avec l’arrivée de l’homme blanc. Néanmoins nous retrouvons là un thème favori des apologistes du colonialisme qui préfèrent ne voir que le positif et prétendent que la violence a été l’exception. (12)

MR ne fait aucune mention des bateaux négriers français. Serait-ce parce que son projet d’humaniser une histoire inhumaine n’a été possible qu’en se concentrant sur les archives des militants de l’abolition en Angleterre ? Comme l’ont démontré Primo Lévi et d’autres survivants des camps de concentration, là où il y a des humains on racontera des histoires mais de là à raconter l’histoire de la vie de tous les jours dans les camps, sa gestion quotidienne, il y a un pas qu’il n’y a pas lieu de franchir à moins d’être un négationniste.

MR est surpris que les historiens aient préféré aborder l’histoire de l’esclavage par le biais des statistiques. Mais à son insu, il suit le chemin en refusant d’abandonner le schéma qui consiste à réduire des humains à des pièces de mobilier. L’auteur tente d’y remédier, mais n’a pas vraiment réussi à identifier le biais qui amène des historiens invités à préparer la mentalité européenne à la discrimination contre les Premiers Américains ou les Africains. Curieusement, MR n’essaie pas de questionner le manque d’intérêts des historiens à l’égard des bateaux négriers et en particulier de ce qui passait à l’intérieur de ces navires. Ceci n’est pas un effet de la fiction. Un écrivain ghanéen, Ayi Kwei Armah, l’a écrit dans son livre Two thousand Seasons. D’autres l’ont fait. Est-ce si difficile pour des historiens de chercher à analyser l’impact des effroyables tortures physiques et mentales sur les passagers qui savaient être, et n’ont pas arrêté de répéter, qu’ils étaient humains ? Tôt ou tard, les gens, préparé par Fanon, entreront dans la cale du bateau et diront comment, subitement, il y a eu un bras enlaçant une taille et les conséquences qui en ont rejailli au travers des siècles. Cette analyse requiert donc, à l’instar de Fanon, de considérer son impact et ses conséquences. Une confrontation sans compromis enracinée dans la croyance que les humains doivent être libres.

Il s’en suit, que nous devons une fois et pour toute, nous débarrasser de cette notion que l’Afrique ne savait rien de la liberté avant le contact avec les Européens ou qu’elle ne connaissait pas les différents modes de résistance à l’oppression et à l’exploitation de toute nature.

L’espoir c’est qu’au travers de cette lecture les historiens finissent par reconnaître que la conquête des Amériques, la traite des esclaves transatlantiques sont des crimes imprescriptibles contre l’humanité. Les gens qui ont une conscience seront confrontés à la question de savoir s’ils acceptent d’être autre que ce que leur dicte leur conscience. Le devoir de mémoire des gens de conscience doit permettre de répondre positivement à Pierre Nora, et à d’autres qui doutent que la colonisation est un crime dont l’envergure leur échappe. L’énormité du crime nous échappera aussi longtemps que nous refuserons d’entendre les Africains terrifiés murmurer pour eux-mêmes et probablement pour la plupart des visiteurs "comment pouvez-vous faire cela (ce crime contre l’humanité) et être humain ?"

NOTES
1. Dans l’édition que j’ai lue (Penguin Books, 2008), les accolades ont été nombreuses de personnes bien connues : Robin Blackburn, Alice Walker, etc. L’un de ceux qui font l’éloge comparent Marcus Rediker à Herman Melville.

2. L’abolition de l’esclavage a été un grand pas dans la libération de l’humanité mais avait aussi un objectif politique qui était de prévenir la libération des esclaves par des esclaves. L’abolitionnisme comme l’humanitaire vise à imposer une défense de l’humanité telle que comprise dans des pays où ont été commis, et ou l’on continue de commettre, des crimes contre l’humanité.

3. Excepté que cet article est ignoré puisque apparemment il ne stimule pas la révolte

4. Jacques Depelchin : Silences in African History: Between the syndrome of discovery and abolition. Dar Es Salaam: Mkuki na Nyota 2005
5. Sur la question de l’intégration mentale de l’esclavage vu du côté des bénéficiaires, le meilleur livre est celui de Louis Sala- Molins. "Le Code des Noirs ou la plainte de Canaan" (PUF Paris. Quatrième éditions "Quadriga" 2007)

6. Ceci est la façon dont je comprends le dernier article de Pierre Nora : "La question coloniale, une histoire politisée", publiée dans « Le Monde » du 15 octobre 2011 http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/15/la-question-coloniale-une..

7. Pour prendre conscience des déséquilibres, lisez seulement l’article de Serge Halimi "In Praise of revolutions" dans le « Monde Diplomatique » (Edition française et brésilienne. Mai 2009) Il n’y a pas un mot sur ce qui s’est passé en Haïti entre 1791 et 1804. Comme si l’abolition de l’esclavage, en tant que révolution, n’intéressait que les détenteurs d’esclaves.

8. Comme Fanon le rappelle lui-même dans son essai "Medecine and colonialisme", tout n’était pas négatif, mais le contexte imposé exigeait d’une part une soumission inconditionnelle et d’autre part une autorité non disputée. (Voir Frantz Fanon : A dying colonialism. New York : Grove Press 1967 p. 121-145)

9. Alice Cherki dans Frantz Fanon. Des portraits fournissent une description puissante de cette singularité et comment Fanon, médecin gestionnaire de la pensée politique a surmonté les obstacles.

10. Pour satisfaire aux exigences de la Faculté, Fanon écrit sa thèse à Lyon en 1961 sur le sujet " Syndrome mental et psychiatrique de la dégénérescence cérébrospinal héréditaire : le cas d’un patient qui souffre de délire de possession par Friedrich". Pour sa part Cheikh Anta Diop propose une thèse de doctorat à la Sorbonne en 1951, sous la supervision de Gaston Bachelard mais se retrouvera dans l’impossibilité d’assembler un jury. Ses travaux seront publiés en 1954 sous le titre de "Nations nègres et culture : Les problèmes de la culture nègre de l’Egypte ancienne à l’Afrique noir d’aujourd’hui". Le 9 janvier 1960, Anta Diop défend finalement sa thèse principale "Etude comparative des systèmes politiques et sociaux européens et africains : de l’antiquité à la formation de l’Etat moderne". Selon Marcel Griaule, qui a été le promoteur de la première thèse, celle-ci complète les domaines du patriarcat et du matriarcat. (Voir M’Backe Cheikh Diop : Cheikh Anta Diop : l’homme et ses travaux. Paris : Présence africaine. Deuxième édition. 2003, pp.32-6)

11. Belaïd Abane, "Frantz Fanon et Abane Ramdane : brèves rencontres pendant la révolution algérienne", p. 42 dans l’excellent ouvrage collectif , assemblé par Nigel. C. Gibson : "Fanon Living, Global Perpsective". (Palgrave mcMillan, New York City. ISBN 978-0-230-11497-5 (pbk) 2011)

12. Sur ce sujet, les rugissements des historiens belges lors de la parution du livre d’Adam Hochschild "The ghost of Leopold II" méritent d’être mentionnés. On peut y lire, dans ce livre d’histoire destiné aux lycéens du Congo (alors le Congo belge) : "Le roi Léopold II a sacrifié sa fortune pour donner une colonie à la Belgique". A cela on peut ajouter un titre évocateur du livre de Jean Stengers "Combien le Congo a-t-il coûté à la Belgique ?" (Académie royale des sciences coloniales, Bruxelles, 1957,II,1)


* Jacques Depelchin - ce texte a été traduit par Elisabeth Neffennegger.

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Fanon, 50 ans après : Edition spéciale de Pambazuka News

2011-12-06

http://pambazuka.org/fr/category/features/78519

Un numéro spécial est consacré à Frantz Fanon par l'édition anglaise de Pambazuka News. Une vingtaine d'articles reviennent sur l'actualité et la pertinence de sa pensée, 50 ans après sa mort. Mais aussi sur ses interpellations toujours actuelles pour relever les défis de la liberté, de la dignité et de l'émancipation des opprimés.

La pertinence toujours actuelle de Fanon

Qu’aurait fait Fanon de «la myriade de problèmes socio-économiques et politiques auxquels font face aujourd’hui les Africains et les populations d'ascendance africaine ?». Cette question, Ama Biney se la pose et l’analyse au moment où on célèbre le 50e anniversaire de sa mort.
http://pambazuka.org/en/category/features/78495


Se rappeler Fanon : une nouvelle humanité à construire

Frantz Fanon nous assez respectés pour nous comprendre et nous laisser entendre qu’il appartient à chaque génération d'avoir à trouver sa mission pour l'accomplir ou la trahir, et que la responsabilité de ce futur n'est autre que la nôtre, rappelle Lewis Gordon.
http://pambazuka.org/en/category/features/78501


L'universalisme dans l'action

Après 50 ans, Fanon reste un exemple extraordinaire d'une volonté intellectuelle de s'engager dans une politique active menée avec et non pour les damnés de cette terre, écrit Richard Pithouse.
http://www.pambazuka.org/en/category/features/78513


Le fantôme de Frantz Fanon

L’héritage de Frantz Fanon nous accompagne comme un défi pour dire qu'un autre monde est possible, écrit par David Austin.
http://pambazuka.org/en/category/features/78425


Vivre Fanon : La rationalité de la révolte

Dans le contexte des révolutions en Afrique du Nord, Nigel C. Gibson analyse les interprétations faites ppar Frantz Fanon de la politique postcoloniale.
http://pambazuka.org/en/category/features/78506


Fanon et «Les Damnés de la terre» : Une force politico-pédagogique

Durant les cinquante dernières années qui ont suivi la mort de Fanon et depuis la première publication des « Damnés de la Terre », tout reste actuel dans le défi de ne pas abandonner, de ne pas devenir complaisants et de prendre les armes, quoique le défi reste symbolique, social, politique, épistémique et plus que tout, pédagogique.
http://pambazuka.org/en/category/features/78517


Frantz Fanon: Prophète de la libération de l'Afrique

Frantz Fanon a joué un rôle clé dans la "légitimation de la lutte violente» au niveau des «mouvements africains de libération », souligne Cameron Duodu, dans une lecture de la relation qu’à entretenu Fanon avec le panafricanisme, en particulier au Ghana.
http://pambazuka.org/en/category/features/78486


Frantz Fanon, la mondialisation et la révolution africaine

La nécessité de revoir le travail de Fanon a «jamais été aussi grande», affirme Helmi Sharawi dans une analyse de sa pertinence pour «le processus de la mondialisation» dans l'Afrique contemporaine.
http://pambazuka.org/en/category/features/78503


Fanon et «le concept de la négritude »
« Fact of Blackness», l'essai de 1952 de Frantz Fanon reste encore pertinent aujourd'hui, constate Chambi Chachage. «Il est pertinent simplement parce que le problème de ligne de couleur de Du Bois n'a pas encore disparu."
http://pambazuka.org/en/category/features/78424


Frantz Fanon: Mon espoir et héros

Plus qu’une brillante analyse du colonialisme et du processus de décolonisation, «Les Damnés de la terre» de Fanon reste «le cœur et l'âme d'un mouvement » écrit par « celui qui y a pleinement participé», écrit Orlando Patterson.
http://pambazuka.org/en/category/features/78502


Le fanonisme carraïbéen revisité

La plus grande valeur de la thèse fanoniste, écrit Norman Girvan, pourrait résider dans son analyse de la «psychologie de la libération" au niveau personnel. Mais la thèse ne peut être utilisée comme base pour une théorie des conditions préalables de la reconstruction post-coloniale réussie.
http://pambazuka.org/en/category/features/78516


Fanon, colonialité et émancipation

Cinquante après sa mort, Fanon reste «le point d'entrée dans tout projet visant à la réalisation de l'émancipation fondamentale, par opposition aux projets dirigés depuis le sommet», écrit N. Eunice Sahle.
http://pambazuka.org/en/category/features/78494


Penser l'Afrique: Le blog Frantz Fanon
Département d'études politiques et internationales

Le Département des études politiques et internationales de l'Université de Rhodes a lancé son projet phare, « Penser l'Afrique en 2010 », avec l'objectif de créer un programme post-universitaire de renommée internationale sur les études africaines. Le projet a été lancé officiellement en juillet de cette année avec une gamme d’événements, y compris un colloque, une école d'hiver et d'un atelier d'écriture. Le thème du Colloque et de l’Ecole d'hiver de cette année a été Fanon: 50 ans plus tard, en hommage pour le 50e anniversaire de la mort de Frantz Fanon. Visitez leur blog qui comporte une collection d'essais sur le travail et l'héritage de Frantz Fanon.
http://pambazuka.org/en/category/features/78518





Commentaires & analyses

Comprendre l’inculpation du président Laurent Gbagbo par la CPI

Jean-Paul Pougala

2011-12-05

http://pambazuka.org/fr/category/comment/78497


cc UN Photo
Comment comprendre l'inculpation du Président Laurent Gbagbo de Côte d'Ivoire par la Cour Pénale internationale ? Je vous mets ce petit passage extrait du nouveau livre en préparation qui reprend tous les articles et Editoriaux que je publie régulièrement et qui sera dans vos librairies en Français et en Anglais dès le début d'année.

"Dans l'empire Romain, le mot "Dictateur" désignait un Magistrat souverain qu'on nommait dans des circonstances critiques pour rétablir la paix. Aujourd'hui, ce mot désigne un chef qui exerce un pouvoir absolu et de façon arbitraire. Dans les deux cas, que ce soit dans la période de l'empire romain que de nos jours, il y a une condition commune, c'est que le "dictateur" a un pouvoir souverain et ensuite qu'il a la liberté de l'exercer. Le vrai dictateur a un cahier de charges, il a une vision qu'on peut partager ou non, mais il a un idéal de société et c'est pour atteindre cet idéal qu'il est certainement obligé de passer par des raccourcis détestables. On l’a vu en Russie avec Staline, en Chine avec Mao.

Ceux qu'on désigne pour "dictateur" en Afrique ne correspondent jamais à ce cas de figure, puisqu'il ne bénéficie de cette dénomination que le jour où il décide finalement de cesser de s'occuper des lobbys occidentaux pour s'occuper de son peuple; que lorsqu'il décide de remettre en question le statu quo des contrats injustes d'exploitation des ressources minières de son pays.

En Afrique, les présidents décrits comme démocrates et aimés par l'Occident sont ceux qui baissent leur culotte à cet Occident, comme l'a dit l'ancien président Lula aux chefs d'Etat Africains lors du sommet de l'Union Africaine a Malabo, en Guinée équatoriale, en juillet 2011. Tant qu'un président africain baisse son pantalon et laisse l'Occident faire tout ce qu'il veut, il peut faire 100 ans de pouvoir, jusqu'à ce que l'Alzheimer l'immobilise et ensuite il cède sa place à son fils, l'Occident continuera à applaudir à dix doigts.

A sa mort, il aura des chefs d'état occidentaux à ses funérailles, pour avoir bien servi les intérêts autres que ceux de son pays. Celui-là, qu'il soit issu d'un coup d'état bien préparé et financé par Paris ou Londres, peu importe, il est un "démocrate", sa pléthore de conseillers occidentaux qui l'entourent sont là pour l'acclamer dans le monde entier, pourvue qu'il tienne la culotte toujours baissée. Et si par malchance il quitte le pouvoir avant, il peut toujours se réfugier en Occident, dans sa "Normandie Natale" ou présider une organisation bidon. dans tous les cas, il sera toujours très bien remercié pour services rendus.

A l'inverse, dès lors qu'il remet en cause les accords qui lient son pays à un certain nombre de sujets avec l'Occident, c'est son arrêt de mort. Le système a préparé pour lui toute une armada d'options qui ne lui laisse aucune porte de sortie honorable : d'abord des Africains pour le combattre et lorsque cela ne suffira pas, il y a la Cour Pénale Internationale et le Tribunal Pénal International pour finir le travail, quand ce ne sont pas les bombes de l'OTAN pour le tuer (...) "

La suite dans le "Manuel de Géostratégie pour l'Afrique" sortie Février 2012 - Edité par l'Institut d'Etudes Géostratégiques" Genève (Suisse).


* Jean-Paul Pougala est écrivain camerounais et analyste géostratégique

* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News





Résumé de l'Édition Anglaise

Durban : Les antagonismes autour de la conférence sur le climat

2011-12-05

http://pambazuka.org/fr/category/summaryen/78500

L'édition anglaise de Pambazuka News cette semaine continue de se focaliser sur le sommet de Durban sur le climat, pour souligner les divergences qui sous tendent les négociations. Notamment entre les pays développés et le reste du monde.

Ségrégation sur climat
La conférence sur le climat à Durban a amené quelques observateurs à conclure que des pays développés sont engagés sous une forme de ségrégation contre le reste du monde. Mais Nnimmo Bassey espèrent que les négociateurs teindront compte des voix des populations.
http://pambazuka.org/en/category/features/78372


Ce qui est en jeu à Durban
Pour les organisations de la société civile, la conférence de Durban traine un désaccord entre ceux qui croient que le monde a besoin d'une science – et de règles – pour un système climatique multilatéral et ceux qui cherchent à démanteler l’existant.
http://pambazuka.org/en/category/features/78373


Les médias au Kenya chez les militaires

La couverture médiatique nationale de l'invasion du Kenya en Somalie vient d'une source seule - les militaires, souligne Henry Makori. Pas de quoi s’étonner qu’il paraisse que l’opposition à la guerre soit si inexistante.
http://pambazuka.org/en/category/features/78374


Retour sur l'histoire : Présager le génocide des Igbos

Herbert Ekwe-Ekwe revient sur le massacre atroce du peuple d'Igbo du Nigéria dans les années 60 et se dit convaincu que le gouvernement britannique en était entièrement coupable. Aujourd'hui, la Grande-Bretagne doit accepter ce fait.
http://pambazuka.org/en/category/features/78317





Plaidoyers & campagnes

Campagne de 16 jours sur les violences faites aux femmes

2011-12-05

http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/78498

Le Réseau de Développement et de Communication des femmes africaines (FEMNET) se joint au monde en observant la campagne de 16 Jours d’activisme contre la violence basée sur le genre qui commence le 25 novembre et se termine le 10 décembre 2011. La campagne de 16 Jours de cette année se déroule sous le thème, De la paix au sein du foyer à la paix dans le monde: Défions le militarisme et mettons fin à la violence faite aux femmes.

Le thème n’aurait pas pu intervenir à un meilleur moment qu’en ce moment où le monde connaît diverses menaces à la paix et à la sécurité qui ont un impact sérieux sur les femmes et les enfants. Selon le tableau des faits des Nations Unies de 2008, jusqu’à 70 % des femmes ont connu la violence basée sur le genre dans leur vie. On estime que dans le monde entier, une femme sur cinq connaîtra le viol ou la tentative de viol. Les femmes âgées de 15 à 44 ans sont les plus en risque d’être violées et de tomber victimes de la violence domestique plus qu’elles ne sont victimes du cancer, des accidents de voiture, de guerre, et de paludisme. Le Rapport Régional alternatif des femmes africaines sur Beijing +15 (2009)1 identifie l’acceptation générale de la violence contre la femme dans beaucoup de communautés africaines et le processus juridique coûteux et compliqué comme les facteurs majeurs qui rendent difficile l’élimination du vice.

FEMNET reconnaît l’importance des 16 jours d’attention et d’activisme accrus sur le respect des droits humains de la femme et les progrès de l’égalité hommes-femmes en Afrique, conformément aux engagements mondiaux tels que la Plateforme d’action de Beijing et la Déclaration et les Objectifs du Millénaire. FEMNET, conjointement avec ses organisations membres, les partenaires de développement, les organisations de la société civile, les activistes et les défenseurs des droits humains de la femme, les mouvements et les réseaux qui se préoccupent des niveaux élevés et de la gravité de la violence contre la femme en Afrique, appelle à l’élimination de toutes les formes de violence contre la femme.

FEMNET se joint à la campagne de 16 jours d’activisme pour: accroître la prise de conscience à propos de la violence basée sur le genre en tant que question de droits humains; renforcer le travail national autour de la violence faite aux femmes; mettre en place un lien clair entre le travail local et international pour mettre fin à la violence contre la femme; fournir un forum dans lequel les organisateurs peuvent élaborer et partager des stratégies nouvelles et efficaces; manifester la solidarité des femmes de par le monde qui s’organisent pour éliminer la violence contre la femme; et créer des outils de pression sur les gouvernements pour qu’ils mettent en œuvre les promesses faites aux femmes pour éliminer la violence faite aux femmes.

Nous appelons tous les leaders africains à veiller à ce qu’ils respectent tous les instruments internationaux et régionaux qui protègent les femmes et qu’ils ont ratifiés. En outre, nous exhortons les leaders à intégrer dans les lois nationales les instruments internationaux et aussi à profiter de la Décennie de la Femme africaine (2010-2020) pour accélérer leurs actions visant la promotion des droits de la femme.

Pour de plus amples informations, veuillez contacter: Roselynn Musa, Directrice Exécutive par intérim de FEMNET
Tél +254 20 2712971/2 Email: [email protected]

Note aux Rédacteurs en chef:
1 FEMNET (2009) Le Rapport régional alternatif des femmes africaines sur Beijing +15 : une analyse régionale sur le Statut des femmes 15 ans après l’adoption de la Déclaration et de la Plateforme d’action de Beijing


La campagne de 16 Jours d’Activisme contre la violence basée sur le genre est une campagne internationale qui a son origine dans le premier Institut pour le Leadership mondial de la femme parrainé par le Centre pour le Leadership mondial de la femme depuis 1991. La campagne commence le 25 novembre –Journée internationale de la violence faite aux femmes et se termine le 10 décembre- Journée Internationale des droits humains, afin de relier de façon symbolique la violence faite aux femmes et les droits humains et de souligner qu’une telle violence est une violation des droits humains. Cette période de 16 jours fait aussi ressortir d’autres dates significatives notamment le 1er décembre qui est la Journée Mondiale du sida et le 6 décembre qui marque l’Anniversaire du massacre de Montréal. La campagne de 16 Jours de cette année se déroule sous le thème, De la paix au sein du foyer à la paix dans le monde: Défions le militarisme et mettons fin à la violence faite aux femmes





Arts & livres

Global : Un festival traduit l'influence africaine sur l’occident

2011-12-05

http://tinyurl.com/br6mu4c

Réputé pour être, en France, celui qui accueille le plus d'étudiants africains, le campus de Bordeaux 3 s'est doté d'un festival culturel pluridisciplinaire résolu à démontrer par l'exemple la vitalité de la culture africaine d'aujourd'hui et la façon dont elle nourrit toujours intensément, et depuis longtemps, la culture occidentale... Et réciproquement, bien sûr. En ouverture le festival propose la projection de deux documentaires. L'un, de Fred Kristansson, décrivant le combat politique et social de Godeliève Mukasarasi pour l'égalité des sexes au Rwanda ; l'autre, du Camerounais Jean-Marie Teno, une vision amère, de l'intérieur, sur les frustrations générées par les injustices fondamentales de la vie en « démocrature »…


Afrique : La Charte africaine décortiquée

2011-12-05

http://tinyurl.com/d97wz8p

Des universitaires africains et européens ont écrit un ouvrage dédicacé à Yaoundé. La titraille à elle toute seule, est tout un programme: «La Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et le Protocole y relatif portant création de la Cour africaine des Droits de l’Homme. Commentaire article par article». L’entrée en vigueur en 1986 de ces deux instruments juridiques procédait d’une volonté des politiques africains de doter les peuples africains d’un corpus normatif commun, contextualité et pratique qui garantisse la protection de leurs droits.


Afrique : Tamaro Touré narre l’histoire du continent à travers des parures

2011-12-05

http://tinyurl.com/bm4j7sl

Le livre ‘Les Bracelets d’Afrique’ de Tamaro Touré, publié par L’Harmattan Sénégal, dévoile différentes parures désignant des ethnies du continent. L’œuvre montre 273 clichés, en couleur, papier glacé, du photographe Fodé Koné illustrés par les textes de Touré à travers 16 fiches. Il renseigne sur la richesse du patrimoine culturel africain d’Ouest en Est, du Nord au Sud en passant par le Centre. Sur les 114 bijoux, 84 viennent d’Afrique de l’Ouest, 11 du Centre, 8 de l’Est et 11 du Sahara. L’auteur fait une représentation des groupes ethniques à travers chaque parure. Au fil des pages, on découvre les différentes fonctions des bracelets.





Droits humains

Global : Gbagbo accuse la France devant la CPI

2011-12-05

http://bit.ly/s8J3J9

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, soupçonné de crimes contre l'humanité, a accusé l'armée française d'avoir orchestré son arrestation lors de sa première comparution lundi devant la Cour pénale internationale, le 5 décembre. Laurent Gbagbo est soupçonné d'être "coauteur indirect" de crimes contre l'humanité lors des violences post-électorales de 2010-2011, à savoir meurtre, viol, actes inhumains et persécution commis par ses forces entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011. L'audience de confirmation des charges aura lieu le 18 juin 2012, a anné la présidente. A l'issue de celle-ci, les juges devront déterminer si les preuves rassemblées par l'accusation sont suffisamment solides pour la tenue d'un procès.


Côte d’Ivoire : Inculpé, Laurent Gbagbo comparaîtra devant la CPI

2011-12-05

http://tinyurl.com/cwejhe4

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo comparaîtra le 5 décembre pour la première fois devant les juges de la Cour pénale internationale (CPI), a annoncé l'institution. Il a été incarcéré au centre de détention de la Cour, à La Haye. Le parti de l'ancien président a annoncé le 30 novembre qu'il suspendait sa participation à "tout processus de réconciliation" en Côte d'Ivoire après le transfèrement de son chef, dénonçant un "véritable hold-up politico-juridique". Le scrutin de 2010 avait entraîné des violences dans tout le pays entre les forces loyales au président sortant, Laurent Gbagbo, et les partisans d'Alassane Ouattara, dont la victoire avait été reconnue par la communauté internationale. Selon l'ONU, ces violences auraient fait plus de trois mille morts.


Côte d’Ivoire : La CPI, instrument de la justice des vainqueurs

2011-12-05

http://tinyurl.com/cjz8zod

C’est par une procédure confidentielle que celui qui a dirigé pendant plus de dix ans la Côte d’Ivoire, le Président Laurent Gbagbo, est déféré à La Haye devant la Cour pénale internationale (CPI). Par la nature arbitraire de son acte qui enfreint la légalité et ressort de la justice des vainqueurs, la CPI confirme qu’elle ne dit pas le droit. En prétendant juger le président Gbagbo, elle n’est qu’un instrument politique au service des puissances occidentales qui continuent de dominer l’essentiel du continent africain et ses richesses naturelles.


Global : La Gambienne Fatou Bensouda future procureure

2011-12-05

http://tinyurl.com/dxayblo

Les pays ayant ratifié le Statut de Rome, traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI), se sont mis d'accord pour élire la Gambienne Fatou Bensouda comme procureure de la CPI. Elle succédera à l'Argentin Luis Moreno-Ocampo. Mme Bensouda, une ancienne ministre de la Justice dans sa Gambie natale, était considérée comme la favorite par de nombreux diplomates. Elle aura du pain sur la planche. La CPI cherche actuellement à mettre la main sur le président soudanais Omar al-Bachir pour génocide au Darfour. Des responsables kenyans de premier plan et des chefs de milices en République démocratique du Congo sont aussi sur la liste de la CPI.


Global : Le Kenya décidée à arrêter El Bachir pour la CPI

2011-12-05

http://tinyurl.com/7p5sjee

Le ministère soudanais des Affaires étrangères a demandé, le 1er décembre, à l'ambassadeur du Kenya à Khartoum de quitter le pays dans les 72 heures, en réaction à la décision par la Haute cour kenyane d'ordonner au gouvernement kenyan d'arrêter El-Béchir s'il pose ses pieds sur le sol kenyan. Pour le juge Nicholas Ombija de la Haute Cour du Kenya a prononcé la décision de la Cour qui prévoit l'arrestation immédiate de M. El-Béchir s'il entre sur le territoire Kenyan. Pour le juge Ombija, le Kenya se trouve dans l'obligation d'arrêter El-Béchir car le pays a ratifié le traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI), qui stipule que tout pays signataire doit respecter les mandats d'arrêt lancés par la CPI.


Tchad : La police en croisade contre la prostitution

2011-12-05

http://tinyurl.com/buwseq3

Après avoir arrêté des centaines de prostituées dans la capitale tchadienne, la police entend poursuivre l'opération de lutte contre la prostitution. Au Tchad, la prostitution n'est régie par aucun texte de la République. Mais attirées par l'argent du pétrole, des filles africaines ont afflué sur les chantiers de construction du projet pétrolier tchadien qui a employé quelque 6.000 travailleurs d'horizons divers. Avec le démarrage de la production du pétrole en juin 2003, plus de 90 % des travailleurs étrangers sont repartis et les prostituées se sont retrouvées au chômage.





Elections & gouvernance

Afrique : Conférence pour sceller une union sacrée au service du continent

2011-12-05

http://tinyurl.com/bnsk7k3

Amener tous les partis politiques d’Afrique qui ont choisi de faire la rupture avec l’impérialisme à se donner la main pour un véritable développement du continent en fonction de l’aspiration de ses peuples. Tel est l’objectif de la 3ème Conférence du Forum du réseau de la gauche africaine qui s’est tenue du Bamako du 25 au 27 novembre 2011. Les participants ont invité la Gauche à travers l’Afrique et à travers le monde à se donner la main pour le triomphe des idées de Gauche.


Afrique : Dakar et Bamako prônent une renaissance des institutions régionales

2011-12-05

http://tinyurl.com/88e7qb6

En visite au Sénégal, le ministre malien chargé des Institutions Abdoulaye Sall et son homologue sénégalais ont convenu de suggérer à leurs présidents respectifs de parrainer une « Initiative conjointe ATT/Wade pour la Renaissance des Institutions en Afrique de l’Ouest face aux enjeux, aux défis et aux perspectives du IIIe Millénaire». Si au Mali, les missions du ministère sont relatives à la gestion et au suivi des relations avec toutes les institutions de la République, au Sénégal le champ d’action et d’intervention est exclusivement limité au Parlement (Assemblée Nationale et Sénat), au Conseil économique et social et à la Médiature de la République.


Afrique du Sud : La fulgurante ascension de Lindiwe Mazibuko

2011-12-05

http://tinyurl.com/7uftgfw

Élue le 27 octobre à la tête du groupe parlementaire d’opposition sud-africain, Lindiwe Mazibuko pourrait aider sa formation à séduire l’électorat noir, traditionnellement fidèle au parti présidentiel. Le 27 octobre, elle a pris la tête de son groupe parlementaire, devenant à 31 ans la numéro deux du plus grand parti d’opposition. Dans ce parti à l’électorat très majoritairement composé de minorités, cette élection est une révolution culturelle : le poste avait toujours été occupé par un Blanc.


Egypte : Un test de démocratie réussi

2011-12-05

http://tinyurl.com/dybldc9

Les premières élections de l'après-Moubarak, saluées comme un "test de démocratie réussi", sont marquées par une participation inédite et un calme tranchant avec la violente crise qui a secoué le pays durant la campagne. Le vote des 28 et 29 novembre concerne le tiers des gouvernorats du pays le plus peuplé du monde arabe avec plus de 80 millions d'habitants, dont la capitale Le scrutin s'étalera dans les autres régions jusqu'au 11 janvier pour l'Assemblée du peuple (députés) et jusqu'au 11 mars pour la Choura (chambre haute consultative). Les résultats complets ne seront pas connus avant des mois.


Global : Le Nigérian Lamido Sanusi personnalité africaine de l'année

2011-12-05

http://tinyurl.com/7drs7ak

Lamido Sanuzi, le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria (CBN), a été désigné comme personnalité africaine de l’année, le 28 novembre 2011 à Lagos par le magazine Forbes. Il devance ainsi les quatre finalistes à ce titre : Ellen Johnson-Sirleaf, la présidente du Liberia et prix Nobel de la paix 2011, Aliko Dangote, homme d’affaire nigérian, Pedro Verona Pires, ex-président du Cap-Vert et la défunte activiste Kenyane Wangari Maathai. Une distinction qui couronne son travail pour assainir la finance nigériane. Depuis sa nomination à la tête de l’institution en juin 2009, Lamido Sanusi a renfloué neuf banques nigérianes et limogé les neuf chefs exécutifs, soupçonnés de pratiques frauduleuses. Plusieurs d’entre eux ont été condamnés par la justice, dont la très médiatique Cecilia Ibru Oceanic Bank.


Maroc : Le chef des islamistes modérés nommé Premier ministre

2011-12-05

http://tinyurl.com/6roel4g

Le roi Mohammed VI du Maroc a nommé comme Premier ministre Abdelilah Benkirane, le chef du parti islamiste modéré Justice et développement (PJD), vainqueur des législatives du 25 novembre. Les islamistes modérés ont remporté 107 des 395 sièges du parlement, et vont diriger pour la première fois un gouvernement qui sera étroitement contrôlé par le roi, comme le veut la constitution.


Rd Congo : Après les violences, le dépouillement

2011-12-05

http://tinyurl.com/79mr2xd

Les élections se sont-elles bien passées en RDC ? Si la CENI se déclare "satisfaite" du scrutin, les problèmes logistiques et les violences meurtrières incitent les observateurs à réserver leur jugement. D'autant que le pire est peut-être à venir, après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle qui a eu lieu le 28 novembre.


Rd Congo : L'opposition dénonce des fraudes

2011-12-05

http://www.bbc.co.uk/afrique/region/

Quatre candidats à la présidentielle ont dénoncé des "manquements et irrégularités" et exigent l'invalidation des scrutins. Sont également dénoncés l'utilisation des moyens de l'Etat, la non-ouverture des bureaux de vote, l'insuffisance de bulletins de vote et des dépouillements à huis clos après refus d'admettre la présence de témoins de l'opposition. La CENI se voit reprocher d'être responsable de la mauvaise préparation des élections et d'avoir voulu maintenir la date des scrutins le 28 novembre. Le 29 novembre les opérations de vote ont été reprises dans 400 bureaux de vote sur un total de 63 000.





Corruption

Cameroun : La corruption reste endémique

2011-12-05

http://tinyurl.com/bphpm93

Avec un indice de perception de 2.5, le Cameroun obtient sa note la plus élevée depuis 1998 et occupe le 134e rang sur les 182 pays les plus corrompus du monde. Ce pays demeure ainsi dans la zone où la corruption est endémique, avec des notes comprises entre 0 et 3. Le Botswana est le meilleur élève en termes d’intégrité et de transparence en Afrique subsaharienne. Avec une note de 6.1, ce pays de l’Afrique australe (32e rang) surclasse la première puissance économique africaine, l’Afrique du Sud, juchée à la 64e place avec une note de 4.1.


Rd Congo : Un pillage systématique des richesses du sous-sol

2011-12-05

http://tinyurl.com/c837woq

Le scandale a éclaté quelques jours avant le scrutin. Un membre du Parlement britannique, Eric Joyce, chef de la commission interpartis consacrée à l'Afrique des Grands Lacs, a rendu public un rapport dans lequel il livre son estimation du montant des sommes détournées par le pouvoir congolais dans le cadre de cession d'actifs miniers : 5,5 milliards de dollars (4,2 milliards d'euros). Le "pillage" des ressources de la République démocratique du Congo (RDC) n'est pas seulement le fait de bandes armées dans l'Est ou depuis les pays voisins. La question est d'autant plus aiguë que le pays a vu sa production minière augmenter depuis la fin de la seconde guerre du Congo (1998-2003). Depuis 2005, la production de cuivre a été multipliée par cinq. En 2010, la croissance de la RDC s'établissait à 7,2 %.





Développement

Afrique : 30% d’accès à l’électricité sur 130.000 MW de capacité installée

2011-12-05

http://tinyurl.com/cfdu6me

Sur près d'un milliard d'habitants, seulement 30% de la population africaine a accès à l'électricité, alors que la capacité installée est estimée à 130 000 MW pour un potentiel de loin plus important, selon le secrétaire général de l'Union des producteurs, transporteurs et distributeurs d'énergie électrique d'Afrique (UPDEA). Les fossés sont énormes entre els différentes régions du continent pour la disponibilité de cette précieuse ressource, avec des taux de 6% d'accès dans certains pays. Interview.


Afrique : Le vrai décollage a enfin commencé

2011-12-05

http://tinyurl.com/boxtrrq

A l’heure de l’austérité économique en Europe, l’Afrique est le «continent de l’espoir». Elle a enfin les moyens de se développer, comme l’a fait l’Asie. C’est l’idée optimiste (pour une fois) que développe l’hebdomadaire britannique The Economist dans son éditorial du 1er décembre. En couverture figure l'image poétique d'un enfant jouant avec un cerf-volant au contour du continent africain et aux couleurs arc-en-ciel. L’hebdomadaire est tout de même lucide: «L’autocratie, la corruption et les conflits ne disparaitront pas demain».


Afrique : Viol consensuel dans la Zone CFA

2011-12-05

http://tinyurl.com/ckmdymm

Nous y revoilà! Le CFA sera dévalué le 1er janvier 2012 selon des sources crédibles ouest africaines. Cela a déjà eu lieu, avec des conséquences désastreuses. Le 12 janvier 1994, les pays africains qui partagent cette monnaie ont été informés quelle avait été dévalué de 50%. Aujourd’hui, ces réactions seront encore plus violentes puisque les coûts mondiaux exorbitants des denrées alimentaires, payés en dollars américains, demeureront hors de portée pour la plupart des Africains de la zone CFA.


Afrique du Sud : Croissance en hausse de 1,4%

2011-12-05

http://tinyurl.com/dyvcekl

L'économie sud-africaine, la plus puissante du continent africain, a enregistré au troisième trimestre une croissance en hausse de +1,4% par rapport au deuxième trimestre et +3,1% sur un an, a annoncé le 27 novembre l'Institut National des Statistiques Statssa. L'activité a été tirée par les secteurs de la finance, de l'immobilier, des services aux entreprises, ainsi que le commerce de gros, l'hôtellerie et la restauration et les services publics.


Afrique du Sud : Le photovoltaïque prend ses quartiers

2011-12-05

http://tinyurl.com/d2ok72c

L’Afrique du Sud tend une main de plus en plus ferme aux énergies renouvelables. En témoigne la participation de l’entreprise Harrison & White Investments au Lesotho Highlands Power Project (LHPP), dont le coût total a été évalué à 11 milliards d’euros et qui sera rien de moins que le plus grand complexe de production d’énergies éolienne et hydroélectrique du continent noir. Ledit projet doit par ailleurs fournir 5 % des besoins électriques de l’Afrique du Sud, c’est-à-dire 6000 mégawatts (MW) d’énergie éolienne et 4000 MW d’énergie hydroélectrique.


Angola : Une croissance de 12,8 % attendue en 2012

2011-12-05

http://tinyurl.com/d4ppcq7

Le ministre angolais des Finances a prédit pour son pays une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 12,8 % en 2012, se basant sur la reprise des secteurs pétrolier et non-pétroliers dans ce pays d'Afrique australe. L'Angola a maintenu une croissance économique de plus de 10 % depuis les premières années suivant la fin de la guerre. Les années 2006 et 2007 ont été celles de la plus forte croissance économique, avec un pic aux alentours de 25,7 %. Malgré une baisse à 15 % en 2008, l'économie a continué de publier des indicateurs positifs en 2009, 2010 et 2011, malgré la crise financière mondiale.


Nigeria : Réforme très controversée sur le pétrole

2011-12-05

http://tinyurl.com/cf772s9

Un projet de suppression de la subvention sur les produits pétroliers proposé par le président Goodluck Jonathan suscite une vive controverse dans son pays, le Nigeria plus gros producteur de pétrole d’Afrique de l’ouest et du continent, mais éternellement confronté à une crise énergétique. Pour le gouvernement fédéral il s’agit justement de réaliser un gain de 6 milliards de dollars qui sera, selon la version officielle, « destiné» au bien-être des citoyens et aux infrastructures. Pour les sceptiques qui s’opposent au projet, notamment les syndicats et la société civile ce sont les consommateurs qui risquent de subir les méfaits de la réforme.





Santé & VIH/SIDA

Afrique : 30 ans après la découverte du sida, toujours la tourmente

2011-12-05

http://tinyurl.com/c22dzxy

Trente ans après la découverte du VIH/SIDA, l’Afrique reste le continent le plus touché par cette pandémie qui continue de faire des victimes malgré les avancées dans le domaine de la thérapie. Le continent a vu le taux de prévalence du VIH (grimper en deux décennies, avec près de 25 millions de séropositifs en 2006, dont deux millions d’enfants âgés de moins de 15 ans, selon l’ONUSIDA.


Afrique : La fuite coûteuse des médecins africains

2011-12-05

http://tinyurl.com/cyxujms

L’exode des médecins formés en Afrique et qui partent en Europe, en Australie et en Amérique du Nord représente une perte sèche de plusieurs milliards de dollars pour le continent. Et autant de bénéfice pour les pays de destination. Former un médecin varie selon les pays, le moins dispendieux étant l’Ougandais dont le «prix de revient» est d'environ 15.200 euros (10 millions de francs CFA). Le plus cher est le Sud-Africain, avec 43.000 euros (28 millions de francs CFA). En cumulant toutes les données, les auteurs de l’étude chiffrent la perte du retour sur investissement liée au départ de ces médecins à plus de 1,5 milliard d'euros (984 milliards F CFA). Au Malawi, cet exil se chiffre à près d'1,6 millions d'euros, mais en Afrique du Sud la facture est de plus d'un milliard d'euros !


Soudan du Sud : Des marais sans fin et une malaria endémique

2011-12-05

http://tinyurl.com/bof5b95

Les marais du sud, au Sud Soudan, qui alimentent le cours du Nil Blanc, sont parmi les plus grands au monde et source d'une importante biodiversité. Mais les eaux y sont de véritables nids à moustiques et le paludisme frappe de plein fouet. Au Soudan du Sud, indépendant de Khartoum depuis seulement juillet et l'un des pays les plus pauvres du monde, le paludisme est considéré par les Nations unies comme "hyper-endémique". Selon des chiffres onusiens datant de respectivement 2005 et 2006, plus de 40% des visites de patients aux établissements de santé l'étaient pour malaria et 80% des ménages ne disposaient pas de moustiquaires traitées.





Environnement

Afrique : Bientôt, chaque village africain saura ce que la météo lui réserve

2011-12-05

http://tinyurl.com/csy2z2h

Grâce au travail de collecte de données climatiques effectué par des scientifiques à l’échelle planétaire, des informations relatives à l’impact potentiel du changement climatique sur chaque métropole, ville ou village d’Afrique jusqu’au siècle prochain seront disponibles d’ici la mi-2012. Bien que CORDEX (Expérience Coordonnée de Réduction d’échelle des Prévisions Météorologiques au Niveau régional) ait pour ambition de « réduire l’échelle » des données pour toutes les régions du monde, l’Afrique a été identifiée par le GIEC comme étant la plus vulnérable, et comme une priorité pour l’initiative.


Centrafrique : Fin des exportations illégales de bois vers l'UE

2011-12-05

http://tinyurl.com/cgdtu48

La République centrafricaine (RCA) a signé un accord de partenariat volontaire (APV) pour mettre fin aux exportations illégales de bois vers l'Union européenne (UE), a annoncé la Commission européenne lundi 21 novembre. En Centrafrique, recouverte en 31% de forêts tropicales, les activités forestières constituent la troisième source du produit intérieur brut (PIB) et la deuxième des exportations et des recettes publiques. En tant que premier employeur privé du pays, le secteur forestier contribue pour 4% au PIB et pour 40% au total des recettes nationales tirées des exportations.


Global : L’Afrique s’inspire du modèle urbain asiatique

2011-12-05

http://tinyurl.com/cjqabw2

Parce que l’urbanisation rapide et croissante des villes entraîne des problèmes de nature diverse tels que les embouteillages, les inondations fréquentes et prolongées, les pays africains ont décidé de s’ouvrir à l’expertise asiatique afin de sauvegarder le paysage du continent. C’est dans cette perspective que l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica), en partenariat avec le ministère sénégalais de l’Urbanisme, a organisé un séminaire international sur le développement urbain en Asie et en Afrique, les 28 et 29 novembre. Elle a regroupé des experts venus de différents pays du continent.


Global : L'Afrique reste en marge des négociations climatiques

2011-12-05

http://tinyurl.com/clgpkqo

En posant ses valises à Durban, sur le sol sud-africain, la conférence de l'ONU sur le climat met en lumière la situation aussi paradoxale que complexe à laquelle est confrontée l'Afrique. Un tiers de sa population, 300 millions d'habitants, vit déjà dans des zones de sécheresse, notamment dans la Corne de l'Afrique, et 75 à 250 millions de personnes supplémentaires pourraient perdre leurs moyens de subsistance d'ici à la fin de la décennie. Mais l’Afrique est tenue à l'écart des négociations climatiques. Il n'est pas rare de voir une petite dizaine de membres représenter un pays africain, quand plus d'une centaine occupent les rangs des délégations américaine ou chinoise. Sans compter que ces représentants qui ne maîtrisent pas tous l'anglais, sont noyés par les détails techniques.





Justice Alimentaire

Mali : Le gouvernement réagit aux menaces de famine

2011-12-05

http://tinyurl.com/cwwk4mm

Se basant sur des estimations du système d'alerte, près de 1,7 million de personnes sont menacées de famine. Le gouvernement malien avait annoncé la semaine dernière qu'il souhaitait acquérir d'importantes quantités de céréales à distribuer gratuitement. Selon le commissaire à la sécurité alimentaire, se fondant sur des estimations du système d'alerte précoce, ces 1,7 million sont réparties dans 104 communes du pays considérées comme en difficultés alimentaires et pour lesquelles il faudrait 45.886 tonnes de céréales. A l'instar du Mali, le Sahel dans son ensemble a connu une pluviométrie limitée et mal répartie dans le temps et l'espace.





Média & liberté d'expression

Burundi : Un journaliste burundais arrêté par les services secrets

2011-12-05

http://tinyurl.com/6mlrz8a

Un journaliste burundais, correspondant pour Radio France Internationale (RFI) en swahili, a été arrêté par les services secrets de son pays qui lui reprocheraient d'avoir rencontré, en Tanzanie, les membres d'une nouvelle rébellion. La multiplication des violences au Burundi fait craindre à de nombreux observateurs une reprise des hostilités à plus grande échelle dans ce pays marqué par une longue guerre civile qui a fait près de 300.000 morts entre 1993 et 2006.





Nouvelles de la diaspora

Afrique : Ecobank lance un compte bancaire pour la diaspora

2011-12-05

http://tinyurl.com/dxrhhkz

La banque panafricaine Ecobank, présente dans plus de 30 pays africains, a annoncé la création d'un nouveau type de compte bancaire exclusivement dédié aux immigrés africains. Dénommé compte diaspora (EADA), le nouveau type de compte est une facilité offerte aux immigrés africains d'ouvrir un compte dans leur pays d'origine sans effectuer le voyage vers ce pays.


Global : La France veut réduire le nombre de mariages mixtes

2011-12-05

http://tinyurl.com/6wogrof

Au niveau de la droite française on a décidé que l'immigration serait un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle française de 2012. Le ministre de l'Intérieur, sur la base d'un rapport de l'Inspection Générale de l'Administration qui établit une comparaison entre les politiques d'immigration légales de la France, de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne, se prépare à durcir les conditions du mariage entre Français et étrangers. A peu près 50 000 étrangers obtiennent chaque année, après leur alliance, le droit de travailler en France et c'est la première source d'immigration légale dans le pays.


Global : Un candidat à la présidentielle française soumis à une enquête

2011-12-05

http://tinyurl.com/bq8spom

C'est par la presse que Patrick Lozès, ex-président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) et candidat à la présidentielle française, a appris l'ouverture par le parquet de Paris d'une enquête préliminaire à son encontre. À l'origine, une dénonciation par Tracfin de mouvements suspects entre le compte du CRAN et celui de Patrick Lozès. Le service anti-blanchiment dépendant de Bercy fait état de 130 000 euros sous forme de chèques émis entre janvier 2009 et août 2011, ainsi que des virements de l'ordre de 240 000 euros, entre juillet 2010 et août 2011. Lozès se présente en outsider à la prochaine présidentielle avec ce slogan légèrement provocateur : "En 2012 ne votez pas blanc".





Conflits & urgences

Afrique : La frontière fermée entre le Cameroun et le Centrafrique

2011-12-05

http://tinyurl.com/d7go8qz

La frontière terrestre entre le Cameroun et la Centrafrique est fermée depuis un incident, le 1er décembre, à Garoua-Boulaï (300km, est de Yaoundé) avec tirs de balles entre soldats des deux pays qui n'a pas fait de blessé. Un drapeau camerounais a été détruit, l'effigie du chef de l'Etat Paul Biya déchirée. Depuis le 1er décembre, c'est un calme relatif qui règne au niveau de la frontière qui a été fermée. Des pourparlers ont été engagés le 2 décembre entre les autorités des deux pays pour trouver une issue à cette crise, de sources concordantes.


Libye : Le rôle des chefs de tribus dans le retour à la paix

2011-12-05

http://tinyurl.com/cb99thp

Le premier Forum national de réconciliation, tenu à Zawiya, en Libye, s’est achevé le 28 novembre. Il a regroupé plusieurs conseils des sages et de la Choura. Trois jours de discussions pour réunir les cheikhs Touaregs du sud, ceux de Misrata ou Benghazi et institutionnaliser, sous la forme de délégations de sages parcourant le pays, leur rôle clé dans la résolution de conflits entre tribus. C'est par l'intervention de sages de différentes régions que l'effusion de sang entre combattants de Zawiya et de Warchafana a pris fin il y a une dizaine de jours.


Nigeria : Le calme revient dans le delta et le pétrole coule

2011-12-05

http://tinyurl.com/d9zwu46

Deux ans après que le gouvernement nigérian a accordé une amnistie aux militants qui luttaient principalement pour le développement et l’emploi dans la région pétrolière du delta du Niger, les violences ont baissé et les revenus pétroliers – qui avaient nettement diminué au plus fort du conflit – ont augmenté. L’amnistie a été mise en œuvre à la suite d’accès de violence dans l’État du Delta en 2008 : au cours des neuf premiers mois de l’année, 1 000 personnes avaient été tuées, 300 personnes avaient été prises en otage et le gouvernement avait perdu 23,7 milliards de dollars suite aux attaques, aux vols de pétrole et aux sabotages.


Somalie : Les shebabs interdisent 16 ONG et agences de l’ONU

2011-12-05

http://tinyurl.com/cpyeqs6

Les insurgés islamistes shebabs ont annoncé le 28 novembre 2011 la fermeture de 16 ONG et agences humanitaires de l’ONU, accusées « d’activités illégales » en Somalie. Parmi celles-ci figurent le HCR, l’OMS, l’UNICEF et Action contre la faim (ACF). Des miliciens armés auraient opéré à Beledweyne, mais aussi à El-Bur, Kismayo, Wajid, Merka, Baidoa, Bulo Burte ; ils auraient ordonné aux personnels humanitaires de quitter les lieux et auraient saisi ordinateurs, téléphones et autres équipements de bureau.


Tunisie : De jeunes islamistes manifestent à la fac

2011-12-05

http://tinyurl.com/cte2nu2

Ennahda, vainqueur des élections du 23 octobre et premier parti de l'Assemblée, souvent accusé d'entretenir l'ambiguité dans ses relations avec les salafistes, ne s'est pas prononcé sur les incidents de la Manouba. Pas plus que ses deux partenaires, les partis de gauche CPR et Ettakatol. De jeunes barbus et des filles en niqab qui crient "Allahou Akbar" sous les fenêtres du doyen de la Faculté des lettres de La Manouba ont ainsi organisé des manifestations. "On a deux revendications : une salle de prières dans l'enceinte de la fac et le droit pour les filles en niqab de passer leurs examens et d'assister au cours", énumère un étudiant de première année. Des incidents similaires ont eu lieu au cours des dernières semaines en Tunisie.


Tunisie : Manifestations contre la «dictature» d’Ennahdha

2011-12-05

http://tinyurl.com/7njurlh

Alors que les élus de la constituante négocient à l’intérieur du Palais du Bardo l’avenir du pays, un rassemblement a eu lieu le 30 novembre à l’extérieur. Avec un slogan mobilisateur, adressé à Ennahdha : non au retour de la dictature ! Des centaines de manifestants tunisiens ont ainsi répondu à l’appel des associations, des syndicats et de la société civile.


Tunisie : Les germes de la révolte sont toujours là

2011-12-05

http://tinyurl.com/c2rfs6m

Un an après la révolution du Jasmin, les contestations sociales se multiplient en Tunisie. L'emploi est au centre de toutes les revendications. Par exemple, alors que le taux de chômage flirte avec les 40 % dans le gouvernorat de Gafsa, contre 18 % pour la moyenne nationale, l'emploi reste plus que jamais au coeur des préoccupations. Depuis le 24 novembre, un couvre-feu a été instauré dans tout le gouvernorat.





Internet & technologie

Afrique : Un nouvel eldorado de la télécommunication mobile

2011-12-05

http://tinyurl.com/cnxhrv2

L'Afrique, avec son immense retard en terme d'infrastructures et d'équipement informatique, passe directement à l'âge du "tout mobile", notamment pour accéder à internet et aux services bancaires, et laisse entrevoir des perspectives de croissance à court terme uniques au monde. Le continent, selon une étude publiée en novembre par GSMA (un groupement professionnel d'opérateurs), "est maintenant le deuxième marché mondial du mobile, derrière l'Asie, en terme de connections. Et c'est le marché qui connaît la croissance la plus rapide dans le monde". Le nombre d'abonnés aux services mobiles y progresse de 20% par an, selon GSMA, et atteindra 735 millions fin 2012, pour une population estimée à un peu plus d'un milliard d'habitants.


Afrique : Piraterie de logiciels à grande échelle

2011-12-05

http://tinyurl.com/bnq45gr

L’étude menée par la Business software alliance (Bsa) en 2010 classe le Cameroun deuxième pays africain dans lequel les logiciels sont les plus contrefaits. Selon cette étude, 82% des logiciels utilisés au Cameroun sont piratés. L’étude place ainsi le Cameroun au deuxième rang des pays africains où ce fléau se porte le mieux, derrière l’Algérie avec 83% et devant la Cote d’Ivoire (79%) et le Sénégal (78%). En Afrique francophone, la valeur marchande des logiciels piratés en 2010 a atteint 27 millions de dollars (environ 16.200.000.000 Fcfa).


Cameroun : La tablette qui sauvera des milliers de vies

2011-12-05

http://tinyurl.com/c3u3qnf

Arthur Zang, ingénieur camerounais de 24 ans, a conçu la première tablette tactile africaine à usage médical : Cardiopad. Dans un premier temps, cette tablette fait transiter les fréquences cardiaques du malade [captées par un terminal spécialement conçu] vers des serveurs, où elles sont stockées et traitées avant d’être transmises au cardiologue via le réseau GSM. Le spécialiste détient aussi un Cardiopad, sur lequel il reçoit les résultats, les interprète et prescrit une médication. Ainsi, un patient du village de Gado, dans l’est du pays, à des centaines de kilomètres de Yaoundé et de Douala, n’aura pas à se déplacer vers la ville pour consulter.


Ouganda : Un Ougandais rêve de conquérir l'espace

2011-12-05

http://tinyurl.com/dy73dzp

Chris Nsamba est un jeune qui construit dans le jardin de sa mère une navette spatiale pour envoyer le premier Ougandais dans l'espace. Baptisé le « Faucon africain », la navette, bénéficie du soutien moral et financier de plusieurs centaines d'amoureux de l'espace, qui ont offert leur temps et contribué à rassembler les 80.000 dollars dépensés dans le projet depuis 22 mois. Mais les soutiens ne s'arrêtent pas au monde amateur: ils proviennent aussi des hautes sphères de la présidence, le président Yoweri Museveni ayant promis, lors d'un entretien téléphonique cette année, une contribution financière.





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